C. Les communications au colloque
D. Rapport des ateliers et synthèse des recommandations du colloque
A. Les actualités télévisées: le monde recréé au service du pouvoir
B. La mécanique du pouvoir dans les entreprises de presse au Québec
C. Les propriétaires des médias
1. Portrait de la concentration dans la presse écrite au Canada
2. La propriété des médias électroniques au québec et au canada
3. Pour une démocratisation de l'information
4. Couverture et participation
Le Front commun des communications (FCC), maintenant devenu un groupe de travail au sein de l'Institut canadien d'éducation des adultes (ICEA), regroupe des organismes populaires et syndicaux de même que des travailleurs en communications. Depuis sa fondation en 1975, son objectif principal a été de contrer la mainmise de plus en plus alarmante des intérêts privés et des pouvoirs dominants sur l'ensemble des moyens de communication de masse. Le Front commun s'est tout particulièrement intéressé à la télévision parce qu'elle est l'un des mass-médias électroniques les plus influents et que le problème global de sa démocratisation et de la nécessité d'un front populaire de surveillance, de critique et de revendications est loin d'avoir été résolu.
Si, à cause de ses moyens fort limités, le Front commun des communications n'a pas pu jusqu'ici aller aussi loin qu'il l'aurait souhaité dans son action et dans sa réflexion, il a toutefois mené des batailles importantes depuis sa fondation. Tout particulièrement, le Front commun compte à son actif des interventions significatives pour contrecarrer la création d'une troisième chaîne commerciale de télévision au Québec de même que pour empêcher le développement de la télévision à péage.
De plus, en 1977, le Front commun des communications a été l'instigateur d'une campagne d'information et de sensibilisation sur le rôle de la radio et de la télévision commerciales en regard des intérêts des classes populaires. Cette action a donné lieu à un colloque sur le thème «La pollution des ondes» et à la diffusion d'un Dossier noir sur la radio et la télévision commerciales.
Ces activités ont permis d'esquisser un portrait général de la situation et d'identifier les problèmes et les prin cipales lacunes de l'information, de la programmation et de la publicité tant à la radio qu'à la télévision. Ces opérations ont suscité une démarche de réflexion et d'analyse collective de même que l'articulation d'une problématique cohérente sur la question. Cependant, par la même occasion, le Front commun des communications prenait aussi conscience de l'impérieuse nécessité de dépasser le stade des analyses sommaires et trop générales. Il fallait prendre les moyens d'accroître l'efficacité du travail de sensibilisation de la population pour provoquer des changements.
Dans cette perspective, l'ICEA, grâce à la collaboration de chercheurs et d'étudiants de l'UQAM, publiait en 1979, trois rapports de recherche sur les communications de masse1 . Le premier, Les actualités télévisées, le monde recréé au service du pouvoir apporte, par l'analyse des téléjournaux, des preuves irréfutables que l'information est trafiquée et qu'elle est entre les mains de la minorité dominante. La mécanique du pouvoir dans les entreprises de presse montre comment le contrôle de l'information passe par le contrôle des journalistes dans 9 entreprises de presse au Québec et explique en quoi les informations que nous recevons sont loin d'être le reflet exact des événements et de la réalité. Portrait de la concentration dans la presse écrite au Canada démontre, chiffres à l'appui, que la concentration de la propriété des entreprises de communication s'accentue, évolue vers une situation de monopole et menace la liberté de presse et le droit de la population à une information diversifiée.
Par ailleurs, partout au Québec, des groupes s'organisent pour faire valoir ces droits et développent des instruments de communication autonomes. Mais l'isolement et la division ne leur permettent pas de contrer efficacement la force des pouvoirs en place. Le groupe de travail de l'ICEA sur les communications a donc cru nécessaire de favoriser une démarche de concertation des forces progressistes dans le champ des communications de masse, ce par le biais d'un colloque qui porte sur l'accès à l'information dans les mass-médias.
Des dizaines de groupes et d'organismes ont été invités à amorcer une réflexion dans leurs milieux respectifs à partir de leurs acquis et de leurs expériences d'action et à en transmettre les résultats lors du colloque sous forme de communications, d'interventions ou de participation aux ateliers. À la mi-septembre, ces groupes se sont rencontrés dans une session de travail pour établir des perspectives à soumettre au colloque de novembre.
L'objectif principal de ce colloque était donc de favoriser un début de concertation des forces progressistes entre les organismes qui développent leurs propres moyens de communication et ceux qui luttent contre l'influence actuelle des médias de masse (travailleurs et usagers des communications) en vue d'élaborer des revendications et de développer des stratégies d'utilisation des médias de masse.
Voici donc un compte-rendu de ce colloque auquel ont participé quelque 400 personnes, dont plusieurs représentaient des groupes venus de partout au Québec.
Pour ouvrir ce colloque qui, dans sa présentation même, pose la question fondamentale du rôle des médias dans la société, je ferai d'abord brièvement écho aux résultats particulièrement éloquents d'une recherche sur les informations télévisées menée par un groupe de travail de l'ICEA et récemment publiée. Il ressort de cette étude que:
Accès réservé, déséquilibre de l'information, déformation conséquente de la réalité sociale: tout cela apparaît proprement inacceptable.
L'objectif fondamental du présent colloque est d'en arriver à briser les monopoles, à libérer l'accès aux médias d'information. Les individus et les groupes ont droit à l'information, dans les deux sens du terme: le droit d'être informé de façon équilibrée, le droit également d'informer. Il est important que les syndicats et les groupes populaires puissent se faire entendre, qu'ils puissent informer les autres de ce qu'ils font.
Pour en arriver à briser les monopoles et les chasses gardées et pour libérer l'accès à l'information, il nous faut d'abord, et c'est le premier moment de ce colloque, faire ensemble un certain nombre de constats, voir ce qui se passe véritablement dans le monde de l'information. Il nous faudra ensuite procéder à des analyses rigoureuses et serrées pour comprendre les raisons de cet état de fait. Il nous faudra enfin, nous y serons invités en fin de colloque, planifier et amorcer ensemble une action concertée.
Dès ce soir, une série d'interventions brèves nous permettra de nous faire une idée plus nette de la situation, entre autres au niveau de l'information régionale, syndicale, internationale et de la place des femmes dans l'information. Par delà les constats, ces interventions nous présenteront au moins, ne fût-ce que par leur séquence, une amorce d'analyse.
Les résultats de diverses recherches menées à l'ICEA au cours des derniers mois seront présentés dans ce cadre.
Demain, en ateliers, nous serons invités à poursuivre les analyses pour ensuite dégager des pistes d'action. En plénière, nous essayerons de faire le point et d'identifier les pistes d'actions et les possibilités d'actions concertées qui se dégagent pour nous.
Avant de terminer, je tiens à souligner certaines collaborations importantes et même essentielles pour la tenue de ce colloque. Au nom de l'ICEA et en votre nom à tous, je tiens à remercier l'UQAM et particulièrement son Service d'éducation permanente de nous avoir prêté ses locaux et d'avoir rendu possible l'exposition qui constitue à elle seule une série d'exposés ou d'interventions parallèles. Je remercie également la CEQ qui s'est chargée de l'impression de documents et qui a libéré un responsable de l'information pour préparer ce colloque; et la CSN à qui nous devons l'impression d'un de nos documents.
Dans son message du Nouvel An 1979, le président de la CEQ, Robert Gaulin, faisait les constats suivants:
et la proposition suivante:
il devient urgent que nous poussions la réflexion et lesétudes sur les moyens concrets à prendre pour améliorer la qualité de l'information et garantir aux Québécois un droit concret à l'information qui ne soit pas qu'intoxication et propagande.
La contribution de la CEQ à ce colloque se veut un premier pas vers cette réflexion.
Pour des organismes dont la raison d'être est la défense et la promotion des intérêts de leurs membres et de la classe ouvrière en général, l'information demeure et demeurera une préoccupation fondamentale. C'est par l'information que le mouvement syndical et ouvrier peut dépasser l'isolement, développer une compréhension de la réalité sociale, créer des solidarités et stimuler les luttes.
L'information n'est pas neutre, elle est traversée de propagande. C'est pourquoi les organismes syndicaux n'ont jamais été pleinement satisfaits du traitement accordé par les médias à l'information syndicale. C'est pourquoi les organisations syndicales se sont donné depuis longtemps leurs propres moyens de communication qui servent notamment à informer directement nos adhérents, quelquefois à rectifier et souvent à redresser l'information transmise et traitée par les médias.
Pour le mouvement syndical, rien n'est plus tragique qu'une information factuelle et fragmentaire. L'importance démesurée accordée à des faits qui n'ont aucune incidence sur la vie collective, la schématisation extrême d'événements ou de décisions qui eux engagent la collectivité, l'absence d'interrelation entre les divers éléments de la réalité sociale et finalement l'ensemble de la présentation ont de graves conséquences: cette pratique de l'information influence le jugement et le comportement des gens. En plus de développer un sentiment d'impuissance, d'exclusion de ce monde linéaire, découpé, désarticulé, ce type d'information domestique les gens qui intériorisent une réalité qui n'est pas la leur et sur laquelle ils ne peuvent rien. Le monde échappant aux gens, transformé en spectacle, il ne reste plus que passivité.
D'ailleurs, les médias ne sont pas objectifs. L'information, tant au point de vue de la sélection que du traitement, suppose un choix idéologique qui dépasse les seules contraintes techniques, qui a pour effet de favoriser le statu quo social et qui contribue à la régularisation des rapports sociaux à l'avantage du pouvoir économique et politique.
Dans ce cadre-là, il est évident que les intérêts du mouvement syndical et ouvrier ne peuvent être bien favorisés, ni bien défendus par les grands médias. Nous ne pouvons d'aucune manière nous fier à ceux-ci pour contribuer à développer une conscience de classe, une identification sociale propre au mouvement ouvrier.
Voilà ce que nous constatons. C'est pourquoi le mouvement syndical se montre si critique dans ses rapports avec la presse et qu'il s'efforce dans la mesure de ses moyens d'accroître ses propres outils de communication, ses propres structures de communication et sa propre pédagogie de communication. Ainsi, nous cherchons à faire une information analytique; nous voulons sa distribution militante. Nous tentons de socialiser sa production en encourageant, par exemple, les membres à prendre la parole dans nos moyens de communication de masse comme notre magazine officiel, même quand cette parole ne correspond pas aux grandes politiques de notre organisation.
Tout n'est pas parfait dans nos pratiques d'information. Nous n'avons pas toujours les moyens de nos idéaux. Et, de plus, nous sommes confrontés au problème de l'instantanéité de la communication. Comment rejoindre massivement nos adhérents par nos propres moyens de façon rapide et efficace? Évidemment, nous avons un réseau de télécommunications qui nous assure un contact très rapide et permanent avec nos syndicats dans toutes les régions. Mais cela ne crée pas le même impact qu'un quotidien ou un poste de radio. Il nous reste donc pour l'instant le recours aux grands médias, ce qui nous crée certains problèmes.
Je ne donnerai qu'un exemple pour l'illustrer: qu'une instance d'une de nos organisations prenne une orientation particulière sur un sujet quelconque, orientation à être entérinée par les membres, et aussitôt, avant même que la consultation ne débute, le traitement accordé dans les médias laissera entendre que cette orientation est déjà décidée. Et si celle-ci n'est pas entérinée par les membres, on parlera alors de méfiance, de rupture entre la base et le sommet.
C'est là pour nous un problème difficile à résoudre, surtout que nous voulons maintenir notre organisation ouverte, transparente comme diraient certains. C'est aussi ce type de problème qui nous convainc de plus en plus de la nécessité de créer des solutions plus conformes à la défense et à la promotion des intérêts de nos membres.
En fait, si on ne peut affirmer dans l'absolu que la part d'information syndicale véhiculée dans les médias est insuffisante, on peut sans gêne déplorer le traitement général qu'on lui accorde, à savoir la critique grossière des situations conflictuelles et sensationnelles et la réduction des autres aspects. En effet, les médias traitent rarement des intérêts en présence, des causes des conflits, des conséquences sur la vie des travailleurs impliqués.
On nous pose la question à savoir si cela ne dépendrait pas de nous, de nos pratiques en relations publiques? L'analyse que nous en faisons nous amène à répondre oui, mais en partie seulement. Si nous invitons les médias à couvrir un événement à caractère sensationnel, comme par exemple un piquetage devant une école élémentaire, en plein hiver, où le principal a refusé d'avertir les parents d'une telle manifestation et où on peut voir des enfants refoulés à moins vingt-cinq degrés Celsius, ne vous inquiétez pas, le taux de présence de journalistes, photographes, cameramen sera très élevé. Mais que nous invitions les mêmes médias à couvrir une conférence de presse dont le sujet porte sur notre réaction à une politique gouvernementale comme les conditions minimales de travail, par exemple, ni le taux de présence, ni l'importance du traitement accordé ne seront plus les mêmes.
La pratique des médias nous contraint au sensationnalisme, au factuel. Nous participons aussi à ce jeu. Nous mettons de l'avant l'aspect sensationnel d'un dossier, d'un événement au détriment d'aspects plus fondamentaux pour être sûrs que les médias en traiteront.
Même si nous contribuons à certains égards à ce phénomène, nous devons en toute légitimité nous élever contre l'image simplificatrice, biaisée et négative du syndicalisme, véhiculée par les médias.
Il est temps que les masques tombent. Nous ne nous opposons pas au fait que les médias, quels qu'ils soient, mettent de l'avant une idéologie et des politiques particulières, mais qu'ils ne le fassent pas en prétendant que l'information est neutre et objective.
Cela m'amène à traiter des solutions possibles, des pistes de travail que nous vous soumettons pour fins de débat.
Elles tiennent compte de deux éléments: d'abord que les grands médias sont au service du pouvoir économique et politique; ensuite, que cette réalité est traversée de contradictions, qui font de ces appareils idéologiques un lieu permanent de lutte de pouvoir et, de façon exceptionnelle, de contre-pouvoir comme l'affaire du Watergate l'illustre bien.
Dans ce cadre, les solutions possibles peuvent être imaginées à l'intérieur d'une stratégie à triple volet: avoir accès à une information diversifiée, s'organiser de façon autonome, et créer des brèches au sein des entreprises de presse.
Le premier volet de cette stratégie viserait le droit à l'accessibilité d'une information diversifiée. Même si nous reconnaissons que les grands médias ne serviront jamais les intérêts fondamentaux des travailleurs, il est possible de faire reculer les frontières actuelles. Ainsi pourrions-nous mener des luttes pour faire reconnaître le droit à une information diversifiée. Pour nous, cette reconnaissance signifie, par exemple, que toutes les entreprises de presse devraient ouvrir leurs pages ou accorder du temps d'antenne sur une base régulière aux différents groupes pour l'exposition et la promotion de leurs objectifs, de leurs luttes, de leurs réalisations. Déjà certaines dispositions législatives établissent cette liberté d'expression, mais rien n'assure que les divers courants d'opinions soient exprimés et défendus sur une base suffisante.
La reconnaissance ne saurait être laissée à la seule initiative des médias. Peut-être faudrait-il revendiquer auprès de l'État la mise en place de comités d'orientation au niveau de chaque entreprise de presse, formes par les groupes sociaux eux-mêmes, aux fins d'assurer l'application de ce droit. Nous lançons l'idée sans la développer. C'est évident qu'une telle revendication exige au préalable une analyse et une définition très articulées...
Parallèlement à cette revendication, il faudrait exiger que les entreprises de presse affichent clairement leur politique éditoriale, comme c'est le cas en France par exemple. Dans un tel contexte, le corridor idéologique de l'ensemble de l'information véhiculée dans tous les médias serait plus clair. Par ailleurs, il faudra aux organismes syndicaux et populaires, considérer celle-ci pour ce qu'elle est en réalité. En ce sens, si la presse nous attaque, il faudra sans cesse contre-attaquer sur son propre terrain. Mais il faut aussi forcer les entreprises de presse à jouer pleinement le rôle de contre-pouvoir qu'elles s'attribuent trop rarement.
À quand remonte la dernière campagne de presse? N'aurait-on pas besoin actuellement de mener des campagnes de presse contre les restrictions grandissantes des libertés démocratiques que nous avons conquises de hautes luttes, contre l'action répressive des forces policières, pour le désarmement, etc. En fait, on l'a déjà dit, la presse est étouffante et étouffée. Tout en ne se faisant pas d'illusion sur le rôle de la presse, on peut aisément réclamer d'elle qu'elle se fasse plus critique à l'égard du pouvoir.
Le deuxième volet viserait le développement de nos propres moyens de communication. Ce travail doit se faire d'abord au niveau de chacune des organisations. Celles-ci se doivent de se donner une politique d'information à la lumière des objectifs qu'elles poursuivent et de se forger en conséquence des outils à la mesure de leurs moyens. Il importe cependant que cette politique ne soit pas calquée sur celle des grands médias. Le mimétisme ne nous ferait guère avancer...
Par ailleurs, même si nous sommes conscients des énormes difficultés que cela pose actuellement, il faut envisager un regroupement des forces progressistes dans la réalisation d'une information autonome. Si, à court terme, il n'est guère envisageable de mettre sur pied un ou des organe(s) de presse de masse progressiste(s), il y a au moins des actions de concertation qu'il est possible de réaliser. J'en énumère quelques-unes. D'abord, il y a la nécessité de faire une critique collective des expériences antérieures dans le domaine, comme celle de Québec-Presse; il y a aussi la possibilité et la nécessité de créer un lieu de concertation, un genre de centre de cueillette, de production, de diffusion-distribution de l'information qui nous soit propre, auquel pourraient adhérer les organismes intéressés. De cette expérience pourrait surgir, par exemple, un moyen de communication de masse commun, qui serait fondé alors sur une infrastructure et une pratique autonomes et mieux enracinées là où cela doit être, c'est-à-dire au sein de nos propres organisations. Dès à présent, rien n'empêche les différentes organisations de s'alimenter réciproquement en information, rien n'empêche les uns de parler des autres, rien n'empêche les uns d'aider les autres à se rendre autonomes.
Le troisième volet que nous voulons développer à l'intérieur de cette stratégie viserait à créer des brèches au sein même des entreprises de presse. À cet égard, il faut reconnaître que les usagers et les consommateurs ne peuvent y parvenir, malgré l'existence d'un conseil de presse dont le champ d'intervention est régulièrement limité. La tâche incombe donc en premier lieu aux travailleurs des communications eux-mêmes, qu'ils soient journalistes, graphistes, techniciens, etc.
En ce sens, nous invitons les travailleurs des communications à s'interroger sur leur rôle dans les médias, au même titre qu'à la CEQ nous avons déclenché depuis près de dix ans un tel processus au sujet du rôle de l'école et des travailleurs de l'enseignement. Nous croyons que les travailleurs des communications ont une responsabilité devant le type de traitement accordé à l'information en général et à l'information syndicale et populaire en particulier.
Les travailleurs des communications possèdent une marge de manoeuvre certaine et celle-ci doit être utilisée au maximum pour faire en sorte que le contenu de l'information serve les intérêts des travailleurs dans le respect de l'honnêteté professionnelle et de la liberté journalistique. Qui donc mieux que les travailleurs des communications pourraient faire une telle critique et contribuer à développer de nouvelles perspectives? Par ailleurs, il faut reconnaître que cette marge de manoeuvre est limitée et qu'elle ne peut à elle seule résoudre tous les problèmes.
En terminant, je tiens à insister sur l'étroite interdépendance entre ces trois volets d'une même stratégie. Il m'apparaît que l'un ne peut aller sans les autres, puisque la démocratisation des communications est une lutte de pouvoir économique, idéologique et politique.
par Sylvie Dupont, Collectif la vie en rose.
«Nous voulons parier de l'actualité, de celle quifait la une, de son manque d'intérêt et de laplatitude crasse de la dernière déclaration d'un Rodrigue Tremblay ou des simagrées autour de làvisite d'un ou deux papes. Nous voulons débusquer l'actualité passionnante qui se cache entreles lignes, dans les entrefilets ou les faits divers,celle qui ne se rend jamais dans les salles de nouvelles ou qui ne sort jamais des salles de montage, mais qui fait de nos vies ce qu'elles sont.»
La vie en rose, sept. 79.
À partir de 1980, vous pourrez trouver LA VIE EN ROSE, un inséré de 24 pages entièrement conçu et réalisé par des femmes autonomes, au coeur de la revue LE TEMPS FOU.
De Wonder Woman à Samantha la sorcière, Jinny le génie sans oublier Nanny la gouvernante magicienne, pour en arriver à la superbe femme bionique tirée des côtes de l'homme de 6 millions de dollars, nous avons eu le temps de bien comprendre la leçon américaine. Hors le surnaturel, point de salut pour le sexe faible.
De la pin-up du Journal de Montréal à l'insupportable violence des journaux porno, du très vertueux Devoir qui trouverait déplacé d'associer les femmes à autre chose qu'un panier à provisions, jusqu'à La Presse dont le souci de modernisme nous donne droit au passionnant cahier Vivre aujourd'hui, à travers l'indécrottable bêtise des pages qu'on nous assigne, le psychologisme ronronnant et l'optimisme malade de la presse dite féminine, nous savons que le seul éclat associé à notre image sera celui des bijoux, des rouges à lèvres, des voitures neuves et des verres d'alcool que nous devons vendre et acheter, et surtout celui des planchers et du linge que nous devons laver, tantôt au Tide, tantôt à l'Arctic Power.
Par où commencer la dénonciation? Téléromans? Journaux à potins? Publicité? Émissions féminines? Ou plutôt par le secteur de l'information où, cette fois, nous brillons par notre absence? Sur qui nous faire les dents quand on a envie de manger de son prochain? Réal Giguère ou Pierre Chouinard? Émile Genest, Yoland Guérard, Yvon Dupuis? Mannix ou l'homme de fer? Arrêtons-nous avant l'indigestion.
Prenons pour acquis que la majorité des gens qui viennent passer leur vendredi soir et leur samedi à discuter de l'accès à l'information dans les mass-médias nous concéderons assez facilement que le sexisme y est omniprésent.
Ce qui risque d'être plus intéressant dans le cadre d'un colloque organisé par le comité de travail de l'ICEA sur les communications, c'est d'examiner de plus près comment s'exerce concrètement le contrôle de l'information en présence de luttes précises et de groupes sociaux particuliers. Et là-dessus, l'exemple des luttes des femmes et des groupes féministes est plus qu'éloquent. Mais avant de s'engager sur ce terrain, il nous paraît important d'essayer de faire un pas vers une compréhension plus raffinée de l'influence exercée par les mass-médias non seulement sur les masses ou sur les classes populaires mais sur des gens comme vous et moi... Des gens instruits, avertis, progressistes, militants même...
Le procédé pourra sembler un peu cruel mais nous croyons qu'il est possible de dégager assez clairement l'idéologie transmise par les mass-médias sur le travail des femmes, par exemple, en analysant à notre tour le document d'analyse produit en mars 77 par le Front commun sur les communications et intitulé Dossier noir sur la radio et la télévision commerciales.
La question est abordée dans la partie touchant les émissions de divertissement où l'on tente «d'analyser plus en détails le contenu des téléromans et des émissions féminines afin d'en dégager les valeurs mises de l'avant».2 Allons-y de quelques citations.
p. 19 «Pour celui ou celle qui travaille dur toute la journée ou pour la femme QUI PASSE SA VIE ENTRE 4 MURS ET À QUI IL N'ARRIVE JAMAIS RIEN, il est bon le soir de pouvoir se changer les idées...»
p. 32«Dans une émission comme POUR VOUS MESDAMES, les chroniques sont consacrées aux sujets suivants: la future mère, l'esthétique, la silhouette, le tricot, la mode, etc.. MAIS QUELLE PLACE DONNE-T-ON A LA FEMME ACTIVE, IMPLIQUÉE DANS LA VIE POLITIQUE, ÉCONOMIQUE ET SOCIALE?»
p. 32 «La semaine regardée, il n'y a eu qu'une entrevue avec une FEMME TRAVAILLEUSE.»
p. 32 «L'image que projettent ces émissions de lafemme n'a rien de différent des MYTHES que la société veut entretenir: celui de la femme-ménagère, de la femme-mère, de la femme-objet.»
p. 33 «On pouvait constater aussi dans cette émission que tout était défini par rapport au STATU QUO: la famille, le rôle d'épouse, la mère et la féminité.»
p. 36 «Le ton, la méthode d'animation sont l'écho d'uneculture qui n'est pas la nôtre: cette culture NIE LE RÔLE SOCIAL DE LA FEMME, soutient le culte de l'élite aux dépens de la collectivité, entretient le mythe de l'institution et évite d'analyser la réalité.»
Enfourchons donc une fois de plus notre dada et précisons d'abord que la femme-ménagère et la femme-mère ne sont pas des mythes. Il arrive probablement autant de choses à la femme qui passe sa vie entre 4 murs qu'à d'autres qui la passent à l'usine ou au bureau. Mais surtout, cette femme «travaille dur» toute la journée elle aussi. Loin d'être des sujets futiles, cuisine, couture, tricot, décoration, médecine, soin des enfants, beauté, sexualité ainsi que «problèmes de coeur, de taches indélébiles et d'étiquettes»3 constituent l'essentiel du travail de la ménagère. S'il est très juste de dire que des kyrielles d'experts invités servent à renforcer le respect des institutions, il faudrait aussi remarquer que la «semaine regardée», ils étaient spécialistes en chirurgie plastique, en obstétrique, en psychiatrie, en rééducation et en droit. Loin de «nier le rôle social de la femme», ces émissions servent justement à renforcer le rôle social des ménagères: elles visent à les encadrer, à les recycler, à les rendre plus productives et mieux adaptées aux nouveaux besoins de la société sans jamais reconnaître qu'il s'agit d'un travail et que les ménagères sont des travailleuses. La fonction première des émissions et des revues féminines est de découper en morceaux ce travail, de l'agrémenter et de le revaloriser. A notre avis, ce qu'il faut exiger ce n'est pas que l'on fasse disparaître un stéréotype qui serait celui de la ménagère mais plutôt que l'on reconnaisse que les ménagères sont des femmes «actives, impliquées» (qu'elles le veuillent ou non) «dans la vie politique, économique et sociale» et qu'elles subissent une exploitation éhontée puisqu'elles n'ont ni salaire, ni syndicat, ni congé de maladie, ni vacance, ni aucun avantage social. Si les mass-médias arrivent à nous faire gober cette énormité selon laquelle il n'y a que les salarié/e/s qui travaillent et, donc, qui ont un rôle social, nos analyses et, ce qui est plus grave, nos perspectives de luttes s'en trouveront considérablement rétrécies.
Ceci dit, soulignons également que tout au long du Dossier noir, ainsi d'ailleurs, que du document sur les actualités télévisées produit par l'ICEA en juillet 79, on
parle de «travailleurs», de «simples citoyens», de «représentants syndicaux et populaires», d'une «culture des Québécois». Nous sommes loin d'être convaincues de la neutralité de ces innombrables masculins qui l'emportent toujours. Ayons une bonne pensée pour les «gars de la Commonwealth Plywood» dont 70% étaient des femmes, en majorité immigrantes... Enfin, une dernière remarque: ni l'un, ni l'autre des deux documents n'utilisent les mots féminisme et féministe.
Ce qui nous amène à parler de la place des féministes dans les médias et plus particulièrement de la façon dont les médias traitent des luttes des femmes.
II faudrait être de mauvaise foi pour prétendre que les médias ne parlent pas de féminisme. «Êtes-vous féministe?» est dorénavant une question qu'on peut adresser publiquement à n'importe quelle femme, qu'elle soit mécanicienne, romancière ou mannequin.
À certaines femmes, les médias pardonnent d'être féministes. À celles qui de toute façon sont bien en vue. À celles qui n'exagèrent pas. À celles qui sont «un peu» féministes. À celles qui ne sont pas des hystériques-qui-détestent-les-hommes. Bien que le personnage soit de plus en plus en vogue dans les téléromans, dans les émissions de divertissement et dans les séries américaines, à notre connaissance, il n'y a jamais d'entrevues avec les féministes hystériques-qui-détestent-les-hommes.
Par contre, les féministes d'État ont plutôt bonne presse. Leur rang dans l'échelle sociale et leurs accointances avec le gouvernement leur donnent le privilège de la parole publique. Pour tout le secteur de l'information, ce sont elles les féministes. Le message passe.
Par ci, par là, quelques comédiennes, chanteuses, écrivaines ou journalistes, qui par leur métier ont accès aux médias, s'identifient aux revendications féministes, parfois même avec audace. Leur appartenance à la «colonie artistique» et le fait que ces prises de position restent individuelles leur permettent de le faire sans qu'on leur mette trop de bâtons dans les roues.
Les médias tolèrent un certain féminisme institutionnalisé ou très personnalisé. Ils supportent beaucoup plus mal l'existence d'un mouvement politique autonome et puissant contrôlé par des femmes et impossible à encadrer, surtout si ce mouvement prétend parler haut et fort.
Depuis plus de 10 ans, la question de l'avortement a fait couler beaucoup d'encre; été comme hiver, le sujet est toujours d'actualité. Sauf exception, on l'aborde du point de vue de la controverse, du dilemme moral. Ce dont les médias ne parlent à peu près jamais, c'est de la situation réelle des 25 000 femmes qui doivent avorter chaque année et de la lutte organisée des femmes pour le droit à l'avortement libre et gratuit. Voyons comment ils réussissent ce petit tour de passe-passe.
Le comité de lutte pour l'avortement libre et gratuit existe depuis 1974 et en janvier 1978, il mettait sur pied la Coordination nationale pour l'avortement libre et gratuit, regroupement d'une trentaine d'organismes dont 2 centrales syndicales, des groupes populaires et, évidemment, de nombreux groupes féministes.
Ces deux groupes ont toujours consacré énormément d'énergie à publiciser la lutte non seulement pour informer et mobiliser les femmes mais parce que cela est indispensable à la création d'un rapport de force avec nos adversaires.
La nécessité est la mère de l'invention. Avec les années, nous sommes devenues expertes dans l'art des conférences de presse. Nous avons appris à jouer la carte du spectaculaire, à rédiger telbec et communiqués, à établir des contacts privilégiés avec certains journalistes... bref, à nous débrouiller. Si nous comparons les résultats obtenus par d'autres groupes aux nôtres, nous pouvons dire que nos efforts n'ont pas été inutiles. Nous avons réussi à établir notre crédibilité. Il nous arrive parfois de passer pendant 45 secondes aux nouvelles de 6 heures et d'avoir 2 ou 3 articles dans les journaux du lendemain. Pourtant ces résultats deviennent vraiment absurdes et dérisoires si on les évalue en fonction de la somme de travail considérable qu'ils ont demandée. C'est ce que nous appelons la censure institutionnalisée.
Mais les médias ne répugnent pas à la censure ouverte. Ces quelques anecdotes vous le prouveront.
Nous avions toujours cru que faire passer une lettre ouverte dans un journal était d'une simplicité enfantine. En juillet 78, l'Assemblée des évêques du Québec faisait parvenir à René Lévesque une lettre condamnant l'avortement et la création des cliniques Lazure. Cette lettre fut reproduite dans tous les journaux. Notre cher premier ministre s'était alors empressé de leur répondre par une lettre, évidemment reprise par tous les quotidiens, où il déclarait se réjouir du dialogue amorcé, espérer poursuivre cette collaboration, etc, etc. À notre tour, nous avons écrit à M. Lévesque mais notre lettre à nous ne devait pas être très catholique parce qu'aucun journal n'a accepté de la publier. Quelques milliers de femmes ne doivent pas déranger les hommes sérieux quand ils discutent d'avortement entre eux.
Le 9 juin dernier, les Pro-Vie réunis en Front commun pour le respect de la vie et toujours aussi subtils, décidaient de miser sur l'Année internationale de l'enfant et de répandre leurs photos de foetus en couleurs sur papier glacé lors d'une fête dont le thème était: «Laissons venir l'enfant, l'enfant de Dieu, l'enfant de l'homme».
Nous décidons de réagir. Comme nous étions convaincues qu'une simple conférence de presse de dénonciation passerait inaperçue, nous avons imaginé quelque chose de plus spectaculaire. Une déclaration en faveur de l'avortement libre et gratuit: Les femmes ne sont pas nées pour se soumettre, nous aurons les enfants que nous voulons, signée par 119 femmes, toutes très connues au Québec, dont Lise Payette, Louise Harel, Pauline Julien, Jeannette Bertrand, Rose Ouellette, etc.. ainsi que la plupart des femmes journalistes de La Presse et du Devoir.
La déclaration devait être rendue publique lors d'une conférence de presse de la Coordination nationale le 7 juin. Cette fois, nous étions sûres d'être couvertes: notre message était clair et simple et nous ne manquions pas de têtes d'affiche. Mais quand même méfiantes, nous avons acheté 1/4 de page d'espace publicitaire à La Presse et au Soleil, au coût respectif de 1 200,00 $ et 800,00 $. Dans les deux journaux, maquettes et chèques ont été reçus et acceptés une semaine d'avance. On nous avait assurées qu'il n'y avait aucun problème et que notre espace était réservé pour le 9 juin, un samedi. Le 7 juin, nous apprenons que La Presse refuse de publier l'encart publicitaire sous prétexte que nous ne pouvons produire les signatures des 119 femmes... Du petit boss en plus gros boss, nous avons appris que l'ordre venait d'en haut, à savoir de l'illustre créateur de la famille Plouffe, M. Roger Lemelin lui-même.
Et comme ces gens-là marchent la main dans la main, le vendredi soir à 5 heures, nous apprenons que le Soleil refusait également de nous ouvrir ses pages.
Des sources généralement très bien informées ont confirmé nos soupçons: le lobbying de Pro-Vie avait fait son effet une fois de plus. Quant aux pressions exercées par quelques dizaines de nos signataires les plus influentes, elles n'ont réussi qu'à bloquer les lignes téléphoniques de la direction de La Presse et à exaspérer Lemelin, Sisto et cie.
De justesse et on ne sait par quel miracle, nous avons réussi à la dernière minute à faire passer l'encart au Devoir et au Journal de Montréal. Et pour ceux que ce genre d'histoire ne convainc jamais de l'existence de la censure, voici l'épilogue.
La semaine suivante, nous contactons le président du syndicat des journalistes pour discuter des mesures à prendre. Comme Roger Lemelin avait déjà refusé à ce syndicat de La Presse le droit d'acheter de l'espace publicitaire pour répondre à son inoubliable bilan de la grève publié à la une du journal, et que l'affaire était en appel devant le Conseil de presse, nous envisageons à notre tour la possibilité de porter plainte devant cet organisme. Nous en répandons la rumeur. Deux jours plus tard, Roger Lemelin convoque à son bureau une journaliste signataire, lui explique qu'il a bien réfléchi et lui demande de nous transmettre la proposition suivante: il accepterait de publier l'encart gratuitement, sans exiger les signatures, à condition que nous en modifions le texte et que nous adoptions plutôt la formulation suivante:cette grave décision ne concerne que nous-mêmes (sic).
Dernièrement, on a pu voir sur les ondes de Radio-Canada un intéressant dossier que Télémag consacrait à l'avortement. Dès les débuts du travail, les recherchistes avaient contacté la Coordination pour obtenir des informations. Ainsi le commentaire de l'émission était très largement emprunté au dossier C'est à nous de décider. Jusque là, rien à redire. Le hic, c'est qu'à aucun moment de l'émission on ne mentionnait ou on ne faisait allusion à l'existence de la Coordination...
Au départ, on avait fait une entrevue avec Mme Thérèse Benoît-Paquette, représentante du Conseil du statut de la femme à Trois-Rivières, qui avait raconté la mort d'une femme de la région suite à un avortement de charlatan. Cette séquence est restée dans la salle de montage. Lorsque nous avons essayé de savoir pourquoi, on nous a répondu tout simplement qu'elle passait mal l'écran, qu'elle n'était pas télévisable. Le beau Claude Ryan, lui, est télévisable.
Voici un dernier exemple car on pourrait les multiplier à l'infini. Celui-ci est peut-être le plus symptomatique.
En novembre 78, deux centres de femmes battues, Refuge et Assistance aux femmes, organisent une manifestation pour dénoncer le groupe de punk rock: «Battered Wives» qui encourage ouvertement la violence faite aux femmes et vante les mérites d'Hitler et de Mussolini. 200 personnes manifestaient pacifiquement devant le cinéma Saint-Denis quand les policiers sont arrivés, les ont encerclées et matraquées. Bilan de l'opération: plusieurs blessé/e/s et 54 arrestations, soit le deuxième plus gros coup de filet depuis les événements d'octobre4 . Le lendemain, des entrefilets dans les journaux donnaient à penser que le groupe Battered Wives était un groupe de femmes battues. Personne ne comprenait pourquoi les féministes se chicanaient entre elles. La conférence de presse du
surlendemain et celles qui ont été organisées par la suite n'ont jamais réussi à convaincre les médias de traiter l'affaire autrement que par quelques entrefilets incompréhensibles. Les 54 personnes arrêtées ont été accusées et trouvées coupables d'avoir troublé la paix. Leur cause est actuellement en appel.
Des silences comme ceux-là sont dangereux.
Tant qu'elles dureront, la concentration et la centralisation des médias aux mains des corporations privées et des pouvoirs politiques dominants nous empêcheront d'exprimer nos points de vue et nos revendications. Pourtant, en ce moment moins que jamais, nous ne pouvons nous payer le luxe de réfléchir en vase clos. Nous affrontons des pouvoirs qui manifestent de plus en plus d'intolérance devant nos dénonciations et nos actions et qui tentent de nous confiner à l'isolement et à la marginalité. Les possibilités se font rares. Il est évident que nous devons réduire au minimum notre dépendance face aux médias et développer des moyens de communications autonomes; documents, journaux, revues, livres peuvent nous permettre d'atteindre certaines catégories de la population. Mais le problème est loin d'être résolu. À côté de la télévision en couleurs, nous sommes bien ternes. Et d'autant plus qu'avec nos modestes moyens nous avons beaucoup de mal à quitter la grisaille, à cesser de subir une tradition s'apparentant au réalisme socialiste et à apprendre à parler en images et en couleurs nous aussi. La vie en rose sera une tentative dans ce sens.
Mais cela ne nous évitera pas d'avoir à passer par les becs mouillés de Gaston L'Heureux ou d'une quelconque coqueluche chaque fois qu'il faudra parler à beaucoup de monde à la fois.
Les médias ont compris le caractère politique et la force du mouvement féministe. Ils tentent de l'enrayer par tous les moyens dont ils disposent, du ridicule à la censure grossière.
Cette solidarité que les travailleurs syndiqués et les groupes populaires ont si souvent attendue des femmes, et rarement en vain, pouvons-nous à notre tour l'invoquer sans pour autant renoncer à notre existence et à notre autonomie?
par Philippe Ranger, Comité Québec-Chili
Si les gens sont si mal informés, c'est parce qu'ils sont si bien informés.
Ce que je vais dire n'est pas juste, je m'en excuse. Je cherche, primo, à être utile, secundo, à respecter nos limites de temps. Je vais parler à l'emporte-pièce. Je sais bien que la cause de la solidarité internationale rencontre la sympathie de nombreux artisans des médias. Je reconnais que ces médias nous livrent, exceptionnellement, le point de vue des exploités. Et je dois signaler que les rares occasions où le Comité a accès aux médias (presque toujours la télévision ou la radio) représentent pour nous des minutes d'une utilité vitale. Mais je ne peux pas intervenir dans ce colloque autrement que sur le ton de l'impatience.
Depuis deux mois, par exemple, il n'y a presque pas, à Montréal d'information neuve, inédite sur la reconstruction du Nicaragua. Mardi dernier, par les soins d'un organisme auquel nous participons, quatre militants nicaraguayens donnaient une conférence de presse. Ils représentaient respectivement des organisations syndicale, féminine, paysanne et démocrate-chrétienne. Malgré un Telbec lundi et plusieurs coups de téléphone, il ne s'est présenté à la conférence qu'un seul journaliste, celui de l'agence cubaine Prensa Latina. Le Nicaragua s'est pourtant mérité tout récemment les pleins feux de la grande presse. Mais il s'agit toujours des feux des agences de presse et de la nouvelle officielle, non des témoinages de militants.
Cet exemple vous laisse assez bien deviner l'expérience du Comité Québec-Chili auprès des médias depuis six ans. Nous avons un certain accès aux émissions de nouvelles communautaires, pour annoncer nos soirées ou nos manifestations. Une ou deux fois par an, nous pouvons être présents à une émission d'affaires publiques, un talk-show, ou une ligne ouverte. Quant à la presse écrite, nous ne pouvons rien y annoncer autrement qu'en payant l'espace, et la parution d'une information ou d'une interview prend beaucoup plus que des Telbecs et des conférences de presse. Cela prend de l'acharnement, des relations, beaucoup de travail et de la chance. Autant dire que notre présence dans les journaux est pratiquement nulle. Enfin, depuis nombre d'années, aucun journaliste en fonction n'assiste à nos diverses activités; elles ne sont donc rapportées ni dans la presse électronique ni dans la presse écrite. Que huit cents personnes viennent écouter des militants de quatre pays latino-américains, et l'on n'en soufflera pas un mot. Qu'un administrateur parle à deux cents membres de la Chambre de commerce, après qu'ils aient mangé leur dessert, trois journaux et quatre réseaux de télévision le rapporteront.
Bon, trêve de jérémiades. En un mot: les luttes politiques des peuples opprimés ont la même place dans notre information que les luttes ouvrières d'ici dans notre enseignement. Vous vous souvenez du Manuel du premier mai, de la CEQ? Un jour pour parler des luttes ouvrières en classe, c'était un viol, disaient la Chambre de commerce et le ministre de l'Éducation, et les éditorialistes. Un viol de quoi? De l'unité des voix dans l'enseignement, de l'unanimité idéologique. Un viol du tabou sur la réalité des luttes. Eh bien! c'est la même chose dans les médias pour la lutte du peuple nicaraguayen ou de la Résistance chilienne. Toujours le même tabou sur le point de vue de ceux qui luttent; défense de militer, ça viole l'objectivité. L'objectivité en information et la neutralité en éducation, comme d'autres idéaux, sont des dénégations, et spécialement des dénégations de la lutte de classes.
Le Chili est soumis depuis six ans à la destruction économique et à la tyrannie politique parce qu'il a eu pendant trois ans un gouvernement trop à gauche pour le goût des multinationales américaines. Ce sont des rapports des Nations unies et des enquêtes du Congrès américain qui le disent. Le onze septembre dernier, néanmoins, La Presse nous annonçait que le gouvernement militaire «fêtait ce jour-là le sixième anniversaire de son arrivée au pouvoir», «soit la durée d'un mandat présidentiel». «Arrivée» et non prise du pouvoir, car c'est l'arrivée « après le coup d'État», voyez-vous. Presque l'équivalent d'un mandat présidentiel, d'autant plus que le dernier président élu n'a pas été assassiné, il «fut découvert mort»l Et ces six ans ont permis de «retrouver une certaine stabilité économique». Enfin, Eduardo Frei, l'autre Joker de la CIA à part les militaires, «semble devenir le dirigeant incontesté de l'opposition»! Et voilà pour la lutte du peuple chilien et le sixième anniversaire de l'abolition de sa constitution.
Ça fait dix ans que le Comité essaie de combattre des contes pareils. Avec quoi, contre La Presse. Avec 500, 800 ou 1 200 exemplaires d'un bulletin, pour lequel il n'y a pas de permanent salarié, et presque pas d'argent pour l'imprimeur. Et pour l'information presque seulement des sources personnelles, clandestines ou marginales - car il s'agit d'information inédite sur les luttes en Amérique latine. Surtout, avec presque aucun moyen de diffusion, parce que notre bulletin n'est pas une revue «présentable». Sans doute parce qu'il ne paraît pas objectif.
L'objectivité, en information étrangère, c'est l'appareil économique des quatre grandes agences de presse du monde capitaliste, AP, UPI, AFP et Reuter. Le travail de ces quatre agences est de faire circuler verticalement, du «terrain» jusqu'aux médias, en passant par New-York, Londres ou Paris, une information aussi homogène qu'un hamburger MacDonald. (L'article de La Presse provenait d'AFP et de Reuter.) Les quatre chaînes de hamburger fournissent le corps de l'information étrangère, puis les correspondants particuliers, quand il y en a, ajoutent les détails «sur le vif», le relish. Ce qui est tout à fait impossible, c'est la circulation horizontale, entre le travailleur chilien dans la Résistance et le travailleur québécois qui lit La Presse et regarde TéléMétropole; ça, ça ne serait pas objectif, parce que pas homogénéisé par les agences. Voilà pourquoi notre bulletin n'est pas présentable, et donc pourquoi il n'est pas distribué. Les caricatures de Girerd, ou celles de Denise Bombardier, ça c'est présentable.
Les mass-média ne sont pas des moyens de communication neutres, auxquels il s'agirait d'avoir accès. Ce sont une industrie, pour laquelle il s'agit de servir un pouvoir: de diffuser un parti-pris. Celui de Girerd ou celui de la classe ouvrière. Celui de Reuter et de Power Corporation, ou celui des travailleurs chiliens et du Comité Québec-Chili. Et puisque nous n'avons pas le pouvoir, notre parti-pris n'est pas diffusable dans les médias. En d'autres termes, l'information, ce n'est pas la communion des esprits, c'est une pratique politique. Toujours. Et la classe dominante ne peut pas conserver son pouvoir politique si elle ne s'en sert pas pour dicter - économiquement, bien sûr, puisque nous ne sommes pas en pays totalitaire! - les moyens matériels, le cadre idéologique, les formes et les contenus de l'industrie des mass-média. Blâmer les médias de leur parti-pris, c'est comme blâmer les oiseaux de faire caca.
En fait, la nouvelle est un format idéologique aussi stéréotypé que le sport, le téléroman ou le film d'amour. Tout comme ces divertissements, la nouvelle est donc d'abord la répétition de nos modèles idéologiques normaux et incontestés. Enpage 18, vous trouverez une lettre au Devoir qui montre comment dans une nouvelle ordinaire la répétition des modèles prime spontanément sur l'événement. L'analyse pourrait se répéter avec un succès semblable pour la plupart des nouvelles. Mais c'est encore plus vrai en information étrangère. Pour les nouvelles locales, l'auditeur ou le lecteur a une certaine expérience vécue du contexte de l'événement rapporté.
Il peut donc jusqu'à un certain point distinguer dans la nouvelle l'aspect conte (répétition de modèles) de l'aspect événement. Mais en information étrangère toute sa connaissance provient des «nouvelles» homogénéisées diffusées par les médias.
Le conformisme politique des nouvelles, ou contes, opère en premier lieu dans le très petit nombre de formes modèles qu'elles répètent. L'information étrangère se limite pour l'essentiel aux formes suivantes: déclaration officielle, fait divers, image du progrès, guerre, misère, désastre et sinistrés. Aucune place pour les mécanismes de l'exploitation économique, pour l'opération du pouvoir, pour la lutte des classes ou pour les idéologies dominées. En conséquence, que savait-on du peuple nicaraguayen avant qu'il ne se lance dans une guerre? Que sait-on aujourd'hui de l'organisation économique du Guatemala? Des manoeuvres politiques de l'Église au Chili? À force de raconter les mêmes contes en changeant les personnages, la nouvelle internationale finit par communiquer une connaissance authentiquement légendaire du tiers-monde!
Ce vide d'information sur le tiers-monde correspond donc à un plein d'idéologie, un plein de notre idéologie dominante, bien sûr. En quelque sorte le même contenu pour le clan Beaulieu, la publicité de Household Finance, le voyage du pape au Mexique et la révolution au Nicaragua - valeur de l'individu, du succès et du bon sens, danger du désordre et des soulèvements sociaux, etc. Inutile de vous dire que ce contenu idéologique est nécessaire pour nous former et nous maintenir dans notre situation économique et politique. Les modèles répétés dans les nouvelles sont ceux avec lesquels notre société capitaliste, industrielle, sexiste, oppressive et riche fonctionne au jour le jour. C'est pourquoi le Québécois moyen a «besoin» du clan Beaulieu, de Guy Lafleur et de Denise Bombardier. Formé par les médias, lui-même ne trouve pas présentable une information qui défend un autre parti-pris que celui de l'idéologie dominante. Pour informer, nous devons faire de l'éducation politique: c'est ce que chacun des groupes représentés ici, ce soir, a appris dans la pratique.
Ce que reproduisent tous les contes de l'idéologie dominante, c'est la domination. Qu'on la représente ici ou ailleurs, peu importe. Voilà pourquoi c'est la lutte des classes dominées contre leur domination qui est tabou à l'école, dans les télé-romans et dans l'information étrangère. Voilà pourquoi on ne donne jamais l'explication de la pauvreté, des massacres ou de la torture dans le tiers-monde. Pourquoi on ne montre pas les intérêts que cela sert, ni les forces du peuple qui travaillent dans l'intérêt opposé. Le problème de l'information étrangère, ce n'est pas le manque d'objectivité des médias vis-à-vis les sociétés du tiers-monde. Le problème, c'est leur fonction politique dans notre société. La solution, ce
n'est donc pas de montrer que nous sommes une source d'information objective: ça ce serait taire nous-même la lutte à laquelle nous travaillons et cesser de faire de l'éducation politique contre les intérêts servis par les médias. Non, la solution c'est le travail d'éducation politique; c'est de montrer que les médias luttent aussi pour un parti-pris, et de quelle classe c'est le parti-pris.
Avons-nous tout de même des voeux à formuler? Bien sûr. Pour nous, le coeur de notre travail d'information, c'est l'information militante, comme ce qui se fait ici ce soir. Là, les médias n'interviennent pas. Mais ce travail ne peut se faire que dans les limites où nous réussissons à faire aussi de la publicité et de la diffusion. Nous devons publiciser nos activités et leurs résultats, nos démarches et nos prises de position, nos invités et nos publications. Pour ça, nous dépendons beaucoup de la collaboration des médias, aussi faible soit-elle. Et pour la diffusion de nos propres publications, nous avons besoin de moyens techniques et financiers, et surtout d'un réseau de diffusion. Dans les conditions actuelles, nous arrivons à faire un travail utile. Mais si nous pouvions améliorer la publicité et la diffusion, nous pourrions le rendre dix fois plus utile. C'est pourquoi nous attachons tant d'importance au travail qui peut se faire à ce colloque.
Comme on peut teinter l'information
Durant toute la journée du 25 octobre, à toutes les demi-heures, à la radio de Radio-Canada, nous pouvions entendre la nouvelle suivante: «Le débrayage décrété par la CSNa été suivi dans son ensemble. Dans le domaine de l'éducation, au niveau des cégeps sept ou huit institutions ont été épargnées par lemouvement de grève».
Si les mots ont encore un sens, cette phrase, en apparence anodine, déforme frauduleusement les faits.
Premièrement, la CSN n'a jamais «décrété le débrayage» (prisdans ce contexte, il s'agirait d'une imposition) mais a plutôt lancé le mot d'ordre de débrayage de 24 heures comme moyen de pression, qui a été voté démocratiquement par la majorité des assemblées locales. Ce qui n'est pas la même chose, on en conviendra.
Deuxièmement l'utilisation des mots «épargné par le mouvement de grève» est douteuse et assez significative de l'impression que l'on veut créer. À y regarder de plus près, on croirait que les syndiqués de ces institutions furent épargnés de quelque chose s'apparentant à la lèpre ou de je-ne-sais-trop quelle maladie contagieuse. C'est de la grève qu'il s'agit, et l'on n'a pas à en être «épargné». On vote pour ou contre, un point c'est tout! En toute liberté, selon sa conscience,telle est la démocratie ouvrière et syndicale.
Soulever ces détails n'est pas un jeu pour virgulistes ou pourfendeurs de cheveux en quatre. Il en va du droit à la libre information, qui présuppose une fidélité inconditionnelle aux faits. Rien de plus s'il vous plaît...
Serge PROVOST,professeur de philosophie au cégep Saint-Jérôme.
Montréal, 29 octobre 1979.
par Daniel Marsolais, Fédération nationale des Communications, CSN.
Si l'on admet que la fonction principale du travailleur de l'information consiste à recueillir, mettre en forme et diffuser les messages de différentes sources des acteurs de notre société, il est une question résiduaire qu'il convient dès lors de se poser: dans quelle mesure s'acquitte-t-il convenablement de sa tâche?
De manière générale, toutes les recherches qui ont porté sur le contenu de l'information démontrent éloquemment l'effet stabilisateur qu'ont les médias sur les citoyens en les encourageant notamment au conformisme et à la passivité.
Cela nous aide à comprendre pourquoi les pouvoirs économiques et politiques accordent une si grande importance aux médias de masse. Outils de prédilection dans le façonnement idéologique d'une société, les médias d'information sont sous la domination du pouvoir établi et la mission qui leur a été impartie consiste essentiellement à assurer la pérennité du statu quo. Compte tenu de la place qu'ils occupent, les travailleurs de l'information sont souvent considérés, à tort ou à raison, comme les courroies de transmission du système.
Ceci n'est évidemment pas complètement faux, quoiqu'il faille nuancer sérieusement cette affirmation. On pourra toujours les accuser d'être les alliés objectifs de la classe dominante, encore faut-il reconnaître que c'est, en règle générale, à leur corps défendant. Il ne faudrait tout de même pas ignorer dans quelles conditions travaillent ces derniers et reconnaître, en outre, qu'ils ont à se mesurer à forte partie dans la plupart des boîtes respectives où ils travaillent.
Il suffit de se souvenir des très dures et longues luttes qui ont été menées en 1977-78 dans le secteur de l'information pour comprendre que même dans ce milieu soidisant privilégié, les patrons sont aussi férocement jaloux de leurs prérogatives.
Il reste néanmoins qu'il est difficile de nier la valeur de cette critique puisque à maints égards elle est malheureusement fondée. Tant et aussi longtemps que les travailleurs de l'information ne feront pas collectivement leur autocritique et qu'ils ne déboucheront pas sur de nouvelles perspectives, il y a peu d'espoir de modifier la situation actuelle et il apparaîtra de plus en plus évident à la population que les communicateurs sont indirectement associés au pouvoir établi. Les derniers sondages de popularité tendent d'ailleurs à prouver que les journalistes ne jouissent pas de la cote d'amour du public par les temps qui courent.
Pour assumer pleinement leur rôle et ainsi répondre aux attentes légitimes des citoyens, les travailleurs de l'information doivent absolument se reprendre en mains et réexaminer en profondeur les nobles et généreuses aspirations qui sont intrinsèques à la notion de liberté de l'information. La définition que l'on en donne dans nos conventions collectives, sans être limitative à la presse, nous indique la voie à suivre: le travailleur de l'information doit être libre de rechercher les informations et les idées, il doit être libre d'exprimer des opinions et de répandre les informations. Qu'est-ce à dire? En clair, cela signifie que les travailleurs de l'information doivent prendre les moyens pour éliminer les obstacles qui peuvent s'opposer au plein exercice de ce droit.
Il est aussi affirmé dans les conventions collectives, que l'information doit être conforme aux faits et de nature à ne pas tromper le public et qu'à cette fin elle doit comprendre tous les éléments de ces faits. La politique de fragmentation de l'information, tant dans les journaux télévisés que dans les quotidiens, entre nettement en contradiction avec l'affirmation précédente. Isoler un événement, le présenter sans expliquer ses origines et les conséquences ou les répercussions qui en découleront, cela fait l'affaire du pouvoir établi. Encore une fois, ici, les travailleurs de l'information ne doivent pas s'attendre à ce que leurs patrons fassent quoi que ce soit pour modifier cet état de fait.
Contribuer au développement d'une opinion publique éclairée en lui faisant prendre conscience de l'interdépendance des événements, c'est là aussi une des responsabilités des travailleurs de l'information. Toutefois, il nous apparaît qu'avant d'atteindre cet objectif, il est un certain nombre de gestes concrets qui pourraient être posés par les travailleurs de l'information afin de créer des conditions plus favorables à l'émergence d'une véritable communication allant dans le sens du développement social et politique de la collectivité.
Nous pensons entre autres que les travailleurs de l'information devraient s'opposer, voire refuser de couvrir des événements à caractère anecdotique qui n'ont en définitive aucune importance ou réelle signification pour l'ensemble de la population.
Nous croyons que les travailleurs de l'information ont le devoir de développer un esprit critique face aux sources d'information dites officielles. Plutôt que de se contenter de rapporter fidèlement les déclarations de cette minorité qui pense et agit au nom de la collectivité, le travailleur de l'information devrait au contraire en mesurer la portée sociale, démontrer les intérêts qui se cachent derrière telle mesure ou telle politique.
Le travailleur de l'information devrait aussi ouvrir son calepin de notes et son micro aux autres groupes que les élites traditionnelles. La contestation, le mécontentement devraient occuper une place beaucoup plus importante dans les médias de masse et c'est principalement aux artisans de la communication qu'il revient de mettre en oeuvre cette forme de dynamique sociale... en collaboration avec les multiples groupes de pression qui oeuvrent dans les différents milieux.
En définitive, nous croyons que le rôle fondamental du travailleur de l'information devrait consister à s'attaquer résolument à l'amélioration de la qualité du contenu plutôt qu'à la quantité des informations. Le déséquilibre actuel que l'on constate dans les médias d'information, loin d'être un fait isolé, correspond grosso modo aux déséquilibres économiques et aux inégalités sociales que l'on retrouve dans notre société.
Il est donc du devoir des travailleurs de l'information d'éveiller leur propre conscience à cette réalité. À cet égard, les syndicats ont un rôle excessivement important à jouer. Du fait de leur implantation dans les milieux de l'information, ils ont la possibilité virtuelle de modifier graduellement les diverses formes de distorsion que connaît l'information véhiculée dans les mass média. Des efforts en ce sens ont été tentés avec succès dans le passé (notamment avec l'acquisition de clauses professionnelles), mais on constate que depuis quelques années les conquêtes journalistiques sur le strict plan de la qualité de l'information se sont faites beaucoup plus modestes.
C'est pourquoi, nous apparaît-il important que tes syndicats d'information amorcent sans plus tarder une réflexion en profondeur auprès de leurs membres, c'est-à-dire les travailleurs de l'information, afin de donner une orientation nouvelle aux luttes qu'ils auront à mener dans l'avenir.
Cette entreprise ne sera certes pas facile. Il nous faudra beaucoup d'énergie pour vaincre la force d'inertie qui semble dominer chez un grand nombre de communicateurs. Nous ne serons pas à l'abri, non plus, des démagogues de tout acabit qui nous accuseront aussitôt de vouloir prendre le contrôle de l'information. Qu'à cela ne tienne: s'il faut y mettre le temps; nous y mettrons la manière. Le réalisme nous commande de faire les petits pas que nous sommes en mesure de faire plutôt que le grand pas que nous ne ferons jamais.
Par Gilles Charland, Regroupement des syndicats en communications (FTQ)
À cause des caractéristiques qui lui sont propres, le monde des communications, que ce soit au niveau de l'information, de la télévision, de la radio, des journaux, du spectacle ou de la téléphonie, a une influence énorme sur la société d'aujourd'hui et sur celle de demain. Les travailleurs du secteur des communications sont généralement les artisans que l'on ne voit pas, mais qui sont impliqués directement dans le produit «fini».
C'est pourquoi ils sont probablement parmi les mieux placés pour faire connaître «l'arrière-scène, ce que l'on ne voit pas, pour apporter un point de vue qui est bénéfique à tous. Voici quelques exemples qui illustrent bien la situation.
Dans le domaine de la radio-télévision, les travailleurs de ce secteur sont intervenus à maintes reprises devant le CRTC, lors de conférences de presse, de colloques, etc. pour dénoncer la piètre qualité de la programmation, le contenu canadien, le peu de temps consacré à l'information et aux actualités, la violence à l'écran principalement aux grandes heures d'écoute. Au niveau de la publicité, la quantité et la qualité ont souvent été dénoncées de même que la concentration des entreprises.
À cause de la situation de monopole dont bénéficient les compagnies de téléphone, il est extrêmement important pour les travailleurs de faire le contre-poids afin de protéger le public en général.
Ainsi, les syndicats interviennent régulièrement auprès du CRTC et de la Régie des services publics sur les hausses de tarifs des compagnies et la qualité des service offerts. Un autre problème majeur auquel ces travailleurs sont confrontés est l'écoute électronique.
Comme chacun le sait, de nos jours, l'écoute électronique ne se fait pas toujours selon les règles prévues par la loi. La GRC ou ses semblables sont toujours à la recherche de présumés activistes, communistes, anarchistes ou autres acabits du genre. Quelle attitude doit donc prendre le travailleur qui découvre que votre ligne téléphonique est «tapée»? Chez Bell Canada, on a donné ordre aux travailleurs qui feraient une telle découverte d'en aviser immédiatement «certains» superviseurs.
Qu'arrive-t-il par la suite? Mystère et boule de gomme!
Les travailleurs de la cablodistribution ont été longtemps dans l'expectative pour savoir de quelle juridiction ils relèveraient: provinciale ou fédérale. Finalement, la Cour Suprême du Canada a tranché le litige. Ils sont de juridiction fédérale. Cette querelle de politiciens ne les a pas empêchés de s'opposer à l'implantation de la télévision à péage que chaque palier de gouvernement voulait instaurer avant l'autre et qui se faisait aux détriments du public et au seul bénéfice des compagnies.
Ils ont aussi soumis différentes suggestions pour qu'une véritable télévision communautaire s'installe au Québec.
Le mouvement syndical tient son origine des syndicats des pressiers et des typographes. Depuis leur création, ces travailleurs ont toujours combattu le phénomène de la concentration de la presse.
Plus récemment, on n'a qu'à se souvenir des longues et dures luttes menées à la Presse, au Montreal Star et au New-York Times sur les changements technologiques pour préserver les emplois des travailleurs et empêcher la fusion des entreprises.
Même si, par la nature de leurs fonctions, les travailleurs du spectacle ont une structure syndicale différente de celle des autres travailleurs, ils sont un élément important dans notre société.
Leurs nombreuses interventions concernant le dumping des films et des séries, le doublage, la quantité et la qualité des productions québécoises, la création d'une politique du cinéma, etc., ont permis de réduire le nombre d'importations et de créer une place importante à la culture québécoise.
Malgré tout, la tâche à accomplir demeure immense et ce n'est qu'avec la vigilance et la concertation de tous nos efforts que nous en arriverons à un résultat encore plus tangible.
Par Stéphane Cloutier, président du Regroupement populaire des usagers des moyens de communication d'Abitibi-Témiscamingue
Après les brillantes analyses que nous venons d'entendre, il est évident que l'information est un immense dossier noir; il n'est pas surprenant que les «lumières» nous tombent sur la tête.
Je vais essayer de vous faire dix (10) ans d'histoire en dix (10) minutes; ce qui va me permettre de glisser un certain nombre d'énormités. Ce qui fera plus régional...
En Abitibi-Témiscamingue, là aussi nous nous battons comme partout ailleurs au Québec et dans le monde pour des droits fondamentaux comme le droit de communiquer et le droit de progresser et/ou de se développer. Depuis dix (10) ans en particulier, nous menons des luttes relativement intensives en Abitibi-Témiscamingue sur le front des communications et de l'information. Il est bien évident qu'après dix (10) ans nous ne faisons que commencer5 . L'Abitibi-Témiscamingue est une région très vaste, peu peuplée, très riche sur le plan minier et forestier et qui se stabilise sur le plan agricole. Son taux de chômage est très bas: entre vingt (20) et vingt-cinq (25)%. L'Abitibi-Témiscamingue est pourtant la vache à lait de la métropole comme toutes les régions sur le plan des matières premières. Son économie est contrôlée par de puissants intérêts financiers comme ceux de Noranda Mines et de Domtar par exemple.
L'information régionale, est principalement entre les mains de deux monopoles soit Radio-Nord Inc. et Québécor. Les productions de ces compagnies servent d'abord les intérêts des grandes compagnies et des petits potentats affairistes locaux. Mais il n'y a rien de bien nouveau là-dedans; dans ce tableau nous trouvons une situation analogue à ce que nous trouvons partout ailleurs au Québec.
Ce qui pourrait être intéressant d'élaborer ici, ce sont les luttes que nous menons chez nous. Il y a du monde tanné ça vous le savez et depuis longtemps; principalement: des syndicalistes, des travailleurs, des esprits dynamiques et progressistes. Mais il ne faut pas s'imaginer qu'il n'y a pas d'auditeurs captifs pour le Clan Beaulieu, pour Swat, pour les commerciaux, pour les annôneries du Téléjournal et la commisération de Consommateur-Plus.
Quoiqu'il en soit, nos batailles principales depuis dix (10) ans se sont articulées autour de divers projets.
Le premier et à mon avis, un des plus importants fut Le Bloc. Le Bloc a été une production d'environ soixante-dix (70) demi-heures télévisées d'information durant deux ans.
Par l'intermédiaire d'un front commun des syndicats, les travailleurs se réunissaient pour déterminer les thèmes, le contenu, la facture de ces émissions télévisées; ils y participaient directement devant les caméras; ils les évaluaient. Ces émissions avaient comme fonction de soutenir et d'amorcer leurs luttes. Le Bloc avait une des plus grosses cotes d'écoute dans la région. De plus, une analyse qualitative des auditeurs nous révéla que sur cent (100) auditeurs, vingt (20) ignoraient l'émission, dix (10) ne se faisaient pas d'opinion, quinze (15) étaient défavorables et cinquante-cinq (55) étaient favorables. Les quinze (15) défavorables représentaient le milieu d'affaires, professionnel et administratif, comme par hasard, et les cinquante-cinq (55) favorables regroupaient des gens en provenance de ce qu'on appelle les milieux populaires ou la classe ouvrière.
L'émission avait une portée considérable, elle devenait un mouvement. Elle donna droit de cité au langage, à la parole ouvrière. Elle mit au point un processus de production efficace, elle créa un style d'information et de communication dont on a dû tenir compte par la suite.
Quand Radio-Nord qui diffusait cette émission, (les travailleurs payaient pour cette diffusion) et à qui le projet louait des services techniques, multiplia ses tarifs de production par cinq (5), tout simplement. Le Bloc chercha de nouveau mode de production. Cependant la conjoncture ambiguë du début des années mil neuf cent soixante-dix (1970) qui avait regroupé les syndicalistes, les animateurs et les travailleurs, commença à se disloquer. De plus l'accès aux ondes était devenu difficile. La solidarité populaire devait se chercher de nouvelles bases.
Un autre projet, le réseau communautaire essaya de prendre la relève, mais il ne put résister aux difficultés en présence. De plus, à la même époque, et ceci est important, les syndicats, et les mouvements populaires se retiraient radicalement des organismes de concertation régionale comme le Conseil régional de développement6 . La conscience de classe faisait un bond important à ce moment là. Nous sommes en mil neuf cent soixante-treize (1973) environ.
Multi-Média arriva dans le décor. Ce projet suscitait de la méfiance, ce qui n'était que la manifestation d'un juste esprit critique. Ce sont finalement des animateurs progressistes qui assumèrent le projet.
Il y eut une production pour le moins intéressante qui de fait prit la relève des voies populaires dans l'immense marre de l'information officielle; et ça, il faut le dire, malgré les volontés du ministère de l'Éducation. Il faut ajouter que les animateurs de l'époque s'inspirèrent grandement du travail qu'avait fait Le Bloc précédemment.
Cependant encore là, les moyens de production n'appartenaient pas aux travailleurs. Les animateurs du projet de Multi-Média vivaient de plus en plus les équivoques de leur projet. De toute façon le gouvernement décida de mettre fin à ce programme éducatif pour employer son vocabulaire.
Ces années virent apparaître à Maladie un petit journal local: La Gazette de Malartic qui émergeait des luttes politiques que menait la majorité des citoyens, c'est-à-dire les travailleurs de Maladie, principalement des mineurs, et souvent des travailleurs-chômeurs-ou-assistés-sociaux. Ce sont des luttes qui se menaient sur le plan municipal, et il faut dire que ce journal tient encore le coup. Il est remarquable par sa proximité du milieu dont il origine, par son effort d'analyse et par la limpidité de sa présentation; c'est un mensuel.
Au moment où nous assistons à la prise du pouvoir par le Parti Québécois, nous assistons aussi à l'apparition de différents groupes marxistes, purs ou opportunistes, déviationnistes ou justes, trotskistes ou staliniens; je n'ose pas me prononcer là-dessus. Disons pour l'instant que je préfère les illuminations de mon ambiguïté personnelle.
Quoiqu'il en soit il faut reconnaître que ces groupes font un effort d'information, qu'il faudra bien un jour évaluer sérieusement, avec honnêteté si l'objectivité est trop difficile.
À travers tout ça, se développent à Rouyn et à Senneterre deux radio-communautaire; CIRM-MF en opération à Rouyn depuis plus d'un an et CIBO-MF qui espère entrer en onde en mil neuf cent quatre-vingt (1980) à Senneterre.
Enfin nous assistons à la poussée tranquille pour ne pas dire pénible de la régionalisation de Radio-Québec.
Quoiqu'il en soit, les problèmes de l'information et de la communication restent presque entiers et les malaises se font sentir de plus en plus profondément. C'est ce qui a suscité en mai mil neuf cent soixante-dix-huit (1978), une série de colloques sur l'information et la communication. Dans ces colloques qui eurent lieu dans toute la région et qui se terminèrent par un colloque régional, il s'établit un consensus pour mettre sur pied un regroupement autonome et permanent pour défendre et promouvoir les droits à l'information et à la communication. C'est ainsi qu'est né en mil neuf cent soixante-dix-huit (1978), le Regroupement populaire des usagers des moyens de communications d'Abitibi-Témiscamingue.
D'un côté, nous savions qu'il est pratiquement impossible dans notre territoire de maintenir de façon efficace un organisme régional sans un financement adéquat.
D'un autre côté, nous savions que le ministère des Communications voulait mettre sur pied une manière de Conseil régional sur les communications. Par ailleurs, nous refusions le modèle technocratique et concertatif souvent impliqué dans cette mécanique. Nous ne voulions pas qu'un organisme pseudo-représentatif comme le Conseil régional de développement d'Abitibi-Témiscaminque qui réunit, lui, à la même table les propriétaires des moyens de communications et quelques usagers, s'empare de cette source de financement. Nous avons donc présenté un budget de fonctionnement au mois de février mil neuf cent soixante-dix-neuf (1979), au ministère des Communications du Québec. Le ministère des Communications nous accordait une subvention de vingt cinq mille (25 000) dollars au tout début de septembre.
Évidemment, depuis disons la fondation du regroupement, nous avions très peu de ressources, mais nous avons tout de même travaillé un peu depuis janvier. Principalement nous avons essaye d'organiser quelques comités dans nos zones et quelques comités de recherche, et nous avons suivi de près un dossier, celui de Radio-Québec.
Disons que c'est là résumer un peu vite, je dois l'avouer, tout ce que nous avons fait depuis dix (10) mois, mais j'aimerais mieux vous parler de ce que nous voulons faire dans l'année qui vient ou dans les années qui viennent.
D'ici un mois, nous devrions avoir pignon sur rue et un secrétariat permanent avec un ou une secrétaire générale pour activer nos opérations quotidiennes. Essentiellement nous comptons travailler à deux niveaux. Premièrement, défendre les droits des usagers en développant des mécanismes de luttes dans des dossiers importants que nous imposera notre analyse de la conjoncture. Deuxièmement, nous voulons mettre sur pied divers projets annuels qui seraient des événements d'importance dans la région. Je vais vous en donner quelques exemples.
Un symposium sur l'information et sur la communication qui développerait chaque année un thème important par exemple: l'enfant et la communication; la femme et l'information; les travailleurs et l'information; l'environnement etc.. etc.. Bref, un événement éducatif relativement circonscrit dans le temps et l'espace.
Nous pensons aussi à un autre type de projet que nous appelons «Le tribunal populaire». A chaque printemps nous choisirions un accuse, sur lequel - les accusés ne manquent pas: nous avons examiné les possibilités, c'est un projet de quinze (15) ans au moins -. Un accusé sur lequel nous engagerons une recherche importante qui serait périodiquement diffusée; comment? on ne sait pas trop, mais là-dessus on a peut-être quelques gadgets dans notre sacoche.
Nous formerons à ce moment-là un jury remarquable pour sa crédibilité et son expertise devant lequel l'accusé serait appelé à présenter sa défense à l'automne. À un moment donné, le jury rendrait son jugement; cet événement pourrait durer environ six (6) mois.
Nous organisons présentement une semaine du cinéma régional qui se tiendra bientôt du sept (7) au onze (11) novembre prochain. C'est la troisième année que ça s'organise dans notre région; nous l'assumons cette année.
L'Abitibi a le même âge que le cinéma. La découverte de ce lieu de projection a donc une portée particulière. L'Abitibi n'est pas née à l'époque du bouche à oreille ou de l'imprimerie. Elle a l'âge des moyens modernes de communication. Il faut souligner d'ailleurs que la région est proportionnellement une des plus productives du Québec à cet égard; elle possède déjà sur place presque toute l'expertise à son expression audio-visuelle.
Enfin, le Regroupement entend organiser des ateliers d'utilisation des mass-média et divers colloques spécifiques.
Pour conclure, je soulignerai que toutes ces activités n'écartent pas le suivi quotidien de la conjoncture. Il y a
plusieurs luttes à mener sur le front des communications. Nous avons fait un bout de chemin; il en reste beaucoup à faire. Nous continuerons ces luttes.
Les ateliers de l'avant-midi portaient sur la mise en commun des acquis, expériences et réflexions des participants.
Il serait impossible de faire un compte-rendu détaillé et exhaustif de toutes les interventions faites en ateliers mais on peut par contre dégager certains grands thèmes discutés par les participant/e/s.
Le monopole des agences de presse: les participant/e/s se sont montré/e/s inquiets/tes du monopole presque absolu que détiennent les grandes agences de presse (France-Presse, Reuter, Associated Press et United Press) sur l'information internationale, domaine où nous avons encore moins qu'ailleurs les moyens de vérifier les «nouvelles» transmises.
Le contrôle et la mauvaise qualité de l'information transmise par les mass media
À partir des documents publiés par l'ICEA et de leurs propres expériences soit comme groupes populaires, syndicaux, ou comme groupe travaillant au niveau des médias communautaires ou comme travailleurs et travailleuses des communications, les participant/e/s ont constaté et déploré:
Presque tous les ateliers ont discuté longuement de la question de la responsabilité professionnelle des travailleurs de l'information face au contrôle de l'information. Il en ressort que malgré toutes les contraintes que subissent ces derniers (droit de gérance de l'entreprise de presse, contrôle accru, censure et autocensure, carence de personnel, problème de sécurité d'emploi et du recours aux pigistes, etc.), malgré leur faible marge de manoeuvre et les dures luttes syndicales qui ont été menées dans le secteur des communications, il serait important et même essentiel de sensibiliser davantage les travailleurs/euses de l'information au problème du contrôle de l'information et aux mécanismes subtils qui font d'eux des rouages de ce contrôle. On a souligné le rôle de première importance des syndicats dans cette sensibilisation ainsi que la nécessité d'accroître les liens entre les lieux de formation des travailleurs/euses de l'information, les syndicats et les milieux populaires et syndicaux. On a également mis l'accent sur l'importance pour les groupes progressistes d'apprendre à se servir des médias malgré leurs limites pour transmettre leurs informations.
- D'autres types de problèmes ont été abordés: les habitudes d'écoute du public semblent avoir modelé des comportements solidement ancrés. Ainsi on a constaté dans certains ateliers que bien des gens veulent de la nouvelle, du spectaculaire et s'intéressent moins à d'autres formes d'information. Dès lors se pose le problème d'attirer un auditoire sans recourir aux procédés que l'on dénonce chez les médias traditionnels. On note aussi le danger pour les médias autonomes de tenter à leur tour d'imposer leurs visions du monde, de recréer un autre pouvoir. Ici encore, on a mis l'accent sur l'importance pour les médias autonomes de se rencontrer et de discuter plus en profondeur des acquis et des problèmes de l'autonomie.
Les ateliers de l'après-midi ont été consacrés à l'identification des pistes d'action et de revendications puis au choix de revendications et d'actions prioritaires. Voici la synthèse des recommandations des ateliers présentée par Paul Bélanger, directeur de l'ICEA.
Le mécontentement gronde dans les classes populaires:
il est urgent de trouver les moyens concrets de «prendre la parole», de passer à l'action, de formuler nos revendications et les avancer partout, de multiplier et relier les actions collectives et les luttes.
Nous regrouperons les pistes de travail formulées par les ateliers autour de deux thèmes: premièrement, les revendications; deuxièmement, les pistes d'action.
Face au problème de l'accès aux médias, au droit des groupes de passer leur information, pour freiner les orientations actuelles des grands médias écrits et électroniques et la monopolisation de l'information, nous revendiquons le droit à l'expression (le droit d'informer), le droit de communiquer qui comprend le droit et la liberté de donner l'information, des déclarations et des interviews aux médias de masse, c'est-à-dire le droit d'être une source d'information.
Plus précisément face aux traitements actuels et à la distorsion de l'information, les groupes ne doivent pas se gêner pour dénoncer les abus et les campagnes de salissage, il importe de riposter, d'exiger un droit de réplique, d'embourber s'il le faut le Conseil de presse avec les milliers de cas flagrants à travers le Québec.
Nous revendiquons une information où sera garantie la pluralité des points de vue et des secteurs d'activités; une information donc où l'ensemble des régions et milieux seront couverts. Nous revendiquons à cet égard une affectation des journalistes de façon à couvrir les différentes réalités de vie des classes populaires ainsi que les différentes régions.
Nous contestons la répartition actuelle du temps d'antenne et de l'espace journalistique où l'information boursière et les indicateurs des investissements ont une place privilégiée sinon statutaire alors qu'on fait silence sur les indicateurs de chômage, d'assistance sociale, etc...
Nous exigeons que les médias privés et publics rendent des comptes à l'opinion publique, rendent publique leur politique d'information et d'affectation de personnel.
Nous demandons que soient créés dans chaque entreprise de presse des comités de surveillance (incluant des représentants des usagers) sur l'équilibre de l'information.
Les participants au colloque demandent que la revendication pour un temps d'antenne et un espace dans les médias écrits provenant des organisations des classes populaires (que cette revendication donc) soit davantage étayée en se fondant sur les expériences réalisées en d'autres pays, en facilitant la concertation des différentes demandes actuelles de ce type, en exigeant non seulement du temps et de l'espace mais aussi les ressources nécessaires à une production de qualité.
Nous donnons notre appui aux travailleurs organisés de l'information qui par l'outil de convention collective limite l'arbitraire du droit de gérance et pose certains garde-fous contre la violation de la liberté d'information dans le travail journalistique. A cet égard plusieurs participants ont rappelé les liens entre les luttes au niveau de l'information et l'ensemble des luttes des classes populaires.
Nous revendiquons de la part du ministère des Communications du Québec une politique de développement des médias communautaires et alternatifs, une définition publique des critères d'allocation de fonds, une aide gouvernementale statutaire à ces médias.
Au niveau des moyens d'action, les participants ont soulevé l'importance de se regrouper, de développer nos propres moyens d'information, d'appuyer les luttes des travailleurs/euses des communications et de faire un travail de sensibilisation et de formation.
Au niveau de l'action, la priorité est donc la promotion d'un regroupement large, d'un lieu de concertation à la fois pour recueillir, diffuser et rendre accessibles les informations régionales et nationales sur les actions en cours, mais aussi pour permettre aux usagers d'avoir un poids et une influence collective face aux différentes instances décisionnelles, pour faire valoir leurs revendications, pour dénoncer des politiques telles que celles de la télévision à péage, pour maintenir une vigilance constante sur ce front. Quant à l'importance de recueillir, de diffuser, de rendre accessible les informations sur ce qui se passe dans les classes populaires tant au niveau local, régional que national, plusieurs participants ont même proposé que les moyens actuels de communication dans les organisations populaires et syndicales puissent servir d'embryon à une éventuelle agence de presse populaire.
Après avoir marqué l'importance de développer les médias autonomes dans les organisations populaires, des participants ont demandé d'inventorier d'autres médias d'information que la seule presse écrite et électronique tel que le théâtre, l'affichage, les manifestations culturelles, de façon à maximiser l'efficacité de notre communication.
Après avoir reconnu l'importance d'un organe de presse de masse contrôlé et financé par les organisations syndicales et populaires, les participants demandent que soit fait le bilan des expériences antérieures (APLQ, Québec-Presse, Le Jour, Le Bloc, CFVO) pour éviter de répéter les mêmes erreurs (par exemple, trop s'en tenir aux lois du marché), pour réévaluer les possibilités de créer un média de masse populaire.
Enfin, les participants au colloque tiennent à dénoncer le caractère anti-démocratique d'un colloque organisé par l'Université de Montréal, financé par le CRTC, la Maison Radio-Canada et le ministère des Communications, un colloque portant sur la recherche sur la télévision, colloque concrètement fermé aux usagers et travailleurs organisés des communications.
Devant donc le monopole de la presse électronique, le travail discriminatoire des pupitres patronaux des médias écrits, 300 participants décident de passer à l'action. Les grands médias sont là, on ne peut les ignorer. Il faut y gagner des acquis, mais comment? avec quelles alliances? Plutôt que d'attendre le grand pas qui n'est pas prêt de venir, les participants ont proposé une série de pas limités, mais possibles maintenant.
«La parole, ça se prend». La démocratisation des médias passe à la fois par la vigilance et la lutte face aux grands médias, et la promotion de médias alternatifs.
3 novembre 1979
RECHERCHE :
Jean-Pierre Desaulniers, Philippe Sohet, Nicole Hubert et des étudiants du Département des communications avec la collaboration du Service de l'éducation permanente de l'Université du Québec à Montréal
Daniel Corvée du Front commun des communications
RÉDACTION:
Vallier Lapierre, Lina Trudel
SECRÉTARIAT
Le Service de l'éducation permanente de l'Université du Québec à Montréal
La première constatation qu'il nous faut faire lorsqu'on aborde le phénomène de la télévision, c'est que les Québécois sont parmi les plus gros consommateurs de télévision au monde. Les statistiques officielles indiquent qu'ils passent en moyenne près de 25 heures par semaine devant leur télévision. Même si elle existe depuis près de 30 ans, nous sommes encore obnubilés par ce gros cadeau que semble être la télévision. Elle apporte chez nous, sans frais apparents7 , la distraction, le rêve et une information abondante. Comme les Québécois ne lisent pas beaucoup, pour la majorité d'entre eux la télévision constitue peut-être la source d'information principale.
Depuis quelques années, commence à poindre une certaine lassitude face à une programmation qui revient, toujours la même, année après année. Cependant, on est encore loin de ce qu'on pourrait appeler une attitude critique face à la télévision. On passe donc une partie importante de notre vie à contempler un spectacle vécu par d'autres, à vivre par procuration la vie rêvée qui se déroule dans les téléromans et les séries américaines. Ainsi, la télévision est devenue un moyen important d'incitation à la passivité et à la soumission en faisant oublier les contraintes de la vie quotidienne et l'exploitation dont nous sommes victimes. «Le jour, on travaille et on n'a pas le temps de penser et le soir on oublie avec la télévision; ainsi se referme la boucle de l'aliénation. La télévision pense et rêve à notre place. Elle ne permet d'autre réponse que notre silence, notre acquiescement automatique ou, au mieux, notre refus impuissant.»8
Faut-il voir dans le fort taux d'écoute de la télévision le signe que les Québécois en sont satisfaits, que la programmation correspond à leurs goûts? Selon nous, l'une des explications possibles de la grande popularité de la télévision réside dans le fait de son accessibilité absolue: il n'y a qu'à peser sur le bouton.
«En fait, la télévision gagne tout simplement par défaut. En effet, dans les milieux populaires, on écoute la télévision parce qu'on ne peut se payer d'autres loisirs, parce qu'on est souvent trop fatigué pour faire autre chose,parce que ça permet d'oublier ses problèmes (dans les milieux aisés, on écoute moins la télévision). Dans cesconditions, la télévision part toujours gagnante, elle peut donc se permettre d'occuper tout simplement le temps avec une programmation toujours la même d'année en année.
Le succès de la télévision de divertissement réside aussi et peut-être surtout dans le fait qu'elle corresponde des besoins véritables, qui ne sont pas indépendants de nos conditions de vie et de travail: il s'agit du besoin de se divertir et de se détendre, du besoin de rêve et d'imaginaire. Pour celui ou celle qui travaille dur toute la journée, ou pour la femme qui passe sa vie entre 4 murs et à qui il n'arrive jamais rien, il est bon le soir de pouvoir se changer les idées, de pouvoir vivre par procuration la vie rêvée. »9
La très grande pénétration de la télévision, la nature attrayante du médium lui-même (du cinéma à domicile),les besoins fondamentaux auxquels il peut répondre: informer et être informé, se distraire, rêver, identification culturelle et éducation, font de ce médium de communication électronique l'instrument le plus puissant pour influencer la formation des opinions et des modes de vie. Aussi, nations et états lui accordent-ils en général une attention très particulière.
Conscients de sa puissance et seuls à disposer des moyens pour s'approprier d'un instrument aussi coûteux, les pouvoirs politiques et économiques dominantsne se sont pas gênés, de fait, pour s'en emparer etl'utiliser à leurs propres fins.
L'histoire du développement de la radio-télévision canadienne a emprunté essentiellement deux voies: d'abord la centralisation politique, par le biais du contrôle absolu du pouvoir de réglementation en matière de communications électroniques par le gouvernement fédéral aux dépens des provinces, puis la réduction du secteur public au profit du secteur privé. Alors qu'au départ la radio et les télécommunications avaient un caractère de service public, en moins de 30 ans ce secteur est devenu massivement dominé par des intérêts privés (dans une proportion de 85%)10 et concentré de plus en plus dans les mains de grandes entreprises nationales et multinationales.
Dans le contexte canadien, c'est au Québec que le phénomène de la concentration des médias électroniques est le plus prononcé. La presque totalité des stations de radio et de télévision y sont contrôlées par 6 groupes privés: Civitas Corporation Limitée (Mutuelle), Gaspé Beaubien (Télémédia), Paul Desmarais - Power Corporation (contrôle le plus gros empire dans le secteur: La Presse, La Tribune, Le Nouvelliste, etc.), TVA (6 stations de télévision au Québec), Baribeau, Pratte et Pouliot (Télécapitale) et le plus petit, Radio Inter-Cité (3 postes de radio).11
Au plan international, la situation est de plus en plus critique. Un article récent du journal «Le monde Diplomatique» résumait assez bien la situation:
«Quatre agences transnationales ont le quasi-monopolede la circulation des informations dans le monde:Agence France Presse (France), Reuter (Royaume-Uni), Associated Press et United Press International (États-Unis). Chacune de ces agences possède des bureauxdans plus de cent pays et diffuse une moyenne quotidienne de 1 500 000 à 17 000 000 de mots.
Dans le domaine de l'information filmée prévaut aussiune situation de monopole: trois grandes agences -Wisnews (Royaume-Uni et États-Unis) et CBS News(États-Unis), suivies de DPA-Etes (République fédérale d'Allemagne) et de ABC News (États-Unis) - fournissent la totalité des télévisions des pays en voie de développement et la moitié de celles de l'Europe occidentale.»
Cet état de chose a de multiples conséquences. Voici les principales. Les mass-media électroniques sont devenus des moyens de diffusion à sens unique et centralisés à l'intérieur des pays et entre les pays. Ils constituent ainsi une menace permanente au développement et à l'expression des cultures propres à chaque pays et aux régions d'un pays de même qu'à l'expression de cultures marginales et plus contestataires.
«En détruisant la communication sociale, la télévision adétruit en même temps les cultures régionales et laculture populaire. On a substitué à l'imaginaire populaire qui émergeait du vécu un produit fabriqué de toute pièce qui est un simulacre de culture populaire et à travers lequel on charrie les valeurs du statu quo.
La culture est devenue une industrie; elle ne se vit plus,elle se fabrique et se transmet par le disque, le cinéma, latélévision et la publicité. La culture n'est plus oeuvre de création; elle est objet de consommation.»12
Bref, la réduction des sources d'information entraînée par le processus de la concentration et de la centralisation prive le citoyen du droit essentiel d'être informé sur la réalité concrète qui l'entoure et le concerne. Elle prive aussi les collectifs et les organismes du milieu du droit à l'expression de leurs points de vue.
De plus, l'industrialisation de l'information et de la communication a fait en sorte que la communication est devenue une marchandise soumise aux lois du marché. Il faut rejoindre le plus grand public possible au coût le plus bas de manière à faire le plus de profit possible. Ce souci de rentabilisation se concrétise de plusieurs façons:
«Le souci de réduire les frais et les coûts de productionde l'information fait qu'on s'en tient surtout aux sourcesd'information officielles. Par exemple, une enquête faiteen 1973 révèle que dans les régions de Québec et del'Outaouais, les postes de radio et de télévision devaient avoir recours à des sources d'information dans une proportion variant de 70 à 95%.»13
«Cette domination des quatre grandes agences s'articule avec celle d'autres structures de communication telles que les grandes sociétés d'édition, les transnationales dans le domaine des programmes de télévision, du cinéma, des disques et de la publicité. La concentration de plus en plus verticale, aussi bien pour la production que la distribution, au sein de ces structures transnationales renforce le réseau mondial très serré qu'elles ont constitué. De nombreuses sociétés spécialisées dans les communications font partie de grands conglomérats industrie/s, lorsqu'elles ne sont pas, elles-mêmes, des transnationales. Ainsi la Radio CorporationofAmerica (RCA) et sa filiale, National Broadcasting Company (NBC), opèrent pratiquement dans tous les pays du monde.
Les conglomérats américains qui contrôlent les neuf plusgrandes sociétés cinématographiques du pays se classent au cinquième rang parmi les sociétés américaines,entre Ford et IBM. Les sociétés d'édition commeHachette contrôlent de grands marchés dans le tiers-monde, notamment par le biais des exportations de manuels scolaires et des matériaux éducatifs audio-visuels. Beaucoup de pays du tiers-monde importentleurs émissions de télévision dans des proportions qui varient de 30à 70%. L'impact culturel d'une telle proportion d'émissions importées, principalement des États-Unis mais aussi du Royaume-Uni et de la France, estnaturellement considérable.»14
Le Canada, terre de prédilection pour les capitaux USA, n'échappe pas à la pénétration massive des productions télé-visuelles états-uniennes. À l'intérieur des émissions de divertissement qui accaparent au réseau privé, environ 80% du temps d'antenne contre 53% à RadioCanada, les séries américaines et les films étrangers occupent toujours une place prépondérante. En 1977, «à Télé-Métropole (en soirée pour une semaine) sur 35,30 heures d'émissions de divertissement, 22 heures étaient occupées par des séries américaines ou des films étrangers (62%). Il ne restait que 13,30 heures de production-maison, réduites à 7 émissions de variétés toutes semblables, 5 émissions de «Parle, parle, jase, jase», 3 téléromans et 2 jeux télévisés.»15
Les pouvoirs politiques et économiques profitent de cette situation. Ils sont ainsi passés maîtres dans la fabrication de communiqués prêts-à-servir et à passer sur les ondes par lesquels ils inculquent de façon brève, simple et compréhensible leurs messages et leurs points de vue. Ils ont pour ce faire une armée de spécialistes. Les organismes populaires ne disposent pas en général de spécialistes de la communication (élément qui devient de plus en plus indispensable pour avoir accès aux médias industrialisés) ni des moyens financiers pour émettre leurs communiqués sur «Telbec». Ils doivent, pour faire parler d'eux, faire des actions d'éclat.
La commercialisation des ondes entraîne de plus la réduction des moyens techniques et des ressources humaines affectés à la production de l'information. L'absence de ressources et de moyens empêche la couverture adéquate des événements, l'analyse fouillée des situations, la constitution de dossiers. Cela explique en partie le fait que l'information demeure fragmentaire, superficielle et uniforme.
De plus, pour aller chercher le public, on recourt abondamment aux techniques du «Show off», aux formules à sensation. La Commission internationale de l'Unesco qui analyse depuis plus d'un an les problèmes de la communication à travers le monde et qui a produit un remarquable rapport préliminaire, a constaté à ce sujet que «Le désir d'atteindre des marchés plus vastes a pour résultat un abaissement de la qualité des messages et une production en série. (...) Bien que toute généralisation sur l'influence de la communication soit difficile et aléatoire, l'homogénéisation croissante du public constitue un fait préoccupant...»16
Enfin, l'industrialisation des médias de masse a provoqué leur intégration dans la sphère du marché. La publicité, en fournissant la principale source de revenus des médias (plus de 90% des revenus des stations de télévisions privées17 , oriente et met à profit l'ensemble de la programmation de la radio-télévision pour inciter à la consommation. Nous avons tous été à même de constater la parenté des messages et valeurs véhiculés à l'intérieur du discours publicitaire et celui des téléromans. Il faut aussi rappeler l'influence déterminante de la publicité sur l'élaboration de la grille-horaire. Les émissions de variétés et de divertissements qui rejoignent un très large public reçoivent les meilleures heures d'antenne et les publicitaires sont prêts à payer le prix qu'il faut pour atteindre ce vaste auditoire. Par contre, les émissions à caractère plus éducatif et culturel sont refoulées en dehors des heures de pointe.
En résumé, disons que les médias électroniques et surtout la télévision sont devenus des instruments de conditionnement de masse pour faire de nous de bons consommateurs et des citoyens dociles. Cette vision du rôle actuel des médias électroniques semble partagée par beaucoup de monde si l'on se fie au rapport préliminaire de la Commission MacBride de l'UNESCO:
«Beaucoup d'observateurs sont persuadés que l'effetsocialisateur des médias consiste dans leur capacité àsuggérer à leur public ce qu'il doit penser, commentpenser, comment se comporter et comment vivre. Comme les écoles qui, grâce à leurs systèmes d'enseignement, inculquent des systèmes de pensée, les médias d'aujourd'hui formulent des programmes mentaux pour leur public. Dans ces cas, la socialisation «produit» unindividu complètement assimilé par la société, qui a appris à se conformer aux normes et aux valeurs dictéespar la société, et dont la tâche est conçue comme lareproduction exacte des valeurs anciennes et perpétue le statu quo.»18
Pour les travailleurs syndiqués des communications, pour les organismes voués à la promotion de l'éducation populaire et à la sauvegarde des droits démocratiques
dont ceux à l'information et à l'accès aux ondes, la situation devient de plus en plus alarmante. Au niveau des organismes internationaux préoccupés des problèmes des communications, on parle de créer un nouvel ordre international des communications. Nos ambitions sont plus modestes; nous voulons sensibiliser la population, développer une conscience critique face à la télévision pour en arriver à changer la situation dans le sens d'une appropriation collective de ces instruments qui doivent, à tout point de vue, constituer un service public.
Remettre en question le rôle de la télévision, encore trop souvent considérée comme un «gros cadeau», constitue une entreprise difficile et longue. Il ne faut pas s'en tenir aux critiques générales; il faut démontrer, preuves à l'appui, comment les médias sont appropriés par les groupes dominants et quelles sont les conséquences de cette appropriation. Les résultats de la recherche sur les actualités télévisées présentés dans ce document nous permettent de faire un pas de plus en ce sens.
La recherche que nous avons faite sur le journal télévisé avait un double objectif: d'abord tenter de donner une idée précise des sujets, groupes et milieux privilégiés par le téléjournal et montrer de quelle façon; ensuite, vérifier si l'information produite par la télévision était apte à nous faire comprendre le monde qui nous entoure en dépassant le sensationnel et le superficiel.
Installé au coeur de notre culture, le téléjournal nous apparaît tellement naturel qu'on ne remet jamais en cause ni même ne considère cette façon très particulière de décrire la réalité, jour après jour, dans un mouvement continu. À partir de la deuxième moitié du vingtième siècle, le téléjournal télévisé est devenu un rituel de la vie quotidienne comme l'était l'Angelus il n'y a pas si longtemps.
Les actualités télévisées se veulent une sorte de bilan des événements importants qui se sont déroulés dans une journée, au pays et à travers le monde. Pour arriver à condenser autant d'activités dans l'espace d'une demi-heure ou d'une heure, il faut évidemment faire des choix, passer au crible les événements à travers un ensemble de mécanismes de sélection dans lequel interviennent des jugements de valeurs de même que des impératifs d'ordre techniques, financiers et politiques. Nous avons voulu nous en tenir à une analyse du produit fini: c'est là l'objet spécifique de cette recherche.19
La présente recherche concerne donc l'étude du téléjournal. Elle en dégage les constituants et constate qu'un des facteurs importants de déformation des faits réside dans le découpage que le téléjournal fait de la réalité pour des nécessités internes de production et pour créer chez le téléspectateur l'habitude d'écouter tous les soirs le téléjournal s'il veut être bien informé. En effet, nous verrons plus loin que l'information se présente comme une «continuité» où l'on distribue l'information au compte-gouttes, jour après jour.
L'étude a porté sur les émissions d'information de début de soirée, à Radio-Canada et à Télémétropole. Il s'agit des téléjournaux «Ce soir» et «Le dix vous informe». La période de temps étudiée couvre un mois: du 20 février 1978 au 20 mars 1978. Une équipe de recherche constituée d'étudiants et de professeurs de l'Université du Québec à Montréal encadrée par le permanent du Front commun des communications a d'abord enregistré les émissions20 . Elle a par la suite colligé les données en se servant d'une grille d'analyse reproduite en annexe. Ces résultats ont été compilés par ordinateur et par la suite, analysés par les chercheurs.
Les questions de départ étaient on ne peut plus simples et concrètes, en voici les principales:
En plus de vouloir être un outil capable de décoder le discours du téléjournal sur la réalité sociale afin d'être en mesure de vérifier comment les informations télévisées sont investies par les institutions en place, la recherche visait aussi à éclairer la nature du traitement dont est l'objet l'actualité syndicale. Comment, en effet, y traite-t-on les interventions d'un acteur social reconnu pour contester le système établi?
De façon globale, le téléjournal se donne à voir chaque soir comme le reflet d'une réalité mouvante mais toujours perçue selon la même formule: traitement d'une profusion d'événements privilégiant l'intervention des différents pouvoirs politiques en place. Malgré les modifications de formule qu'on lui fait subir régulièrement, le téléjournal reste essentiellement le même: il est avant tout un spectacle constitué autour d'une multitude de nouvelles qui n'ont aucune relation les unes avec les autres. C'est là la caractéristique fondamentale des deux téléjournaux. Leur image de marque réside en effet en la profusion des nouvelles qu'ils portent à la connaissance du public.
À l'intérieur du bloc homogène d'émissions diffusées entre le lundi et le vendredi, on a décelé une moyenne de 22 nouvelles par soir à Radio-Canada et de 14 nouvelles par soir à Télémétropole, en dépit du fait que chez ce dernier l'émission dure la moitié de temps. Cette course avec la montre se traduit concrètement au niveau de la durée des nouvelles. De fait, elles sont très brèves. À Radio-Canada, près des deux-tiers des nouvelles durent moins de deux minutes. La même proportion de nouvelles à Télémétropole dure moins d'une minute et demie.
La conséquence la plus immédiate de ce marathon, c'est que le téléjournal doit s'en tenir au niveau de l'évidence sans chercher à interroger les événements, à y jeter un regard critique et à les situer dans une perspective d'ensemble.
La pauvreté du traitement de l'information qui en résulte passe inaperçue grâce au processus de théâtralisation dont il est l'objet. Un animateur d'un sérieux et d'une maîtrise technique indéfectible présente un jeu d'entrevues et de reportages savamment dosés, le tout enrobé d'un vernis de spontanéité, etc..
Compte tenu de la durée respective de chaque téléjournal, on assiste presque à tout coup, sur une chaîne ou sur l'autre, à une double course de l'animateur investi de la responsabilité théorique de présenter toute l'actualité d'une journée et de l'auditeur forcé d'essayer de le suivre. Cette situation a des conséquences graves sur la qualité de l'information: bien qu'abondante, elle informe peu.
Le débit accéléré, la multitude éparse des nouvelles, dépassent la capacité d'entendement du spectateur. Les images et commentaires se succèdent à une telle vitesse qu'on n'a pas le temps d'enregistrer les informations reçues. Il faut passer à une autre et encore à une autre. Il va de soi que dans ces circonstances, il est difficile de prendre du recul et de se faire une idée sur la véracité et l'exactitude de ce qui est rapporté. Quand on lit un journal, il nous est possible de revenir en arrière. Ce n'est pas le cas avec la télévision: on est entraîné dans un tourbillon et on ne retient de cette course que les éléments les plus spectaculaires et évidents qui réfèrent à du déjà connu et à du déjà vu. Pour que le public se retrouve, on y reproduit des vieux clichés et des préjugés: c'est ce que les chercheurs ont appelé le «code de reconnaissance».
Parmi les 840 nouvelles analysées dans les journaux télévisés des deux réseaux, nous avons identifié 312 sujets différents. Cela représente 12 nouveaux sujets portés à l'attention du public à chaque jour par les deux chaînes. Cependant, lorsque l'on pousse plus loin l'analyse, l'on s'aperçoit que, derrière cette apparente diversité, il y a une propension des téléjournaux à privilégier une minorité de sujets. En effet, malgré que 59% des sujets n'ont droit qu'à un passage et ne sont pas retenus pour constituer une série, les 41 % des sujets qui font, par ailleurs, l'objet d'un intérêt soutenu
recueillent, eux, la grande majorité des nouvelles, soit 72%.21
Pour communiquer autant de faits dans une même émission, il faut y installer un pattern d'écoute qui facilitera autant la tâche du téléspectateur que celle du producteur d'information. La façon de procéder est la suivante: on présente l'actualité sous la forme de multiples unités disparates discontinues et sans lien entre elles. En général, elles se rapportent à des événements qui se sont produits pendant les dernières 24 heures. Cependant, dans la majorité des cas, ces nouvelles s'inscrivent dans une suite d'événements à l'intérieur d'une série où chaque jour viennent s'ajouter peu à peu quelques détails supplémentaires qu'on affuble souvent de l'étiquette «affaire»: l'affaire Cossit, l'affaire des mutins de St-Jérôme, etc.. Ces séries constituent la trame de fond du téléjournal et ancrent chez le téléspectateur l'habitude d'écoute. Chaque téléjournal vaut en autant qu'il va retrouver son spectateur le lendemain à la même heure. Mais malheur aux infidèles s'ils ont manqué le début d'une série. Ils peuvent toujours chercher pour y comprendre quelque chose!
TABLEAU I
|
|
Répartition des sujets |
Répartition des événements |
||
|
Série à Radio-Canada et Télémétropole |
83 |
26,6% |
496 |
56,5% |
|
Série pure à Radio-Canada |
37 |
11,8% |
135 |
15,5% |
|
Série pure à Télémétropole |
8 |
2,6% |
33 |
0,5% |
|
Sujets uniques à Radio-Canada et à Télémétropole |
32 |
10,3% |
64 |
7,4% |
|
Sujets uniques à Radio-Canada |
75 |
24,0% |
75 |
8,5% |
|
Sujets uniques à Télémétropole |
77 |
24,7% |
77 |
8,7% |
|
TOTAL: |
312 |
100,0% |
88822 |
100,0% |
Nous avons tous, un jour ou l'autre, tenté en vain de comprendre et de retracer l'origine et l'explication de certains conflits internationaux; on voit des bombardements, on entend des noms et des déclarations, mais on ne voit pas d'où ça vient et pourquoi. Il y a bien quelques dossiers qui aident à faire le point mais ils sont rares et surtout fort disparates (du conflit de la Commonwealth Plywood à un entraîneur d'otaries).
Cette formule se prête à merveille à la parade des institutions dominantes. Elles sont les seules à revenir, jour après jour, passer leurs messages, sans craindre en effet d'être vraiment sujettes à la critique et encore moins d'être replacées dans une conjoncture et une perspective historiques. Les actualités télévisées deviennent le lieu privilégié d'une mise en scène, d'une conceptualisation «cool» de la réalité sociale où les acteurs sociaux dominants se renvoient la réplique en composant à mesure leur rôle.
Nous avons poussé encore plus loin l'analyse de ce qui constitue la trame de fond du téléjournal en vérifiant si les deux réseaux retiennent ou sélectionnent les mêmes sujets.
TABLEAU II
|
Répartition des sujets |
||
|
Série à Radio-Canada et Télémétropole |
83 |
26,6% |
|
Série à Radio-Canada |
37 |
11,8% |
|
Série à Télémétropole |
8 |
2,6% |
|
Sujets uniques à Radio-Canada et à Télémétropole |
32 |
10,3% |
|
Sujets uniques à Radio-Canada |
75 |
24,0% |
|
Sujets uniques à Télémétropole |
77 |
24,7% |
|
TOTAL: |
312 |
100,0% |
Ce tableau nous révèle que la majorité des sujets abordés sont propres aux deux chaînes. Il s'agit là d'un fait important et très révélateur de la part très grande de subjectivité qui intervient dans la sélection de l'information. Cependant, si on met en relation ce tableau avec le tableau I, on se rend compte que les sujets uniques y occupent 41 % des nouvelles.
Donc, le phénomène déterminant, la base à partir de laquelle s'échafaude le téléjournal, tant au canal privé qu'à Radio-Canada, ce sont les sujets traités en série. Ces sujets, de par la place prédominante qu'ils occupent, forment la base du discours des actualités télévisées, la structure autour de laquelle sont orchestrés une multitude de sujets informes. C'est par leurs présences continues que les actualités prennent du corps, de la solidité. C'est par ce biais principalement que l'on crée des habitudes d'écoute.
Bref, la logique des actualités télévisées joue sur un double jeu: d'une part, pour donner l'impression de rendre compte de la grande diversité sociale on y fait état d'une multitude de sujets qui n'ont droit qu'à un passage et, d'autre part, on y privilégie une minorité de sujets qui définissent les événements importants à suivre. Voyons donc quels sont ces sujets favorisés.
Pour identifier les sujets favorises, les chercheurs se sont arrêtés sur les sujets donnant lieu à plus de 6 nouvelles dans le mois étudié et ils en ont dressé une classification. Ainsi, 33 sujets ont fait l'objet de plus de 6 nouvelles (de 6 à 22 nouvelles par sujet) et comptent pour 39% des nouvelles à elles seules alors qu'ils ne représentent que 11,2% de l'ensemble des sujets abordés. Deux secteurs dominent nettement l'ensemble de la répartition: le champ politique arrive nettement en tête, suivi des conflits sociaux (voir le tableau III).
Un tel tableau suscite de nombreux étonnements et nécessite plusieurs commentaires.
La première constatation qu'il nous faut faire, c'est que pour la télévision les conflits sociaux se réduisent pratiquement aux conflits de travail. Même la faillite chez Dupuis y a été abordée davantage sous un angle de relation de travail que sous son aspect économique. De la même façon, la grève des étudiants en économie de l'UQAM s'est vue accorder plus d'importance parce qu'elle signifiait un autre arrêt de cours à l'UQAM; le problème de fond qui en était à l'origine a été relégué au second plan.
Une présence aussi forte des problèmes de relations de travail étonne quand on sait que les milieux syndicaux se plaignent très souvent qu'on escamote l'information syndicale. En s'interrogeant toutefois plus loin sur le traitement spécifique fait à cette information, il faudra se demander si la déficience du contenu n'est pas l'une des conséquences majeures de la profusion des événements.
On peut se demander aussi en fonction de quels critères on attache autant d'importance à des événements qui peuvent apparaître secondaire par rapport à d'autres et surtout, qui font en sorte que des sujets et des activités importantes de collectivités locales, régionales et de groupes plus marginaux ne sont jamais abordés. Que ce soit «l'affaire des mutins de St-Jérôme» qui ait retenu en premier lieu les faveurs de la télévision ce mois-là, ça ne s'impose pas de soi!
Une interprétation peut être tentée ici. Si on analyse de près le tableau III et que l'on rapproche la colonne des «conflits sociaux» et celle des «faits divers», on peut alors dégager les deux volets des activités télévisées: d'un côté, le peuple qui s'agite et qui manifeste son mécontentement et de l'autre, les pouvoirs en place qui s'occupent des questions sérieuses (projets de lois, congrès, commissions de toutes sortes, etc..) et qui travaillent dans l'intérêt de tous.
Quant aux nouvelles internationales, on constate qu'elles obéissent à cette même formule. Restent les sujets économiques présentés comme relevant de la fatalité, se référant rarement à des acteurs ou à des causes (exemples: la variation du dollar, l'inflation, etc.).
Donc, on constate que la structure des nouvelles émerge des priorités accordées: conflits proches, activisme politique, problèmes insolubles, projets sociaux prometteurs, débats collectifs, problèmes mondiaux, quelques faits divers stimulant l'imaginaire et enfin, un fatalisme économique rappelé presque à chaque jour.
C'est là le coeur de l'actualité. Et c'est autour de cette brochette de sujets que se grefferont l'ensemble des nouvelles.
Un autre élément est pertinent à l'analyse de la dynamique de la nouvelle: c'est ce que les chercheurs ont convenu d'appeler les déclencheurs sémantiques ou si l'on veut, les déclencheurs de la nouvelle. Il s'agit ici de repérer, dans la construction même de la nouvelle, l'élément qui est à l'origine de l'événement; les «déclencheurs de la nouvelle» sont donc ce par quoi la nouvelle prend origine, l'amorce d'un «nouveau dit» dans le cadre d'un sujet.
TABLEAU III CLASSEMENT DES SUJETS FAVORISÉS (à partir de 6 unités)
|
Syndicats et problèmes de de travail |
Projets sociaux |
Politique courante |
Conflits majeurs et problèmes significatifs |
Affaires économiques |
Faits divers |
||||||
|
Fédération des policiers du Québec et le rapport Saulnier |
9 |
Assurance auto application |
9 |
Congrès libéral fédéral |
6 |
UQAM, sciences économiques |
9 |
Chute du dollar canadien |
14 |
Station orbitale URSS |
8 |
|
SABEM, grève du transport scolaire |
9 |
Nationalisation de l'amiante |
13 |
Commission Pépin-Robarts |
7 |
Départ de la Sun Life |
11 |
Chute du dollar USA |
6 |
Mutins de St-Jérôme |
22 |
|
Conflit à la Presse et à Montréal-Matin |
14 |
Loi 101 en éducation |
9 |
Ouverture de l'Assemblée Nationale de Québec |
8 |
Affaire Cossit |
10 |
Chasse aux phoques |
14 |
||
|
Conflit à Radio-Québec |
10 |
Réformes fiscales, municipales et scolaires |
9 |
Campagne préréférendaire |
10 |
Guerre du Moyen-Orient |
16 |
||||
|
Troubles au local 144 |
11 |
Ententes sur électricité avec Terre-Neuve |
7 |
Commission McDonald |
12 |
Enlèvement de Morro |
9 |
||||
|
Faillite chez Dupuis |
8 |
Élections en France |
13 |
||||||||
|
Grève du charbon aux USA |
7 |
Course à la chefferie libérale (Québec) |
16 |
||||||||
|
Grève à RadioMutuel |
6 |
Commission Keable |
11 |
||||||||
|
Grève chez les métallos Côte Nord |
6 |
||||||||||
|
Grève Gaz Métropolitain |
6 |
||||||||||
Ces déclencheurs sont ce qui produit la toute première articulation de la nouvelle. Plusieurs catégories de déclencheurs de la nouvelle apparaissent dans le journal télévisé.
10.Déclencheur spéculatif: réflexion présentée à la connaissance collective.
L'analyse des divers déclencheurs de la nouvelle est à plusieurs égards instructive. À la lumière du tableau IV se dégagent en effet les caractéristiques suivantes. D'abord, on constate qu'il y a peu de différences significatives entre les deux réseaux de télévision étudiés.
L'on peut, d'autre part, remarquer la très forte prédominance des phénomènes sociaux sur les phénomènes physiques (87% et 4%). Sous ce rapport, les téléjournaux se démarquent d'une certaine presse écrite qui a plutôt tendance à privilégier les catastrophes et les accidents. Enfin, l'analyse nous révèle la présence massive des informations ayant des déclencheurs spéculatifs pour origine. Cela permet de remarquer que les nouvelles sont, dans une très forte proportion, créées de toute pièce à partir de l'opinion des acteurs privilégiés qui y pénètrent. En effet, 67,3% des nouvelles ont des déclencheurs spéculatifs pour origine par rapport à 15,3% seulement des nouvelles qui ont leur origine dans des décisions (déclencheurs autoritaires). Aussi, est-il possible ici de penser que le téléjournal sert de tribune aux détenteurs de pouvoirs économiques et politiques pour lesquels le journal télévisé est souvent l'occasion de conditionner la population à leurs visées à travers les opinions et avis divers qu'ils émettent sur les ondes. On est ici bien loin du téléjournal dont on nous dit si souvent qu'il est construit à partir des faits bruts et objectifs. Au fond, pour qu'un sujet devienne une série au téléjournal, il suffit bien souvent que plusieurs personnages importants fassent des déclarations à tour de rôle sur une question.
TABLEAU IV: DISTRIBUTION DES NOUVELLES SELON LEUR DÉCLENCHEUR
|
CATÉGORIE |
CBFT |
CFTM |
«Les Deux» |
|||
|
réel |
relatif |
réel |
relatif |
réel |
relatif |
|
|
Accident isolé |
7 |
1,4% |
10 |
2,8% |
17 |
2,0 |
|
Accident limité |
3 |
0,6% |
12 |
3,4% |
1,8% |
|
|
Accident collect, |
1 |
0,2% |
2 |
0,6% |
3 |
0,4% |
|
Perturbation |
1 |
0,2% |
0 |
0,0% |
1 |
0,1% |
|
Décision ind. |
5 |
1,0% |
8 |
2,3% |
13 |
1,5% |
|
Réflexion ind. |
80 |
16,4% |
90 |
25,6% |
170 |
20,2% |
|
Terrorisme |
13 |
2,7% |
5 |
1,4% |
18 |
2,1% |
|
Décision coll. |
71 |
14.5% |
45 |
12,8% |
116 |
13,8% |
|
Réflexion coll. |
245 |
50,2% |
156 |
44,3% |
401 |
47,7% |
|
Révolution |
2 |
0,4% |
0 |
0,0% |
2 |
0,2% |
|
Élection |
9 |
1,8% |
4 |
1,1% |
13 |
1,5% |
|
Fatum |
16 |
3,3% |
9 |
2,6% |
25 |
3,0% |
|
? |
35 |
7,2% |
11 |
3,1% |
46 |
5,4% |
|
TOTAL: |
488 |
100,0% |
352 |
100,0% |
840 |
100,0% |
Si le fait de passer à la télévision peut représenter pour la majorité des gens une occasion unique dans leur vie, cela représente au contraire un phénomène de la vie courante lorsqu'on occupe un poste de direction dans un organisme gouvernemental ou dans une institution. La personnalisation des événements constitue une des caractéristiques dominantes dans le traitement de l'information à la télévision. Autant que l'image, sinon davantage, les acteurs constituent le principal moyen utilisé pour rendre plus concret le sens de la nouvelle, de nature souvent abstraite et aride (réformes fiscales, assurances automobile). C'est là le principal attrait du téléjournal, mais c'est là aussi l'un des principaux facteurs de distorsion de l'information. Voyons comment.
Toutes les nouvelles, à l'exception des phénomènes économiques (baisse du dollar) ou physiques (catastrophe) mentionnent implicitement le ou les acteurs sociaux dont elles parlent. La présence d'entrevues au sein des nouvelles coïncide, à Télémétropole, avec la fréquence des séquences filmées. Les 111 nouvelles comportant un reportage filmé contiennent toutes une entrevue. Pour sa part, Radio-Canada illustre ses nouvelles 188 fois, mais seulement treize d'entre elles ne réfèrent pas à une entrevue. Pour le reste, on se contente de lire un texte qui décrit les événements sans les commenter.
604 personnes différentes ont été citées ou interviewées durant les 25 jours analysés, soit 24 nouveaux noms chaque jour. Mais qui sont ces gens qui parlent et dont on parle? d'où viennent-ils? que représentent-ils? Notre analyse nous a permis de répondre à plusieurs de ces questions. Dans 80% des cas, pour avoir accès aux ondes, il faut être très haut placé dans l'échelle sociale, occuper le premier rang d'un organisme et de préférence d'une institution gouvernementale d'abord provinciale et ensuite fédérale (voir le tableau V). Les titres de président, premier ministre et ministre valent à leur détenteur le privilège de revenir à l'écran plus d'une fois au cours du mois. Ces noms sont alors entièrement identifiés aux agences sociales qu'ils représentent (tableau VI).
Comme nous l'avons vu précédemment ces personnalités ne sont pas là surtout pour annoncer leurs décisions, mais pour indiquer leurs intentions. Comme elles ne diffusent pas d'autre réponse que celle de leur vis-à-vis politique, c'est-à-dire l'opposition officielle, seule habilitée selon la. conception traditionnelle de l'information à critiquer les faits et gestes des partis au pouvoir, les actualités télévisées sont, dans ces circonstances, un lieu où les divers pouvoirs et hommes politiques se parlent entre eux.
Ainsi, il devient souvent bien difficile de dégager à travers les déclarations fracassantes, les prouesses et les escarmouches verbales faites au journal télévisé, les implications des choix politiques que l'on finit toujours par nous imposer. On se laisse prendre au spectacle et on oublie qu'au-delà de ces beaux discours, la vie sociale et son organisation sont autre chose qu'une vaste entreprise dirigée par des managers inamovibles. Tout se passe comme si le simple citoyen n'était et ne devait être qu'un observateur impassible d'actions décidées par d'autres et sur lesquelles il n'a aucun pouvoir.
Et parmi ces brillants organisateurs de nos vies, il y a les politiciens habiles et ceux qui ne le sont pas, ceux qui passent à l'écran et les autres. Alors qu'on s'attarde aux faiblesses des uns et aux prouesses des autres, on passe à côté des explications plus fondamentales, ou bien l'on se dit que c'est toujours du pareil au même. Ainsi, les actualités télévisées sont tout le contraire d'un moyen d'éducation à la vie démocratique.
Tableau V : recension des acteurs interviewés
|
|
Personne |
Présence |
||
Désignation selon le rang |
||||
|
Président |
56 |
74,4 % |
82 |
80,5 % |
|
Vice-président |
6 |
6 |
||
|
Directeur |
19 |
22 |
||
|
Secrétaire général |
3 |
4 |
||
|
Premier ministre |
3 |
16 |
||
|
Ministre et Solliciteur général |
32 |
54 |
||
|
Chef de parti |
5 |
10 |
||
|
Maire |
10 |
11 |
||
|
Candidat à la chefferie d'un parti |
3 |
12 |
||
|
Député |
7 |
8 |
||
|
Sénateur |
2 |
2 |
||
|
Trésorier municipal ou de parti |
2 |
2 |
||
|
Représentant syndical ou de groupe |
5 |
6 |
||
|
Porte-parole |
3 |
3 |
||
|
Capitaine de grève |
1 |
1 |
||
|
Commissaire |
1 |
1 |
||
|
Cardinal |
1 |
1 |
||
|
Total |
158 |
241 |
||
Désignation selon la profession |
||||
|
Sociologue, politicologue |
6 |
22,9 % |
6 |
16, 9 % |
|
Économiste |
3 |
3 |
||
|
Journaliste, éditorialiste |
7 |
8 |
||
|
Conseiller en communication |
1 |
1 |
||
|
Conseiller en avantages sociaux |
1 |
1 |
||
|
Conseiller technique |
1 |
1 |
||
|
Responsable d'information |
1 |
1 |
||
|
Conseiller syndical |
1 |
1 |
||
|
Coordonnateur |
1 |
1 |
||
|
Critique littéraire |
1 |
1 |
||
|
Relationniste |
1 |
1 |
||
|
Conseiller en loisir |
1 |
1 |
||
|
Négociateur |
3 |
3 |
||
|
Médiateur |
3 |
3 |
||
|
Médecin |
1 |
1 |
||
|
Surintendant |
1 |
1 |
||
|
Procureur du Solliciteur ou de la Cour |
3 |
3 |
||
|
Avocat |
2 |
2 |
||
|
Recherchiste |
1 |
1 |
||
|
Encanteur |
1 |
1 |
||
|
Entraîneur d'otaries |
1 |
1 |
||
|
Musico-thérapeute |
1 |
1 |
||
|
Séismotogue |
1 |
1 |
||
|
Contremaître |
1 |
1 |
||
|
Psychiatre |
1 |
1 |
||
|
Étudiant |
1 |
1 |
||
|
Total |
46 |
48 |
||
Désignation de personnalité |
||||
|
Ex-ministre |
2 |
1,9 % |
2 |
2,0 % |
|
Ex-gérant d'affaires |
1 |
2 |
||
|
Ex-président |
1 |
2 |
||
|
total |
4 |
6 |
||
Désignation de résidence |
||||
|
Québécois résidant au Nicaragua |
1 |
0,8 % |
1 |
0,6 % |
|
Citoyens de St-Bruno |
1 |
1 |
||
|
Total |
2 |
2 |
||
|
TOTAL: |
210 |
100,0 |
297 |
100,0 |
|
CATÉGORIES |
Interviewées |
Citées |
Dont on parle |
|
Internationale |
0,4% |
21,7% |
12,3% |
|
Fédérale |
14,9% |
41,7% |
18,5% |
|
Provinciale |
40,7% |
64,2% |
30,5% |
Municipale et d'autre part |
|||
|
Syndicats |
14,4% |
6,4% |
16,0% |
|
Monde des affaires |
8,9% |
9,6% |
15,8% |
|
Groupes populaires |
7,8% |
5,8% |
1,4% |
Pour interpréter les événements, analyser les projets de loi, etc., on ne s'adresse pas à ceux qui ont à subir et vivre les politiques, mais à des spécialistes, à des analystes dits objectifs, universitaires ou journalistes, qui interprètent le tout sous une apparence de neutralité et de «scientificité» (voir tableau V). Presque jamais l'on s'adressera aux représentants syndicaux ou populaires pour commenter des questions d'ordre général, des problèmes sociaux ou politiques.
Quant aux individus, ils sont carrément exclus. En effet, les non-organisés, les chômeurs, les citoyens d'un quartier, d'une région ou d'une localité n'existent pas. Si un simple citoyen parvient à percer à l'écran, ce sera grâce à un exploit (les cosmonautes) ou par le biais du monde du spectacle (la mort d'Ovila Légaré). En général, on va parler d'une masse indistincte, passive, subissante, «victime» d'un conflit ou d'une catastrophe. Mais cette masse ne pourra jamais se prononcer sur les problèmes de l'heure. Elle est réputée silencieuse et passive. Quand des individus apparaissent, ils sont là comme témoins sans plus. Les deux seules personnes interviewées dans la période étudiée n'ont pu que décrire ce qu'elles avaient vu (la prise d'otages à St-Jérôme).
La hiérarchie des institutions et des fonctions occupées, caractéristique des deux réseaux, constitue donc l'un des facteurs premiers de sélection de l'information et de l'accès à la tribune du téléjournal.
Sont exclus du «club des actualités», les acteurs et les événements des champs municipal et scolaire et pratiquement toute la vie des milieux populaires. Les syndicats sont, avec le monde des affaires, les deux seuls acteurs importants face à l'omniprésence des institutions politiques dans les actualités télévisées.
Il faut de plus ajouter que les femmes sont d'autres grandes absentes du téléjournal. Les rarissimes fois où elles apparaissent, elles seront toujours liées aux syndicats ou aux mouvements para-éducatifs, sauf dans le cas de trois femmes ministres. C'est là aussi une autre des conséquences de la hiérarchisation des acteurs au sein de la nouvelle.
On peut donc conclure de ces données que les actualités télévisées produisent une information profondément inégale et déséquilibrée. Déséquilibréequant aux réalités internationales, nationales, régionales et locales et quant à la très grande prédominance du politique par rapport à tout autre secteur de l'activité sociale et de la vie humaine.
Elle est inégale dans le fait qu'elle ne favorise que l'élite et les grouses dominants au détriment des organismes du milieu, ces pouvoirs à la base, des groupes dominés (femmes), des minorités (étrangers) et des groupes marginaux.
Théoriquement, le téléjournal se veut le lieu où chaque jour l'on voit et apprend comment se fait l'histoire sociale et de quoi elle est constituée. Ne dit-on pas que le téléjournal nous permet d'être renseigné aussi bien que si l'on était sur les lieux mêmes où se déroule l'action? Mais cela n'est que slogan publicitaire. Après analyse, le téléjournal apparaît comme l'une des «tribunes publiques» la plus négatrice de la vie et de la dynamique de l'histoire sociale. En effet, il est le lieu par excellence où l'on enseigne, sans le dire explicitement, que nous sommes soumis aux fatalités, à la gouverne des spécialistes et des politiciens, à des événements, à des décisions et à des opinions qui semblent n'avoir aucune liaison entre eux. Le téléjournal est un «show» qu'on regarde sans avoir les moyens de savoir qu'il concerne nos vies. Et pourtant, les citoyens, dans leur famille, leur voisinage, leur travail, leurs loisirs ne sont-ils pas les acteurs sociaux sans lesquels il n'y aurait ni vie économique, ni vie sociale, ni conjoncture, ni histoire, ni événement?
Les organisations populaires sont unanimes à constater que les médias d'information accordent très peu de place à l'expression de leurs points de vue et qu'ils déforment leur réalité quand ils parlent d'eux. Parmi ces derniers, les syndicats semblent être les plus mal servis. À leurs yeux, en effet, les médias donnent une image très négative de leur action et de leur rôle. Pour appuyer cette accusation, les centrales syndicales ont déjà compilé les principaux préjugés que les médias d'information véhiculent à leur sujet et qui servent à les accréditer. En voici quelques-uns:
En ce qui regarde l'information donnée sur les conflits de travail, les syndicats affirment qu'elle est biaisée dans le sens suivant: on y insiste uniquement sur les conséquences néfastes des grèves pour une population toujours présentée comme la victime. On insiste aussi sur le fait qu'il y a beaucoup de conflits alors que le sens de ces luttes et la nature des revendications n'y sont jamais expliqués.
Il n'y a pas que les syndiqués et les syndicats qui croient que les médias leur font une mauvaise réputation, la population en général pense la même chose. En effet, un sondage effectué pour le Comité spécial du Sénat sur les moyens de communication de masse24 démontre que la majorité de la population estime que les journaux, la télévision et la radio présentent les travailleurs sous un mauvais jour: 61 % croient que les journaux font une mauvaise réputation au monde ouvrier contre 49% pour la télévision.
Quant à nous, nous avons voulu en avoir le coeur net et vérifier si le journal télévisé donnait vraiment une image négative des syndicats. Pour ce faire, nous avons voulu quantifier la place accordée à la nouvelle syndicale, pour ensuite analyser la manière dont est présenté le syndicat.
Nous avons vu précédemment que la nouvelle syndicale occupe une place importante au sein des informations télévisées. Voici donc en bref, les principaux éléments qui rendent compte de cette présence:
Tout ce que l'on peut conclure de ces chiffres, c'est que le problème n'en est pas un de quantité. Au contraire, on parle relativement souvent des syndicats. Il faut donc s'attarder à analyser la façon dont on en parle.
Quand on parle des syndicats aux actualités télévisées c'est, dans 77% des cas, pour faire état d'un conflit de travail. En général, l'objet de la nouvelle ne porte pas sur le fond de la question, sur les problèmes à l'origine du conflit, mais sur l'événement lui-même: on annonce une menace de grève, le déclenchement de la grève et son règlement. En fait, la nouvelle syndicale est traitée à la manière du fait divers, en utilisant abondamment les séquences filmées où domine le sensationnalisme. Autre fait très important à signaler, les problèmes de relations de travail sont attribués uniquement aux syndicats. En effet, le patron est pratiquement absent en tant qu'acteur dans les relations de travail: il n'y est rarement interviewé et mis en cause. Alors que par ailleurs les syndicats font rarement les manchettes et qu'ils sont refoulés dans la cohorte des malaises sociaux, le patronat, au contraire, n'intervient qu'au niveau des grandes nouvelles de l'heure pour se prononcer sur les problèmes majeurs d'ordre économique et politique.
La catégorie «relations de travail» couvre presque tout le champ de la nouvelle syndicale. Cinq (5) grands thèmes sont abordés dans l'ensemble des nouvelles syndicales. Les nouvelles d'ordre social (étude sur la politique agroalimentaire par un regroupement d'organismes dont les syndicats), les nouvelles se rapportant à la structure organisationnelle du syndicat (élections futures au bureau de la FTQ), les interventions patronales (la Cie Ironor fait des mises à pied), les interventions d'origine gouvernementales (le rapport Martin-Bouchard est déposé à l'assemblée nationale) et enfin, les nouvelles portant directement sur les relations de travail (manifestation des employés municipaux de Montréal).
Voici comment ils se distribuent:
TABLEAU VII
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RÉPARTITION DES NOUVELLES DE LA SPHÈRE «SYNDICALE» |
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1. Nouvelles d'ordre social |
5,98% |
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2. Nouvelles de la structure organisationnelle |
6,59% |
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3. Nouvelles sur l'intervention patronale |
2,99% |
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4. Nouvelles sur l'intervention gouvernementale |
5,38% |
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5. Nouvelles sur les relations de travail |
77,40% |
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RÉPARTITION DES NOUVELLES SUR LES RELATIONS DE TRAVAIL |
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a. Nouvelles de «pré-conflits» |
26,48% |
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b. Nouvelles de «post-conflits» |
10,26% |
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c. Nouvelles du même conflit |
63,25% |
Ce tableau exige certains commentaires. Il est en effet étonnant de constater que la catégorie «relations de travail» ne recouvre en fait que des nouvelles reliées à une situation conflictuelle de travail. Les seules nouvelles de la sphère des relations de travail qui ne se rapportent pas à des conflits de travail concernent la fermeture de Dupuis et les répliques apportées par les syndicats ou leurs centrales à des positions avancées par les patrons ou l'État en matière de relations de travail. L'intérêt de ce tableau est de mettre en évidence les aspects du syndicalisme dont on ne parle presque pas; en effet, il y est rarement question de la réalité et des activités internes des syndicats et du mouvement syndical sauf quand ça va mal (maraudage, mise en tutelle, lutte de tendance, etc.). À cet effet, la tutelle du local 144 des plombiers occupe 9 des 11 nouvelles se rapportant à cette catégorie. Quant à la place minime accordée aux interventions sociales des syndicats, il faut se demander si le mois analysé était particulièrement pauvre à ce chapitre ou s'il est représentatif d'une situation générale. Quant à nous, nous croyons que la moyenne annuelle peut être un peu plus élevée mais que dans l'ensemble, les proportions resteraient sensiblement les mêmes.
TABLEAU VIII
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Ordre du social: 5,98% (% par rapport à l'ensemble des unités de la sphère syndicale) |
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Initiative |
Réplique |
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Les deux réseaux: |
04 |
2,39% |
Les deux réseaux: |
06 |
3,59% |
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CBFT: |
04 |
3,57% |
CBFT: |
02 |
1,78% |
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CFTM: |
00 |
0,00% |
CFTM: |
04 |
7,27% |
Le fait que les syndicats soient les seuls acteurs avec les groupes populaires à être moins cités qu'interviewés manifeste qu'ils ne sont pas considérés comme des «partenaires sociaux» ayant véritablement voix au chapitre. Le syndicat est présenté comme un acteur qui vit toujours au «futur immédiat», qui n'a pas d'horizon et de projet à long terme. En caricaturant un peu, on peut dire que la télévision ne lui attribue guère d'autre projet que celui d'aller chercher «50¢ de l'heure» d'augmentation. Toutefois, il appartiendra au syndicat de juger s'il s'agit là de nouvelles escamotées ou bien si, au contraire, ce sont les syndicats eux-mêmes qui interviennent peu dans le domaine des problèmes sociaux à un niveau plus global. Enfin, soulignons le peu de place accordée aux interventions patronales et gouvernementales dans le domaine des nouvelles se rapportant aux relations de travail. A ce niveau, on peut affirmer carrément que les nouvelles ne rendent pas compte de la réalité car le rôle important de ces deux intervenants dans ce domaine est pourtant évident. À cet effet, l'analyse plus fouillée de la nouvelle syndicale révèle que la partie patronale est très discrète relativement aux conflits de travail. Les patrons sont présents mais ils interviennent très peu comme acteurs (uniquement dans 8,3% des conflits). Dans la plupart des nouvelles, le patron n'est pas interviewé, au mieux on le cite, mais jamais il ne se compromet en répondant aux syndicats. Par ailleurs, le monde des affaires, lui, se retrouve dans le secteur des nouvelles «interdites au monde syndical», interférant avec les autorités gouvernementales.
Tout le traitement accordé à la nouvelle syndicale concourt, bien qu'inconsciemment souvent, à renforcer l'idée qu'il y a beaucoup de grèves et que celles-ci n'ont pas de raison d'être sérieuses. Elles sont traitées comme des faits divers et présentées plus souvent qu'autrement en série. Elles sont regroupées ensemble et reliées entre elles par des phrases charnières indiquant leur parenté.
La propension des actualités à mettre en valeur le côté «faits divers» des nouvelles syndicales se reflète principalement dans le choix des séquences filmées. Quatre-vingt pour cent des films se retrouvent dans les unités «conflit» avec la différence que près de 60% des films portent sur des grèves ou lock-out à Radio-Canada tandis que Télémétropole répartit ses propres films plus uniformément entre les trois catégories pro-conflit, grève ou lock-out.
Le contenu même de ces films a peu de liens avec les informations verbales qui nous sont transmises au même moment. D'ailleurs, tous ces films suivent à peu près le même pattern.
C'est le même scénario dans des lieux différents. S'il s'agit d'une manifestation pour inciter la partie patronale à poser un quelconque geste, on voit des manifestants
défiler avec des pancartes devant leur lieu de travail. Souvent, on identifie clairement le lieu de travail en montrant l'immeuble ou en faisant un gros plan sur l'enseigne de la compagnie ou de l'institution en question. Puis, on fait des gros plans sur les pancartes et les quelques manifestants qui les brandissent en l'air.
Lorsqu'il s'agit d'une grève, le scénario est souvent le même à la différence que, s'il y a des briseurs de grève ou des cadres travaillant à la place des syndiqués en grève, la caméra scrutera les fenêtres afin de nous laisser voir les personnes à l'intérieur ou nous montrera des piqueteurs bloquant l'accès au lieu de travail. Lorsque ce dernier est complètement paralysé par la grève, la caméra nous le fera voir déserté, les terrains de stationnement occupés uniquement par des camions inactifs, la machinerie arrêtée, les clôtures fermées et cadenassées, etc..
Dans le cas d'une assemblée générale, la caméra part d'un plan d'ensemble de la salle avec les grévistes, montre un plan de la table où sont assis les représentants syndicaux, passe à un plan plus rapproché de l'un de ces représentants s'adressant a l'auditoire qui lui fait face, retourne dans la salle avec un plan d'ensemble et choisit parfois de faire un plan rapproché d'un intervenant de la base. Ce mouvement peut recommencer selon la longueur allouée à la nouvelle.
La caméra s'intéressera s'il y a lieu aux interventions policières et également aux pitreries et extravagances de certains piqueteurs de même qu'à des situations qui de l'extérieur peuvent sembler cocasses (une série de pieds de piqueteurs se dandinant pour lutter contre le froid, etc.).
Deux constantes reviennent au niveau des images: l'identification du lieu de travail, la bâtisse paralysée par les grévistes ou les manifestants s'en prenant à la propriété patronale ou institutionnelle, et la dichotomie entre la table syndicale et l'assemblée des syndiqués. Bien sûr, il y a toujours les manifestants et les grévistes qui finalement ne font pas toujours très sérieux.
Le traitement de la nouvelle syndicale, sous forme de série, vient accentuer ce côté «faits divers» de la nouvelle syndicale. Ces séries restent centrées, malgré leur nombre, sur les conflits eux-mêmes, leurs rebondissements, leurs aléas divers, reliés éventuellement par des «aujourd'hui, rien de neuf...». Les séries syndicales sont parmi les plus longues, n'étant devancées que par l'affaire des mutins de St-Jérôme. La comparaison avec les mutins de St-Jérôme ne s'arrête pas là car la série est justement une des formes narratives du journal télévisé qui fait du «fait divers» une forme de feuilleton. Il est frappant de voir combien les nouvelles se rapportant au syndicat se constituent autour des paramètres propres au fait divers (ponctualité des sujets, leur lieu, des acteurs anonymes, des témoins plus que des «vedettes» du social, un temps limité, de l'action et pas de la réflexion).
«Les conflits de travail, de par leur nature même, sont souvent fertiles en incidents: manifestations, injonctions, affrontements, arrestations, procès. Il est donc tentant de s'en tenir à ces «mé-faits», surtout pour la radio et la télévision qui trouvent là une matière sonore et visuelle toute faite. Mais ces incidents, toujours pareils, comme un incendie en rappelle un autre, ne permettent pas de distinguer ce qu'il y a de propre à chacun des conflits, à moins de les relier à la nature même de ces conflits.
En n'exposant des grèves que la violence, l'information crée la conviction que les grèves ne sont que de la violence, donc comparables aux agressions des délinquants contre les vieil/es gens qui circulent seules le soir. Et effectivement, qui arrive à déterrer dans la forêt d'incidents violents, les racines du conflit àCommonwealth Plywood?»25
De plus, la nouvelle syndicale prend place dans la dernière partie du téléjournal côtoyant les informations municipales, les activités policières et criminelles. Les nouvelles de la sphère syndicale se retrouvent en grande majorité dans la partie régionale et forment un bloc. Elles sont le plus souvent rattachées ensembles et forment des séquences entre elles.
La très forte majorité des nouvelles syndicales, 74,25%, fait partie de séquences.Une séquence est d'autant plus significative qu'elle relie des nouvelles traitant du même thème. C'est le cas de 64,7% des nouvelles syndicales dont le thème commun revenant le plus souvent est celui du conflit de travail, comme il était permis de s'en douter.
Ce travail de structuration à l'intérieur du téléjournal est même souligné de façon explicite et le lien est renforcé verbalement par l'animateur au moyen de phrases-clefs du type «et bien pendant ce temps», «toujours dans le domaine des...», «un autre conflit...», «on parle maintenant...», «sur la scène du travail maintenant...», etc..
Le regroupement des nouvelles syndicales à caractère conflictuel, surtout à Radio-Canada, a pour effet d'accentuer l'impression de «malaise social» et de l'attribuer en quelque sorte au monde syndical.
La profusion des nouvelles syndicales n'indique aucunement, comme nous pouvons le constater, un traitement privilégié des informations syndicales. L'intérêt que portent les téléjournaux aux nouvelles syndicales (surtout aux conflits de travail) s'explique principalement par leur propension très marquée à se confiner aux situations conflictuelles, et au côté sensationnel des événements, escamotant ainsi l'essentiel de la dynamique sociale. Bien qu'on en parle beaucoup, les syndicats sont toutefois présentés sous un jour négatif: ils sont des fauteurs de troubles qui ne cherchent qu'à aller chercher des augmentations de salaires.
Analyser le contenu des informations télévisées représente un défi qui n'a rien de comparable avec l'analyse de la presse écrite. Si les écrits restent, les paroles, elles, s'envolent! L'une des caractéristiques de l'information télévisée réside en la profusion de nouvelles courtes, sans lien les unes avec les autres et présentées chaque jour au téléspectateur qui, bousculé, ne peut se permettre aucun recul critique, aucun retour en arrière.
Pour cette raison, il est important de développer des instruments permettant à la population de prendre ses distances et d'avoir un regard critique face à cette lecture de la réalité sociale qui se présente toujours sous l'aspect de l'objectivité, de l'évidence et de la nécessité. Nous croyons que ce document peut apporter une contribution significative dans ce sens, car sans prétendre être complète et définitive, cette analyse nous fournit un portrait assez précis du système des actualités télévisées et surtout, elle dégage derrière les apparences, la logique autour de laquelle elles se structurent. Voici, en résumé, les traits saillants.
Parce que les actualités télévisées sont constituées essentiellement d'une profusion de nouvelles très brèves, on ne retient des événements que les éléments les plus spectaculaires et évidents. À l'exception des dossiers, très rares au réseau d'État et inexistants au réseau privé, les événements sont rarement situés dans leur contexte et présentés dans une perspective d'ensemble. Pour pallier au fait qu'il y a peu à dire en moins de 2 minutes (durée moyenne des nouvelles), on va tenter de se reprendre les soirs suivants. À chaque soir, on en ajoute un peu, ainsi on présente les informations au compte-gouttes.
Cependant, toute information ne bénéficie pas d'un intérêt soutenu; la sélection à ce niveau semble obéir à des critères très restreints: d'un côté, il y a la parade des hommes politiques et de l'autre, celle des conflits sociaux. C'est là le coeur des actualités et c'est autour de ce jeu d'opposition, le peuple qui s'agite et les pouvoirs dominants qui s'occupent des questions sérieuses, que se greffe l'ensemble des actualités.
De plus, contrairement à l'idée générale voulant que le téléjournal soit bâti à partir de faits bruts, la recherche montre que, dans 50% des cas, les déclencheurs de la nouvelle sont des réflexions et des opinions provenant surtout des institutions gouvernementales. Le téléjournal est ainsi investi par les pouvoirs en place pour préparer et conditionner l'opinion publique.
À propos de l'accès aux ondes, les résultats de la recherche sont éloquents. On a pu en effet constater que les actualités télévisées constituent un club où seuls sont admis les hauts placés dans l'échelle sociale. En fait, la sélection de l'information et de l'accès aux ondes est fonction de la hiérarchie des institutions et des fonctions occupées. Les seuls secteurs d'information relativement importants par rapport à l'omniprésence des institutions politiques sont les syndicats et le monde des affaires. Alors que le patronat intervient au même niveau que les pouvoirs politiques, les syndicats, au contraire, sont présentés comme les seuls initiateurs des conflits sociaux.
Les résultats de cette recherche nous amènent à conclure que l'information télévisée est profondément inégale et déséquilibrée. Cependant, la pauvreté dans le traitement et la réduction des sujets au politique et au conflit est habilement camouflée par une théâtralisation de l'information et la profusion des nouvelles qui la façonnent.
Ce document ne prétend pas avoir fait le tour de la question: il avait surtout pour objet de fournir des pistes de réflexion. Cependant, c'est tout le problème du QUE FAIRE? qui reste ici sans réponse. Aussi, nous souhaitons qu'avec ce document s'amorce une réflexion dans tous les organismes concernés afin d'enrichir J'analyse critique des actualités télévisées et surtout, afin que s'amorce une recherche des solutions et des revendications concrètes qu'il faut de toute urgence mettre de l'avant.
Pour les médias télévisés d'information: «les classes populaires, connais-pas!» L'espace de vie individuelle, sociale, économique et politique qu'occupe et façonne la majorité des femmes et des hommes, est réduit aux silences de l'ignorance et de la méconnaissance, à l'impertinent, au banal et au vulgaire inintéressant. On ne produit pas l'information télévisée pour guider les citoyens dans leurs activités individuelles et/ou collectives d'autonomisation. Le journal télévisé ne connaît et ne reconnaît que les faits et gestes qui confirment ou supportent les dominateurs dans leurs pouvoirs.
Montréal, juillet 1979.
CONFÉDÉRATION DES SYNDICATS NATIONAUX, La grande tricherie, Montréal, 1973.
DESAULNIERS, J.-P., SOHET, P., HUBERT, N., Les actualités télévisées, rapport de recherche, Front commun des communications et Institut canadien d'éducation des adultes, Montréal, 1979.
FRONT COMMUN DES COMMUNICATIONS, Dossiernoir sur la radio et la télévision commerciales, rapport synthèse, Montréal, 1977.
GIL, Ata, «La communication inégale. Le savoir et le pouvoir», Le Monde Diplomatique, janvier 1979.
GOUVERNEMENT CANADIEN, Les Mass Media. Bons, mauvais ou simplement inévitables?, étude commanditée par le Comité spécial du Sénat sur les moyens de communication de masse, volume III, Ottawa, 1970.
INSTITUT CANADIEN D'ÉDUCATION DES ADULTES, Le défi de Radio-Québec: démocratiser la télévision, Mémoire présenté à l'ORTQ, octobre 1975.
TREMBLAY, Gisèle, «En grèves détachées», journal Le 30, Fédération professionnelle des journalistes du Québec, vol. 2, no 9, Montréal, novembre 1978.
UNESCO, Rapport intérimaire sur les problèmes de lacommunication dans la société moderne. Commission internationale d'études des problèmes de la communication, Paris 1978.

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Recherche et rédaction:Anne Filion
Coordination: LinaTrudel ICEA
Groupe de travail sur les communications - ICEA avec la collaboration du service d'éducation permanente de l'Université du Québec à Montréal
Secrétariat - ICEA
L'information de tous dépend de quelques-uns. Pourtant tous les médias se prétendent au service du public. Répondre aux besoins des citoyens est la vocation déclarée de toutes les entreprises de presse. L'information est devenue une marchandise offerte aux demandes du public. Si le produit est conforme aux attentes, il se vend bien; sinon il ne correspond pas aux besoins. Telle est l'opinion des dirigeants de la grande presse au Québec, comme dans toutes les sociétés capitalistes du monde occidental. L'information n'est plus une opinion, c'est un objet qui a une certaine valeur marchande et qui s'échange. Dans ce contexte, la liberté de presse devient la liberté de l'entreprise privée de produire de l'information pour l'échanger contre du capital. Liberté d'information ne veut donc pas dire liberté d'expression. Avec le capitalisme, ce qui ne se vend pas, ne s'exprime pas.
L'information est cependant une marchandise très particulière. Elle peut parfois remettre en cause le système qui la produit. Ainsi aux États-Unis, l'affaire «Watergate» a permis d'augmenter considérablement l'audience de la presse capitaliste mais en même temps elle semait le doute dans les esprits sur la nature même du système politique américain.
C'est pourquoi les entreprises de presse doivent se donner de manière explicite ou implicite une politique d'information. Celle-ci doit généralement concilier le statut de marchandise de la nouvelle avec sa fonction idéologique. Elle doit susciter un intérêt, une demande d'information mais cette information doit rester conforme aux règles globales de la société capitaliste.
À l'origine la presse était écrite et destinée à un public alphabétisé. Le marché était donc restreint car au début du XIXe siècle par exemple, seule une minorité de la population savait lire. Le journaliste se confondait souvent avec le propriétaire du journal. La presse était une activité de type artisanal. Il suffisait d'un capital assez restreint pour fonder une «entreprise de presse». Il s'agissait alors clairement d'une presse d'opinion. La diversité de titres permettait à différentes opinions sociales, nationales et politiques d'avoir un moyen pour se répandre.
C'est ainsi qu'est née au Québec la presse francophone. C'était une presse d'opinion, provenant d'une minorité opprimée. Pour empêcher une opinion de s'exprimer il fallait toujours exercer une censure directe et brutale. C'est ce que soulignait Jean-Paul de la Grave en décrivant les difficultés de la presse francophone au Bas-Canada26 . À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, l'industrialisation de l'information commençait. Les coûts de lancement d'une entreprise de presse se sont élevés hors de la portée d'un petit capital. Pour vendre le papier imprimé, le sensationnel, le fait divers ont été privilégiés. C'est Trefflé Berthiaume qui a introduit les techniques de la presse industrielle au Québec, destinée au prolétariat urbain.
«Déraciné et astreint au travail en série, qui provoque chez lui unvacuum moral et intellectuel, ce prolétariat dispose cependant de temps de loisir. Le rôle de la presse nouvelle sera de le meubler. »27
Dans le cadre d'une fabrique de nouvelles qui prétendait remplacer les opinions par l'objectivité, une sélection de l'information devenait alors nécessaire. L'information devenait marchandise et objet. Il fallait donc créer une structure d'autorité, des mécanismes de planification et de décision et une conception de la mise en marché de l'information comme dans n'importe quel type d'entreprise capitaliste.
Lorsque l'entreprise passe du stade artisanal au stade industriel, les journalistes deviennent des salariés. Ils sont affectés à des postes et à des tâches précises dans l'entreprise de presse qui se réserve totalement le droit de gérer «librement» sa politique d'information. L'affectation des ressources humaines et financières se fait donc en fonction de cette politique d'information dont la formulation ne doit rien aux salariés journalistes mais va modeler leur comportement collectif. Ainsi afin de créer une presse «objective», il va falloir transformer les journalistes en objets. La première condition sera de déterminer un mode de recrutement des candidats et des critères d'embauché éliminant au maximum les journalistes d'opinion. Ensuite, une fois engagés, l'entreprise de presse cherchera à contrôler le comportement de ses employés en développant des systèmes de récompenses, de promotions et de mutations. Ceci a pour but de provoquer des phénomènes de mimétisme et d'autocensure afin que les journalistes abandonnent leurs opinions particulières et s'identifient à celles de leurs entrer ses de presse.
On peut présumer ainsi que les propriétaires d'entreprises privilégient certains types d'informations conformes aux intérêts globaux du système social existant. Les moyens d'information jouent un rôle politique bien précis. En donnant une information superficielle, dont on évacue l'enjeu social et politique, les mass-médias agissent sur l'opinion de la population au profit de quelques-uns.
Cette minorité qui nous informe détermine des représentations de la réalité conformes à ses intérêts. Il ne s'agit pas simplement d'éviter aux gens de penser, mais il faut de plus leur faire acquérir certains automatismes qui leur feront accepter la façon dont on leur présente l'information. De même, l'activité journalistique devra être déterminée par cette opinion conditionnée. Ainsi, chaque individu pourra observer la réalité de ses semblables au travers de bulletins de nouvelles où lui, ignorant, sera informé par un spécialiste soi-disant neutre: le journaliste. De cette façon, on n'impose pas des idées mais des attitudes. La passivité devient de ce fait la première des vertus. C'est ainsi que la démocratie disparaît...
L'objectif de cette recherche est d'abord d'apporter les éléments susceptibles de contribuer à notre compréhension du fonctionnement des entreprises de presse. Comme ce sont elles qui nous transmettent quotidiennement des informations devant nous permettre d'interpréter la réalité sociale, nous nous sommes intéressés au processus de sélection des informations. Par conséquent, nous procédons à la description et à l'analyse des structures d'autorité de différentes entreprises de presse pour être en mesure d'évaluer comment les pouvoirs sont répartis entre les divers éléments de ces hiérarchies. Nous examinerons ensuite le fonctionnement de la salle de rédaction pour déterminer qui prend quotidiennement les décisions relatives au contenu de l'information.
De plus, nous avons identifié certains mécanismes de contrôle dont peuvent se prévaloir la direction et/ou le propriétaire pour infléchir le contenu de l'information. Nous étudions quelques cas pour bien illustrer le fonctionnement et l'importance de ces mécanismes.
Nous tenterons également de percevoir les effets de la publicité sur la quantité et le contenu de l'information diffusée. Nous analyserons ensuite les différents mécanismes inclus dans la convention collective touchant la limitation du droit de gérance de l'Employeur.
Pour ce faire, nous avons étudié le fonctionnement de neuf entreprises de presse.28 Cet échantillonnage a été fait à partir d'une sélection des entreprises de presse écrite et électronique à Montréal, à Québec et en régions afin de regrouper les différents aspects du fonctionnement de ces entreprises. Nous avons demandé à des journalistes de chacune d'entre elles de répondre à notre questionnaire29 . Nous avons également fait des entrevues avec plusieurs personnes occupant des postesclés à l'intérieur de diverses entreprises pour obtenir des informations complémentaires. Enfin, les résultats ont été compilés et analysés.
Le document qui fait l'objet de cette recherche n'a toutefois pas la prétention d'être complet, ni d'épuiser les divers aspects étudiés. Mais il veut cerner les processus de sélection et de contrôle de l'information et refléter le plus fidèlement possible le fonctionnement des salles de rédaction des entreprises de presse sélectionnées.
On entend habituellement par «politique d'information» l'élaboration du mandat général ou de la vocation que se donne une entreprise de presse. Cette politique comporterait la définition d'une ligne directrice et de critères professionnels pouvant guider la salle de rédaction et assurer ainsi, dans une certaine mesure, une continuité dans le traitement de l'information.
On pourrait croire qu'une entreprise de presse, dont un des objectifs est d'informer le public, définit de manière explicite et officielle sa politique d'information. Or, une telle pratique ne semble pas courante. Des neuf entreprises de presse que nous avons consultées, deux seulement étaient dotées d'un texte écrit établissant les paramètres de l'entreprise en matière d'information. Il s'agit ici de la Société Radio-Canada et du quotidien Le Soleil. Nous y reviendrons.
Les autres entreprises de presse ont certes leur politique d'information respective. Elle n'existe toutefois pas sous forme écrite, constituant un texte auquel les journalistes et le public pourraient se référer. On peut la percevoir. On peut la déduire à partir de la production de l'entreprise. Elle est implicite. C'est le cas à Télé-Métropole. Par ailleurs, lors du dernier renouvellement du permis de l'entreprise, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a demandé aux réseaux CFTM et TVA de se doter officiellement d'une politique d'information. Les journalistes ont donc demandé d'être consultés à ce sujet, mais la direction de Télé-Métropole a refusé en répliquant que l'élaboration d'une telle politique demeurait un droit de gérance.
Au quotidien La Presse, il n'existe pas non plus de version écrite officielle, connue des journalistes, de la politique d'information. Nous avons obtenu une petite brochure intitulée «Définition du journal La Presse et de son orientation idéologique» écrite par Roger Lemelin en 1972. Mais, là encore, ce texte ne peut faire office de politique en matière d'information.
Au Journal de Montréal, un mot d'ordre de la direction remplace toute politique d'information: «tout doit être vendeur, spectaculaire.» En ce qui concerne les deux hebdomadaires régionaux consultés, soit La Frontière de Rouyn Noranda et l'Écho du Nord de St-Jérôme, leurs salles de rédaction ne disposent pas, non plus, d'un texte écrit stipulant les politiques d'information de chacune des entreprises. La situation est la même aux postes de radio CJMS et CKRS. Les journalistes de l'Écho du Nord ont toutefois demandé, lors de la négociation de leur convention collective, une version écrite de la politique d'information. L'Employeur a refusé.
Il nous apparaît tout à fait symptomatique que les entreprises de presse hésitent à élaborer leur politique, à l'écrire et à la diffuser auprès de leurs employés. Mais comme ils n'y sont pas tenus, ils préfèrent sans doute ne pas en faire état. Ils éloignent ainsi une source de débats et de critiques. En effet, on imagine bien mal Pierre Péladeau définir explicitement sa politique en matière d'information sans provoquer quelques heurts. Bref, c'est encore un privilège que possèdent les entreprises de presse.
Nous allons, toutefois, procéder à la description et à l'analyse des politiques d'information de la Société Radio-Canada et du quotidien Le Soleil.
La Société Radio-Canada énonce sa politique d'information dans la première partie d'un livre intitulé «Politiques des programmes». Il y est d'abord spécifié que Radio-Canada souscrit entièrement au principe de la liberté d'information. On y définit les sacro-saints principes d'objectivité et d'impartialité, spécialement dans le traitement de questions controversées. On y élabore également une marche à suivre très précise concernant l'information à diffuser pendant les campagnes électorales fédérales, provinciales ou municipales.
La particularité de Radio-Canada est que son mandat général provient du parlement fédéral. Ainsi, le paragraphe G de l'article 2 de la loi sur la radiodiffusion de 1968 stipule:
«G) Que le service national de radiodiffusion devrait
i)être un service équilibré qui renseigne, éclaire et divertisse des personnes de tous âges, aux intérêts et aux goûts divers, et qui offre une répartition équitable de toute la gamme de la programmation;
ii) être étendu à toutes les régions du Canada, au fur et mesure que des fonds publics deviennent disponibles;
iii) être de langue anglaise et de langue française, répondre aux besoins particuliers des diverses régions et contribuer activement à la fourniture et à l'échange d'informations et de divertissements d'ordre culturel et régional; et
iv) contribuer au développement de l'unité nationale et exprimer constamment la réalité canadienne».30
Ce dernier point est certes celui qui a suscité le plus de controverses. La Société Radio-Canada soulève cette «ambiguïté» et prend soin de donner son interprétation du concept d'unité nationale, tel qu'il est formulé dans le passage précédent, passage qui selon la Société Radio-Canada «énonce l'essentiel de son rôle». Elle considère qu'il est de son devoir de contribuer au développement de l'unité nationale et ce, de trois façons:
La Société Radio-Canada précise que c'est en ce sens qu'elle peut développer l'unité nationale et donner un «mode d'expression a l'identité canadienne». Toutefois, il est spécifié que dans le domaine de l'information, elle ne pourra jouer ce rôle «qu'en préservant au moyen de sa vitalité et de son impartialité, les valeurs démocratiques de notre société»32 , dont Radio-Canada se veut la gardienne en donnant au public une information complète, impartiale et objective même sur des questions pouvant mettre en cause le principe de l'unité nationale.
Par ailleurs, un autre problème se pose. Il se situe au niveau de la composition de l'auditoire des émissions d'information destinées à un public francophone. Ces émissions sont théoriquement conçues pour être diffusées à travers tout le Canada. Or, plus de 90% de l'auditoire est composé de résidents du Québec. Le CRTC a déjà reproché à la Société Radio-Canada de ne pas refléter suffisamment la réalité canadienne, soit d'avoir une information trop axée et limitée au Québec.
Marc Thibeault, directeur de l'information au réseau français de Radio-Canada, a fait un exposé sur la politique d'information de Radio-Canada lors de l'audience du CRTC pour le renouvellement des licences d'exploitation des réseaux de Radio-Canada (le 5 octobre 1978). Dans cet exposé, M. Thibeault défend les différentes politiques énumérées ci-haut, et s'attarde spécifiquement au problème de l'auditoire «québécois». La position du directeur de l'information à Radio-Canada relève de l'obligation de tenir compte de l'auditoire dans la confection des bulletins d'information. Pour M. Thibeault, le fait que l'auditoire francophone soit majoritairement concentré au Québec impose la prépondérance de l'information «québécoise». Il serait impossible de passer outre à cette règle si le service d'information veut répondre aux attentes, aux intérêts et aux besoins de cette clientèle. Cette réalité serait reliée, selon M. Thibeault, au droit du public (francophone) à l'information.33
Au-delà des enjeux politiques et constitutionnels du pays, M. Thibeault soutient que la Société Radio-Canada doit tenir compte de l'auditoire. Il n'en demeure pas moins, selon M. Thibeault, que le réseau français fait quand môme tous les efforts possibles pour refléter la réalité canadienne, notamment en affectant des journalistes à travers tout le pays.
Par ailleurs, dans son exposé, le directeur de l'information n'identifie pas Radio-Canada à une «entreprise d'information engagée». Ainsi son personnel journalistique doit faire preuve de la plus rigoureuse impartialité.
(...) priorité absolue du public, Radio-Canada se doit de rendre compte le plus efficacement possible de la diversité de l'opinion publique en évolution sur toute question importante.34
Pourtant la Société Radio-Canada a un mandat politique bien précis. M. André Ouellet, ministre des Affaires urbaines à Ottawa, déclarait sur les ondes de la CBC, en avril 1977:
«CBC at the time of the referendum should, as its mandate is indicated, foster national unity and should present more strongly, more vividly the advantage of Canadian unity».35
Dès lors, on imagine mal comment Radio-Canada peut promouvoir l'unité nationale sans être une entreprise de presse engagée. En cette période où l'unité de la confédération est remise en question, la façon dont Radio-Canada appréhende la couverture des événements relatifs au référendum québécois est évidemment tributaire de la politique d'information où un engagement ferme est pris en faveur de la structure fédérale. Une vaste réorganisation du service de l'information est d'ailleurs en cours à l'heure actuelle.
Une chose anime la restructuration du service; un désir toujours plus grand de la direction à vouloir s'impliquer activement dans la production quotidienne des émissions d'information. Le nombre de cadres augmente, l'entourage technique et professionnel du directeur aussi.36
La réorganisation du service de l'information est une façon de multiplier les contrôles. Ainsi la réorganisation des émissions «Présent» diffusées à la radio de Radio-Canada s'inscrit dans ce processus. Une des plus importantes modifications apportées a été la mise en place d'une structure classique de direction: un pupitre éditorial.
«...un pupitre éditorial formé du rédacteur en chef des actualités radio et d'un réalisateur titulaire choisi et nommé par la direction de l'information. Un pupitre éditorial qui sera doté de pouvoirs considérables puisqu'il déterminera quotidiennement le choix des sujets, l'importance à leur accorder, le moment, l'heure et la durée de leur diffusion».37
Les émissions «Présent» (Québécois, national, métropolitain) ont été fusionnées en une seule émission diffusée par tranches à différents moments de la journée. Auparavant les émissions étaient faites par de petites équipes de production relativement autonomes. Les journalistes doivent maintenant suivre les directives du pupitre éditorial. Ce cas n'est d'ailleurs qu'un exemple. La réorganisation du service de l'information a englobé plusieurs émissions du secteur «affaires publiques». Ces événements sont, pour plusieurs, révélateurs de la tension qui règne à Radio-Canada à l'approche du référendum.
On parle de plus en plus dans les couloirs de la Société d'État d'une mainmise de la direction sur le contenu des émissions.(...)
On parle de pressions plutôt que d'interdictions de la part de la direction, d'incidents plutôt que de conflits, mais il est clair que réalisateurs et journalistes craignent de perdre leur autonomie et redoutent une vague d'autoritarisme dans les mois qui viennent.38
Les journalistes admettent qu'il est devenu ardu de se démarquer d'une attitude classique et prudente. Les artisans et les équipes de production qui tentent des approches trop audacieuses de l'actualité sont assez rapidement ramenés dans le rang quand ils ne sont pas vertement rabroués. La consigne est claire: gare aux éclats, que tous et chacun s'en tiennent à une application rigoureuse de la politique de Radio-Canada en matière d'information.39
Ces témoignages constituent le second volet de la politique d'information de Marc Thibeault et de RadioCanada. De même, ce volet met en relief une pratique qui dément les intentions de Radio-Canada de faire une information «non engagée», «neutre».
Nous jugeons inutile à cette étape du travail de faire une analyse et une critique plus élaborées de la politique officielle de l'information. Cette dernière n'est constituée que de déclarations de principes. Nous verrons au long de cette étude, comment Radio-Canada procède dans les faits, en embauchant ses employés, en instituant des mécanismes de contrôle, en affectant ses journalistes, etc.. Cette démonstration vaudra beaucoup plus qu'une critique des principes énoncés ci-haut. Cependant une constatation s'impose déjà. Les effets du mandat général pan-canadien que se donne Radio-Canada dans sa politique d'information apparaissent très précisément dans les périodes où l'existence même de la Confédération est remise en cause. L'influence latente de cette politique en période calme peut se transformer en directivité impérative en période de crise.
B) La politique d'information du quotidien Le Soleil
Le quotidien Le Soleil représente au chapitre de la politique d'information un cas assez particulier. Nous avons obtenu trois textes sur sa politique d'information. Le premier a été rédigé par Claude Beauchamp, rédacteur en chef et directeur de l'information, en juillet 1974. Ce texte était conçu, semble-t-il, pour être présenté à une réunion des cadres de l'entreprise peu après la prise en main du journal par M. Francoeur. Mais le syndicat a «réussi» à en avoir une copie. Le deuxième texte est intitulé «Document de travail sur la politique d'information». Il est signé par Claude Masson, directeur de l'information, et daté du 9 décembre 1975. Enfin, le troisième texte, datant du mois d'avril de la même année, est une version reformulée, destinée à la salle de rédaction.
Dans le premier document, la politique d'information est axée avant tout sur le développement de l'entreprise. Il débute comme suit:
«Dans l'optique du budget quinquennal 1975-1980, la rédaction recommande que l'objectif fondamental de l'entreprise consiste en l'augmentation gradue/le et soutenue du tirage du journal».
On y énumère donc diverses formules concernant la politique d'information susceptibles d'augmenter le tirage. Par exemples, «donner une importance accrue à la nouvelle locale et au reportage en profondeur (features), «accroître le nombre et la qualité de rubriques et chroniques spécialisées (bricolage, jardinage, philatélie, médecine, bridge, etc.)», «créer une section du tourisme et des loisirs», «grossir et transformer la section de l'économie», «produire un cahier spécial hebdomadaire des sports». On spécifie d'ailleurs que «ces projets découlent (...) d'une préoccupation fondamentale: assurer l'expansion future du journal». Ce texte dénote la volonté de la direction de mettre la rédaction au service de l'entreprise. On y prévoit même «la production de produits dérivés» connexes à la fabrication d'un quotidien: «la diversification de l'entreprise». On insiste sur la «qualité» du journal dans la perspective de la réalisation de l'objectif premier de l'entreprise, c'est-à-dire «l'augmentation graduelle et constante du tirage».
Dans les deux autres textes, on laisse de côté les questions de budget et de tirage pour centrer les objectifs sur la qualité de l'information. Les objectifs sont les suivants:
En deuxième partie, on suggère différents moyens permettant la réalisation de ces objectifs: style de couverture susceptible d'intéresser le public, exclusivités, information locale et régionale, etc.. En conclusion, on élabore des approches permettant la concrétisation de ces moyens et objectifs, dont la suivante:
«Réaliser, au niveau des cadres, de façon directe et systématique, les décisions prises quant aux changements et adapter la salle au fur et à mesure».41
L'exemple du Soleil illustre bien comment les entreprises de presse peuvent intégrer une soi-disant «politique d'information» aux «plans quinquennaux de l'entreprise». Il révèle également la préoccupation première de l'entreprise: l'augmentation des profits.
Nous déplorons le fait que les entreprises de presse ne soient pas tenues d'élaborer explicitement leur politique d'information. Ces politiques devraient être accessibles au public. Actuellement, le public ne peut manifester sa présence que par des lettres ou des appels téléphoniques effectués individuellement. La direction de l'information peut, en outre, procéder elle-même à des sondages. Un fait demeure cependant, il n'y a pas de contrôle effectif des auditeurs, lecteurs ou téléspectateurs sur le contenu de l'information. Si les journalistes, artisans de l'information, ont bien du mal à influencer les politiques d'information (ils ne sont pas consultés à ce sujet), le public se trouve totalement démuni. Formuler et diffuser la politique d'information des divers médias serait peut-être un premier pas dans un processus de démystification des objectifs réels d'entreprises privées devant théoriquement dispenser un service public.
Au-delà des positions de principe de ces entreprises, sur ce qu'elles appellent la «qualité de l'information», voyons maintenant leurs politiques dans le quotidien.
En prenant pour acquis qu'une sélection de l'information est inévitable (on ne peut tout publier), il demeure très important d'examiner quels sont les mécanismes de sélection de l'information ainsi que les critères utilisés pour cette sélection.
Cette partie a pour objet de brosser un tableau général de l'organisation du travail à l'intérieur des entreprises de presse. En analysant la structure d'autorité mise en place pour assurer le déroulement «souhaité» des activités de l'entreprise, nous pourrons évaluer l'importance et le rôle des éléments de cette hiérarchie. Nous verrons également à quel niveau se prennent les décisions.
Nous examinerons ainsi en quoi les structures hiérarchiques au sein des directions de l'information, et plus globalement l'organisation du travail à l'intérieur de la salle de rédaction, peuvent constituer un mode de contrôle de l'information. Il est évident que plus la structure d'autorité est lourde, plus la hiérarchie est longue, moins il reste d'autonomie aux journalistes de la base. Par conséquent, l'information risque d'être moins dynamique, d'être plus officielle.
Pour ne pas alourdir le texte, nous ne décrivons pas systématiquement la structure d'autorité des neuf (9) entreprises de presse que nous avons étudiées. Même si d'une entreprise à l'autre les structures sont très différentes, il est possible de dégager les constantes suivantes.
L'autorité suprême en matière d'information revient, comme on s'en doute, à la personne occupant le plus haut niveau de la hiérarchie, section «nouvelles» ou «rédaction».42 Cette autorité est, en principe, déléguée au subalterne immédiat qui la transmet, à son tour, à la personne (ou aux personnes) occupant le troisième palier. L'autorité suit ainsi cette filière hiérarchique, selon le nombre de paliers et de cadres existants, jusqu'aux postes occupés par le personnel syndiqué. Toutefois, au fur et à mesure que nous «descendons» dans cette structure, les pouvoirs se diluent. Ils se précisent et se rapprochent du travail quotidien des journalistes.
En général, la direction de l'information43 planifie, à long et à moyen terme, les affectations des ressources humaines et économiques de même que la répartition des moyens techniques dont dispose l'entreprise. Elle a la responsabilité de sélectionner les candidats et d'embaucher le personnel. Elle doit appliquer les règlements et les politiques de l'entreprise dans le quotidien. Elle peut émettre des directives dans des situations litigieuses. Enfin, elle supervise le travail quotidien des journalistes.
Dans certains cas, les structures sont simples,44 les journalistes relèvent alors directement de la direction. Il n'existe pas d'intermédiaires. Par contre, certaines entreprises ont mis en place des structures d'autorité beaucoup plus complexes.45 Il y existe une certaine délégation de «pouvoirs» au personnel syndiqué. Par exemple, à Radio-Canada, les postes d'«affectateur» et de chef de pupitre sont comblés par du personnel syndiqué. L'«affectateur» a pour fonction d'assigner les journalistes à des reportages. Le chef de pupitre, quant à lui, est responsable de la mise en forme du téléjournal; il choisit les reportages qui seront diffusés et l'ordre dans lequel ils le seront. Spontanément, nous sommes portés à conclure que les pouvoirs confiés à ces postes confèrent aux personnes qui les occupent un rôle important dans le processus de sélection de l'information. Examinons de plus près le rôle exact et les pouvoirs réels de ces personnes. L'«affecteur» à Radio-Canada dispose des ressources de la salle de rédaction sur une base quotidienne. Toutefois, nous avons vu que la répartition et l'assignation, des effectifs sont globalement déjà faites. (Il y a des journalistes en poste à Ottawa, à Québec, à Montréal, à l'étranger, il y en a qui sont spécialisés dans certains secteurs, etc.). C'est un droit que se réserve la direction. L'emplacement des moyens techniques et les contraintes de ressources humaines et économiques détermineront en grande partie la répartition des tâches que doit faire l'«affectateur». Finalement, sur une base quotidienne, le responsable national des affectations a peu de choix. S'il y a deux ou trois événements importants et quelques journalistes disponibles, de concert avec eux, il répartit le travail.
De plus, il y a consultation fréquente entre l'«affectateur»et les cadres de la direction de l'information. Si les cadres s'aperçoivent que les journalistes n'ont pas l'intention de couvrir tel événement, au nom de la direction de l'information, ils peuvent intervenir en «suggérant» la couverture de l'événement qu'ils jugent important.
À Télé-Métropole, la situation est différente. Les fonctions d'«affectateur» relèvent de l'adjoint au directeur de l'information qui est un cadre non syndiqué. Le chef de pupitre est, comme à Radio-Canada, un journaliste syndiqué. Il est responsable de la «mise en forme» du téléjournal. À partir du matériel dont il dispose, c'est-à-dire, à partir des reportages disponibles, il détermine les reportages qui seront diffusés et dans quel ordre ils le seront, tout en tenant compte de l'importance des événements de la journée.
À La Presse, les chefs de division et de section font également partie du personnel syndiqué: on les appelle les «cadres syndiqués». Ils sont les supérieurs hiérarchiques immédiats des journalistes. Les chefs de division sont en quelque sorte des «affectateurs». Ils doivent assurer la coordination de leur équipe respective.
«Ayant généralement été désignés par leurs camaradesde travail, ils (les cadres syndiqués) représentent ces derniers (sur le plan professionnel) dans les rapports quotidiens qu'ils ont avec la partie patronale. Sans détenir de pouvoir réel face à la direction de l'information, ils peuvent quand même faire des recommandations et des suggestions relativement au contenu rédactionnel».46
Nous traiterons, de manière détaillée, des fonctions et rôles du chef de pupitre ainsi que de l'importance des affectations journalistiques, dans une perspective de sélection de l'information, à la section suivante. Il ne s'agit pour l'instant que de décrire la dimension «délégation du pouvoir» au personnel syndiqué pour mieux apprécier la structure d'autorité.
Une première constatation s'impose. Ceux qu'on appelle «les cadres syndiqués», dans la presse écrite autant qu'électronique, ne détiennent qu'un pouvoir bien aléatoire en regard de celui que se réserve la direction de l'information. Ils ont pour principale fonction de faire le lien entre cette direction et l'ensemble des journalistes de la salle des nouvelles ou de rédaction. Cette délégation de pouvoir «dilué» peut être toutefois importante pour les entreprises de presse. Elle permet de laisser l'impression à tout le personnel syndiqué de posséder une «parcelle» de pouvoir. Ils peuvent faire des pressions auprès de leurs collègues syndiqués à qui l'on a «en principe» confié des rôles importants. Ils ont leurs représentants à la «direction». On peut ainsi assurer les journalistes qu'ils ont une marge de manoeuvre leur permettant d'exercer leur métier librement.
Des corridors de manoeuvres se dessinent effectivement. La structure d'autorité a pour fonction de les définir et de les faire respecter. S'ils sont suivis et conformes à la politique éditoriale, personne n'a de compte à rendre. Une confiance s'instaure et la direction de l'entreprise de presse conserve toute la latitude qu'elle s'est réservée.
«Le journaliste doit accepter une certaine règle du jeu etse mouvoir à l'intérieur des idées reçues dans lesquelles la société capitaliste a décidé, une fois pour toutes, d'enfermer le débat».47
Le débat semble effectivement clos. Les entreprises de presse sont des sociétés industrielles et commerciales fonctionnant à l'intérieur de la société capitaliste. L'objectif premier de ces entreprises n'est pas d'informer le public, mais bien de faire des profits et de les augmenter constamment. Par conséquent, la structure d'autorité a également pour fonction de mettre en place des mécanismes permettant de rentabiliser le capital. La salle de rédaction devra donc fonctionner avec un minimum de personnel. La direction de l'information devra aussi établir des politiques de «marketing». Par exemple, au Journal de Montréal, la mise en page du quotidien est effectuée par un chef de pupitre syndiqué. Toutefois, la direction de l'information se réserve le droit de décider des nouvelles de la première page, car, dit-on, c'est l'élément «marketing» du journal.
Ces politiques de marketing ne visent, certes pas, l'amélioration de la qualité de l'information. Elles sont là pour favoriser l'augmentation constante du tirage ou des cotes d'écoute, selon le cas. De sorte qu'elles permettent aux entreprises de vendre toujours plus cher leurs lignes agates ou leurs minutes de diffusion de publicité. Ainsi, dans la plupart des entreprises de presse, une place prépondérante est accordée à la publicité, au détriment, souvent, de celle qui devrait revenir à l'information. Et ce, dans un but unique: l'augmentation des profits. La nature privée des entreprises de presse est incompatible avec le droit du public à l'information. «(...) les méthodes patronales de gestion ont confondu les objectifs d'information et ceux des services de marketing et de profitabilité de l'entreprise».48
La structure d'autorité crée une division verticale du travail permettant l'exercice d'un contrôle constant sur la sélection et la diffusion des informations. Elle donne ainsi l'assurance aux propriétaires des entreprises de presse que leurs objectifs politiques et économiques sont respectés. La multiplication des postes de responsables aux niveau de la structure d'autorité a pour effet de limiter les initiatives des journalistes et d'empêcher que des décisions relatives au contenu de l'information ne soient prises à la base. La structure d'autorité contrôle l'information.
Dans une étude sur leur profession et l'information, des journalistes de Radio-France écrivaient à propos de l'organisation hiérarchique et autoritaire du travail:
«Entre les mailles, il y a des journalistes isolés, que ce système conduit à se surveiller, à se jalouser, qui sontdonc plus malléables et plus dociles. Carla carotte d'une augmentation personnalisée et le bâton de l'accusation d'incompétence étouffent toute velléité d'indépendance et jusqu'à la simple interrogation.»49
Même le CRTC notait, dans un document sur le contenu des bulletins de nouvelles à Radio-Canada:
«Les experts en communication ont généralementprétendu que les attitudes des propriétaires et desdirecteurs représentent une force importante dans le circuit des nouvelles, c'est-à-dire que la structure du pouvoir hiérarchique influence la circulation des nouvelles. Ce ne sont pas seulement les reporters couvrant un événement, mais aussi la structure du pouvoir du médium d'information, qui en façonnent le contenu».50
En exerçant un contrôle sur les journalistes et sur leurs productions, l'organisation du travail, par la mise en place d'une structure d'autorité, rend pratiquement inutiles les guerres idéologiques. Car, comme l'écrivait Jacques Sauvageot, «l'idéal inavoué», pour certains dirigeants de presse, «c'est parfois, un journal sans journaliste.»51
Toutefois, les journaux et les bulletins de nouvelles sont fabriqués quotidiennement par des journalistes...
Au-delà des fonctions générales de la structure d'autorité, certains éléments de celle-ci interviennent quotidiennement dans le processus de sélection des nouvelles à publier ou à diffuser. Examinons le fonctionnement des réunions quotidiennes de planification et de prises de décision.
En général, les réunions regroupent quelques cadres de la direction de l'information et un ou des cadres syndiqués. Comme chaque entreprise a un mode de fonctionnement différent pour ces réunions, nous préférons donner quelques exemples afin d'en dégager les divers aspects.
À Radio-Canada (radio), des réunions de planification ont lieu tous les matins. Le rédacteur en chef, l'«affectateur» et le chef de pupitre y participent:
«(...) on examine d'abord quels sont les événementsprévus (conférences de presse de tel ou tel organisme),les suites à donner à certaines nouvelles de la veille, les suggestions formulées par les reporters, les événements survenus dans le monde qui exigeront la collaboration des correspondants ou de pigistes, etc.. Certains sujets pourront être abandonnés sur le champ, à cause du trop grand nombre d'articles et de l'impossibilité de tout diffuser. »52
II existe également à Radio-Canada des réunions hebdomadaires d'affectation auxquelles assistent les cadres de la direction et l'«affectateur». Ce dernier met les cadres au courant de ses projets. Il n'a toutefois aucun pouvoir réel sinon celui de faire des suggestions. On planifie la semaine en fonction des événements prévisibles. Des décisions financières sont prises.
Au quotidien Le Soleil, la situation est différence. Les décisions quotidiennes se prennent au niveau des cadres réunis en présence d'un cadre syndiqué, en général le responsable des informations régionales. La réunion se fait en fin d'après-midi. C'est à ce moment que se dessine le portrait du journal du lendemain. Il y a également des réunions hebdomadaires réunissant certains cadres et les cadres syndiqués (les responsables des différentes sections). On y planifie, de façon générale, le programme de la semaine.
Au journal La Frontière, la réunion de planification se résume à une consultation entre le directeur de l'information et le directeur général. Ils avisent ensuite le journaliste concerné. Au Journal de Montréal, il n'y a tout simplement pas de réunions de planification. Pendant environ deux mois, des réunions quotidiennes ont eu lieu entre le chef de pupitre et le directeur de la nouvelle. Aucun travail, semble-t-il, ne s'y faisait. Les réunions ont cessé.
En dépit des différences techniques au niveau de la méthode de fonctionnement de ces réunions, une constante se dégage. En général, les participants admis à ces réunions sont en majorité des cadres non-syndiqués. S'ils ne sont pas majoritaires, comme c'est le cas à TéléMétropole, le cadre participant possède alors un droit de veto.
Dans une étude sur Power Corporation et le journal La Presse, les auteurs notaient ceci:
«Le mode de gestion utilisé dans cette réunion de planification, selon M. Jean Sisto, repose sur le consensus entre les participants, y compris les chefs de divisions syndiqués». 53
Nous ne doutons pas que les directions de l'information recherchent le consensus entre les participants. L'entreprise peut certes accorder à ses cadres syndiqués la possibilité de faire des suggestions, des recommandations... puisque de toutes façons l'important est qu'il ne leur soit pas permis de prendre des décisions. Nous pouvons constater d'autre part que les participants syndiqués sont minoritaires ou si ce n'est pas le cas, que la direction de l'information s'attribue un droit de veto. Que signifie alors «rechercher le consensus»? Nous pouvons supposer qu'en situation conflictuelle, la direction recherche à imposer ses décisions et se soucie peu de la bonne entente entre elle et les cadres syndiqués. La participation, limitée il va sans dire des employés aux systèmes de décisions est une technique de plus en plus utilisée par les dirigeants de diverses entreprises dans le but d'inciter l'employé à bien faire son travail et de sorte qu'il puisse, à long terme, identifier ses intérêts personnels à ceux de l'entreprise.
L'importance de ces réunions est sans doute considérable. La direction de l'information a, par ce mécanisme, un pouvoir sur la sélection des informations. En choisissant des événements «prévisibles» à couvrir, en assignant les journalistes, en décidant de la répartition à court terme des ressources financières, la direction de l'information se donne ainsi les moyens de prévoir, une journée à l'avance, l'aspect que prendra son bulletin de nouvelles ou son journal.
Le titrage, la mise en page et l'ordre de diffusion des nouvelles s'inscrivent dans le processus de sélection de l'information. Les personnes dont relèvent les fonctions de «mise en marché» de l'information ont également un certain pouvoir. C'est le titre et l'emplacement d'un article qui détermineront, en partie, sa mise en valeur ou non. Tout comme dans le cas de la presse électronique, ce sera l'ordre de diffusion et le temps accordé à un reportage. Il faut toutefois replacer ce mécanisme dans son contexte; sans minimiser son importance, il faut tenir compte qu'une série de mécanismes est déjà intervenue et qu'ainsi un certain nombre de contraintes prévalent lorsque vient le temps d'effectuer la mise en page ou «la mise en ondes» de l'information. Les employés auxquels on confère ces fonctions ont donc beaucoup moins de latitude. En général, ce travail relève du chef de pupitre et de ses adjoints.
Ces employés qui sont parfois des cadres, reçoivent l'ensemble des dépêches des agences de presse ainsi que les articles et les reportages commandés. Ils doivent faire un choix et décider de l'information à publier ou à diffuser. Encore à ce stade, des choix idéologiques président donc au contenu de l'information selon l'importance qu'on décide d'accorder aux différentes nouvelles. Les préposés doivent normalement effectuer ce travail en fonction de critères professionnels. Mais, inévitablement, leur préférence politique les influence et influencera par le fait même le contenu du journal ou du bulletin de nouvelles.
La décision de publier ou non un article est aussi fonction de la concurrence entre les médias. En effet, selon plusieurs journalistes, l'importance d'une information est en partie déterminée par le nombre d'entreprises de presse qui en ont traité ou qui en traiteront.
«Il y a une concurrence entre les médias qui les amène à couvrir les mêmes choses. Il faut avoir ce que tout le monde a (...)et ce processus a pour effet d'homogénéiser l'information au lieu de la diversifier».54
De plus, lorsque le chef de pupitre a sélectionné les informations à publier, il doit choisir l'emplacement des articles et décider du titre qu'il leur apposera. Or, selon que l'article sera placé en première page ou à la fin du troisième cahier et selon le titre plus ou moins percutant qu'il portera, il sera destiné à être vu ou à être oublié...
Dans les quotidiens. Le Soleil et La Presse, les chefs de pupitre ne sont pas syndiqués. Les préposés le sont. Au Soleil, ce sont les journalistes qui font la mise en page mais le chef de pupitre effectue celles des premières pages et supervise l'ensemble du journal. Au Journal de Montréal, les chefs de pupitre sont des journalistes syndiqués. Toutefois, la direction de l'information se réserve les premières pages. De plus, lorsque les chefs de pupitre reçoivent les maquettes servant à faire la mise en page, l'espace consacré à la publicité est déjà réservé. Ce serait, semble-t-il, la longueur des articles et l'espace disponible qui détermineraient, en partie, leur emplacement dans le journal.
En ce qui concerne la presse électronique, les chefs de pupitre (syndiqués) sont responsables de la «mise en ondes» des bulletins de nouvelles. Ils déterminent les nouvelles à diffuser et leur ordre de présentation. Les chefs de pupitre pourront décider s'ils diffusent ou non un reportage, mais si un reportage concernant un événement qu'ils jugent important n'a pas été commandé, ils n'auront que la possibilité de faire un texte. Le choix et l'ordre de présentation seront déterminés globalement par des critères identiques à ceux qui prévalent pour la mise en page dans le cas de la presse écrite.
Certes, le personnel au pupitre a un certain pouvoir, mais il est difficile d'évaluer la part qui lui revient dans le processus de sélection de l'information. Nous pouvons toutefois présumer que son pouvoir et ses possibilités d'intervention sont limités par une série de contraintes découlant des décisions qui ont été prises à de multiples niveaux, avant qu'il n'effectue son travail.
En plus des mécanismes de sélection de l'information comme la structure hiérarchique d'autorité, l'établissement de système de planification et de décisions ainsi que la politique d'information ou la «vocation» que se donne une entreprise de presse, il existe d'autres mécanismes permettant au propriétaire et à la direction de l'information d'atteindre leurs fins. Nous en avons retenu quatre:
Le propriétaire et/ou la direction de l'information ont tout intérêt à mettre en place des structures et des mécanismes de contrôle subtils. En évitant ou en réduisant les recours à des interventions directes (de censure...) de type autoritaire, ces mécanismes améliorent le climat des relations de travail. Ils pourront ainsi limiter les tensions entre dirigeants et employés, toujours nuisibles à l'entreprise. L'utilisation de ces mécanismes a un objectif: amener les journalistes à se conformer aux exigences de l'entreprise. Qu'advient-il dans ce cas de la libre circulation des informations et de l'indépendance du personnel journalistique?
La répartition des ressources humaines et financières est l'un des plus importants mécanismes de contrôle de l'information. L'affectation globale des effectifs, décidée largement par la direction de l'entreprise, devrait en principe refléter la réalité sociale. Les secteurs (politique, économique, social, etc.) qui divisent les salles de rédaction devraient en toute logique respecter l'importance des divers courants qui divisent la société. Cette règle devrait être observée si l'objectif d'une entreprise de presse est de présenter au public le «reflet du monde». Pourtant, dès le départ, en répartissant les ressources dont elle dispose, l'entreprise établit une structure qui jouera le rôle d'un prisme déformant la réalité.
«Le filtre principal du contenu de l'information vient de la répartition que l'on fait des effectifs. C'est ce qui est fondamental. Si la structure des médias est ainsi divisée que l'on a un journaliste à l'éducation et vingt journalistes aux sports, il y a simplement un problème de répartition des effectifs et un choix implicite des contenus de l'information est fait à ce moment-là. On peut dire que le contenu c'est ce que le journaliste écrit. S'il est seul pour écrire, ce n'est pas comme s'ils étaient plusieurs dans un secteur donné. De sorte que la sensibilisation du public va être différente suivant que le public reçoit beaucoup d'informations dans un domaine donné ou pas. Et suivant que le public est plus ou moins sensibilisé on pourra dire que le public est plus ou moins intéressé à avoir ce type d'information ou un autre type. Il y a un phénomène d'enchaînement.
Il y a des postulats d'ordre économique aussi qui président à la diversification des effectifs. Si l'on dit qu'un journal doit être vendu et que pour être vendu, il doit avoir une large couverture de sports, il est évident que l'on mettra alors plus d'effectifs aux sports. Et l'on PRÉSUME que c'est le choix du lecteur qui est respecté».55
Ces propos de M. Jean-Claude Leclerc, éditorialiste au Devoir, résument bien l'influence de la répartition des effectifs sur le contenu de l'information qui sera publiée ou diffusée. En répartissant ses ressources techniques, humaines et financières, l'entreprise de presse détermine le type, la quantité et la qualité de l'information que recevra son public.
De quelle façon une entreprise de presse procède-t-elle à la répartition de ses ressources? Quels sont les critères lui permettant de légitimer les «privilèges» qu'elle accorde à certains secteurs? Il est bien difficile d'apporter des réponses précises à ces questions mais nous savons que les raisons sont d'ordre économique et politique. En général, les entreprises de presse n'ont pas à justifier les décisions qu'elles prennent. De plus, les cotes d'écoute et le tirage ne constituent pas des indicateurs susceptibles de mesurer le degré de satisfaction du public. Enfin, ils permettent encore moins de déceler les attentes et les besoins de la population en matière d'information.
Bref, la répartition des ressources pourrait être un mécanisme permettant à une entreprise de presse de façonner des représentations de la réalité conformes à ses intérêts ou aux intérêts globaux du système social existant. Pour mieux apprécier l'importance du mécanisme, voici successivement la répartition des effectifs journalistiques à Radio-Canada, ainsi qu'au quotidien La Presse et au Journal de Montréal.
À l'intérieur de la salle des nouvelles de Radio-Canada, l'équipe de journalistes affectée au téléjournal national est subdivisée comme suit:
il y a 4 reporters au Canada (Vancouver, Edmonton, Toronto, Halifax), 4 reporters à Montréal, 6 reporters à l'étranger (Londres, Paris, Bruxelles, Pékin, 2 à Washington), 5 reporters à Ottawa, 4 reporters à Québec, 1 reporter itinérant, 1 reporter à la condition féminine et aux affaires sociales, 1 reporter aux affaires économiques.
La répartition des effectifs à Radio-Canada relève plus d'une distribution géographique des journalistes que d'une affectation par secteur d'information. Elle est, en fait, tributaire de la politique d'information de la société Radio-Canada. Un des points du mandat général de Radio-Canada est de «contribuer au développement de l'unité nationale et (d') exprimer constamment la réalité canadienne». C'est donc en soumettant la répartition des effectifs à sa politique d'information que RadioCanada peut être assurée de remplir ses fonctions.
«Les structures de Radio-Canada sont calquées sur ses«visions canadiennes»; c'est dans l'emplacement desmoyens techniques, la distribution et l'emplacement descorrespondants qu'on voit les orientations de RadioCanada».56
Il nous apparaît évident qu'en affectant quatre journalistes dans diverses capitales du Canada, cinq à Ottawa, quatre à Québec et aucun dans les régions du Québec, alors que plus de 90% de l'auditoire est québécois, Radio-Canada privilégie ainsi un certain type d'informations déterminé par sa provenance. La première partie du téléjournal (le national) est une émission pancanadienne. Elle doit, en principe, donner de l'information sur les événements nationaux et internationaux de même que sur des situations importantes des différentes provinces. La deuxième partie du téléjournal est régionale; on ne diffuse dans celle-ci que des événements concernant la région.
«Certaines catégories de nouvelles provinciales (québécoises) ne trouvent pas leur place ni au national ni au régional. Il y a des bulletins régionaux de Québec, Montréal, Rimouski et Matane. Mais le système ne prévoit pas que les salles régionales «s'inter-alimentent» sur une base régulière. Il n'y a d'ailleurs pas de satellites entre Montréal et les régions du Québec. De même que certaines régions comme Trois-Rivières, Sherbrooke, l'Abitibi, et le Lac St-Jean n'ont pas leurs bulletins régionaux d'information».57
Le chef de pupitre, à qui l'on accorde la responsabilité de la confection du téléjournal, peut certes essayer de maintenir un certain équilibre. Toutefois, les structures de Radio-Canada, l'emplacement des moyens techniques, et la répartition des ressources humaines ont déjà déterminé en partie le type d'informations disponibles.
Voici un commentaire d'un journaliste de la salle des nouvelles de Radio-Canada, illustrant bien l'importance de ce mécanisme et l'utilisation qu'en fait la direction:
«(...) j'aimerais faire ressortir deux «décisions» prises au «sommet» de Radio-Canada, contre lesquelles d'ailleurs nous aurions été très mal placés pour protester. Il s'agit de l'augmentation des reporters à Ottawa et à Québec, décidée rapidement par la président de Radio-Canada au moment où au Québec on a parlé plus fort de «souveraineté». C'est également le président de Radio-Canada qui a décidé qu'on nommerait un reporter à la condition féminine. Nous avions tenté sans succès, au cours de plusieurs années, de faire augmenter le personnel, et le président décide seul d'une augmentation du personnel et même de «l'assignation» du ou des reporters.
Suite à cette réflexion du Canada sur le Québec qui veut devenir souverain, la Société Radio-Canada a permis de nommer deux reporters dits itinérants: ceux-ci devaientvoyager partout à travers le Canada, sauf au Québec,pour renseigner les Québécois sur ce qui se passe en dehors».58
La philosophie des cadres transparaît à travers ce type de décisions. Celle de nommer deux reporters «itinérants» a été prise au moment où le CRTC avait fait une enquête sur le contenu des bulletins d'information francophones de Radio-Canada et en avait déduit que le contenu n'était pas suffisamment «canadien». Depuis, vu l'insuccès de la formule, un poste de reporter «itinérant» a été transformé en un poste de reporter aux affaires économiques...
L'assignation des journalistes à La Presse se fait de deux façons. On assigne d'abord un journaliste à un secteur particulier et on l'affecte ensuite quotidiennement à la couverture d'un événement. La répartition des effectifs journalistiques par secteur est celle-ci:
Répartition des effectifs journalistiques à La Presse* |
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Secteurs |
No journalistes |
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Politique (provinciale, fédérale) |
23 |
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Sports |
18 |
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Vivre aujourd'hui (tourisme, mode, etc. |
14 |
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Informations générales |
13 |
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Arts et lettres (plus Télé-presse) |
12 |
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Économie et finances |
11 |
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Affaires sociales (santé, bien-être, éducation, affaires syndicales, etc.) |
10 |
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Faits divers |
10 |
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Affaires urbaines |
7 |
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Week-end |
5 |
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Éditorial |
4 |
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* Nous n'avons pas inclus dans ce tableau le personnel de soutien. Nous devons donc noter qu'il y a également un secteur «illustration» qui regroupe 23 personnes (graphistes, photographes, etc.). Les secteurs Arts et Lettres et Économie et Finance disposent respectivement de 4 et 2 employés de soutien. |
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La répartition des effectifs à l'intérieur de la salle de rédaction de La Presse est donc elle aussi significative. En décidant d'abord des secteurs à couvrir et ensuite de la proportion des journalistes qui y seront «consacrés», la direction de l'information nous révèle certaines de ses préoccupations. L'employeur investit beaucoup dans le secteur politique. Il faut noter toutefois que celui-ci regroupe les journalistes des bureaux de Toronto, Québec, Ottawa et Washington, ceux affectés à la «politique nationale» (à Montréal) et ceux à l'information étrangère. Le secteur des sports occupe le deuxième rang. On peut même le considérer comme aussi important que le premier étant donné que les effectifs sont regroupés à Montréal (il n'y a pas encore de bureau de sports à Québec et à Ottawa...) Les autres sujets de préoccupations seraient, dans l'ordre, le secteur Vivre aujourd'hui, (le tourisme et la mode), les informations générales, les arts et spectacles, etc. Les journalistes affectés aux affaires sociales dites «publiques» (santé, religion, éducation, bien-être, affaires syndicales) sont moins nombreux que ceux dont dispose la section des sports.
Cette répartition des ressources par secteur se répercute au niveau de l'espace dans le journal:
«À l'exception du mercredi et du samedi, le journal La Presse compte généralement quatre cahiers tous les jours; le premier (page une, politique provinciale et fédérale, éditorial, opinion du lecteur); le cahier des sports; celui de l'économie et enfin vivre aujourd'hui (consommation, mode, style de vie, etc.). Toutes les autres informations sont ventilées à l'intérieur de ces quatre cahiers. Ce sont les cadres patronaux qui décident seuls où seront placées les nouvelles de la journée ainsi que les chroniques régulières. Le travail de mise en page est quant à lui confié à des préposés au pupitre qui font, eux, partie du personnel syndiqué de la salle de rédaction».59
La répartition des effectifs au Journal de Montréal est, sans contredit, révélatrice des orientations que veulent donner le propriétaire et la direction de l'information à «leur» quotidien. Sur la soixantaine de journalistes de la salle de rédaction, les deux-tiers sont affectés à la couverture d'événements sportifs. Le tiers restant couvre généralement ce qu'on appelle les «nouvelles générales» et les spectacles. De plus, comme la salle de rédaction fonctionne avec un minimum de personnel, il n'y a pratiquement jamais de journalistes affectés à des dossiers. Il ne peut y avoir de gens immobilisés, ne serait-ce que pendant quelques jours, aux mêmes sujets.
«Pendant la dernière campagne électorale, il n'y avait que trois journalistes affectés à la couverture des élections. De plus, les journalistes ont dû discuter longtemps pour faire accepter à la direction l'utilité de suivre et de commenter la campagne électorale...»60
Même en ce qui concerne des sujets que la plupart des entreprises de presse jugent importants, la direction du Journal de Montréal hésite... Elle serait, semble-t-il, intervenue à quelques reprises pendant la campagne électorale. Les journalistes qui devaient en assurer la couverture n'avaient plus autant de latitude qu'habituellement...
Par une large couverture de faits divers à caractère sensationnel et la canalisation de ses ressources vers le secteur des sports, la direction de l'information du Journal de Montréal oriente, détermine et contrôle le contenu de l'information publiée.
En guise de conclusion, soulignons simplement que l'affectation des ressources est un des mécanismes les plus importants dont dispose une entreprise de presse pour vendre au public une interprétation de la réalité conforme à ses intérêts.
Note: Nous n'avons traité ici que de la répartition des ressources humaines en supposant qu'elle engendrait dans une large mesure l'affectation des ressources financières. Il serait toutefois intéressant, dans une étude plus détaillée, de voir la ventilation des effectifs économiques par secteur.
Les pouvoirs que se réserve la direction d'une entreprise quant à la sélection des candidats lors de l'embauche de nouveaux journalistes peuvent être une autre forme de contrôle de l'information.
Voici les modes de recrutement et les critères utilisés pour décider de retenir - ou de rejeter - les services d'un candidat.
Le mécanisme est très subtil et il est difficile d'en arriver à des conclusions précises avec les critères «officiellement» définis par la direction. On peut présumer que celle-ci ne se vanterait probablement pas d'avoir embauché des candidats pour des raisons d'ordre idéologique ou politique. Une étude de cas, si l'on avait accès aux dossiers de l'entreprise, permettrait d'y voir plus clair. Toutefois, à partir des données disponibles, il est possible de définir le pouvoir des directions à ce niveau et la façon dont elles peuvent l'utiliser pour exercer un éventuel «tamisage» de l'information.
Néanmoins, en cette période où l'embauche est restreinte, étant donné la surabondance de journalistes et la diminution du nombre de médias, on peut supposer que la sélection des candidats est très grande. Dans ce contexte, les directions d'entreprises de presse ont d'autant plus de possibilités d'embaucher un journaliste qui réponde à la fois aux critères professionnels et aux caractéristiques idéologiques et politiques du médium.
On a pu constater que généralement (dans les entreprises de presse où les journalistes sont syndiqués) les postes à combler sont affichés, dans un premier temps, à l'intérieur de l'entreprise. S'il n'y a pas de candidats retenus, le recrutement se fait à l'extérieur.
«À La Presse, le recrutement des journalistes s'effectue de deux façons. Lorsqu'un poste devient vacant à l'intérieur de la salle de rédaction et que personne ne lepostule, la direction de l'information peut approcher des candidats de l'extérieur qui occupent déjà un poste dans une autre boite. Cette manière de procéder est sans doute la plus usuelle. L'autre façon, qui est rarement utilisée, consiste à analyser les demandes d'emplois qui ont été faites et de choisir celui qui semble le plus apte à répondre aux exigences du poste vacant.
(...) Influence du propriétaire: il est rare que le propriétaire intervienne dans le recrutement du personnelsyndiqué. À notre connaissance, depuis que PaulDesmarais s'est porté acquéreur de La Presse, il n'y a pas eu de cas d'intervention directe. La chose est cependant possible. Par ailleurs, on imagine facilement que le propriétaire a son mot à dire relativement à la nomination de l'éditeur adjoint et du directeur de l'information».61
Les critères de sélection «officiellement» retenus sont évidemment des critères professionnels. On demande quelques années d'expérience (sauf dans les hebdos régionaux), une aptitude à exercer le métier («avoir le sens de la nouvelle») et parfois un diplôme universitaire. Les journalistes s'entendent pour dire que le principal critère connu est l'expérience que le candidat a acquise ailleurs. On veut habituellement des journalistes chevronnés. Il y a un avantage évident, pour la direction de l'information, à privilégier les journalistes qui ont fait leurs armes ailleurs. Au-delà du fait que quelques années d'expérience assurent une certaine compétence, la direction de l'information minimise les risques en retenant les services d'un tel candidat. D'abord parce que ce dernier devient immédiatement rentable. On n'a pas besoin de lui accorder une certaine période de démarrage pendant laquelle son rythme de production sera plus lent. Mais de plus, en embauchant un candidat avec expérience, la direction peut se référer au travail qu'il a accompli auparavant, elle peut évaluer quel type d'information ce journaliste produit. Elle peut jusqu'à un certain point vérifier si les tendances politiques du candidat sont conformes aux orientations idéologiques de l'entreprise. Elle évite ainsi les problèmes que peuvent poser les «jeunes» journalistes qui se révèlent parfois des professionnels redoutables après un certain temps.
Par ailleurs, la direction des entreprises de presse peut se prévaloir d'un autre moyen lui permettant d'exercer un contrôle sur l'information, en procédant à l'embauche de pigistes et de contractuels. Ces employés ne possèdent alors aucune sécurité d'emploi et peuvent difficilement s'unir et se syndiquer. Ils sont ainsi beaucoup plus sensibles aux pressions de la direction et doivent parfois faire preuve d'une certaine malléabilité s'ils veulent le renouvellement de leur contrat. De plus, ce type d'embauché permet une fluctuation des effectifs. La direction peut, dans ce cas, augmenter ou diminuer les ressources journalistiques à son gré.
On peut donc présumer, puisque le souci premier de l'entreprise n'est pas la qualité de l'information, qu'elle aura plutôt tendance à fonder son choix sur la vulnérabilité et la souplesse du candidat.
«Il (le propriétaire, par l'entremise de ses représentants à la direction du service de rédaction) a en effet complète discrétion sur l'engagement de nouveaux journalistes. Il est donc normal de comprendre que la nature et la qualité de cette embauche dépendront de la capacité plus ou moins grande de l'employeur de prendre à son service des journalistes de tendances diverses et de compétences différentes. À travers les nombreux tests (psychologiques, aptitudes, etc.) par lesquels le patron fait passer les candidats, il peut s'assurer de choisir les journalistes qui tendront le mieux à se conformer à ses politiques d'information».62
La direction préférera sans doute le journaliste qui fait une couverture moyenne mais se conforme à l'image publique du journal.
C'est l'employeur qui embauche, c'est donc lui qui choisit. Il y a bien des comités de sélection ou des comités d'embauché à caractère consultatif qui existent dans certaines entreprises.63 Cependant, comme pour tous les mécanismes importants, le cadre responsable de l'embauche peut exercer un droit de veto. Toutefois, les journalistes du secteur auquel sera affecté le candidat seraient probablement plus habilités à choisir quelqu'un dont les aptitudes et compétences compléteraient bien celles du personnel déjà en place. La marge d'arbitraire serait peut-être ainsi moins grande. Mais l'embauche est encore un droit de gérance discrétionnaire que conserve précieusement la direction d'une entreprise de presse.
C) Les systèmes de récompense, les promotions et les mutations
Tentons de voir si certaines directions utilisent un «système de récompenses» destiné à inciter les journalistes à se conformer à la politique éditoriale, ou plus globalement aux objectifs de l'entreprise de presse. Ce mécanisme aurait pour objectif de faire en sorte que la direction n'ait pas besoin de recourir à des interventions de type autoritaire. Et ce, en faisant miroiter un traitement préférentiel à certains journalistes dont les reportages correspondent aux attentes de la direction de l'information. Le mécanisme est difficilement perceptible.
En général, les journalistes que nous avons rencontrés dans différentes entreprises de presse ont révélé que, selon eux, il n'existait pas de système de récompenses comme tel. Mais un journaliste aura moins de problèmes, de notes de services, de mémos et de commentaires défavorables, si son travail se conforme aux objectifs de mise en marché de l'information de l'entreprise.
Il existe bien à Radio-Canada, un prix du président de Radio-Canada «pour un travail effectué de façon exceptionnelle». Toutefois, il ne s'adresse pas spécifiquement aux journalistes.
Les journalistes ont, par ailleurs, déploré que les promotions puissent s'accorder de façon plutôt arbitraire:
«La convention collective fait état de «qualités égales sur le plan de la connaissance, formation, capacités, aptitudes et possibilités», sans préciser davantage. L'évaluation de ces qualités est faite par l'employeur et si toutes les qualités sont égales, le choix se porte sur le candidat de l'unité de négociation quia le plus d'ancienneté. Lestentatives du syndicat pour faire primer l'ancienneté ont toujours été rejetées par l'employeur.
Est-il possible que la direction choisisse le candidat leplus souple, celui avec lequel elle risque le moins de problèmes? C'est possible mais il n'existe pas de preuve que ce soit le cas».64
«Elles (les clauses professionnelles de la convention collective sur les promotions et nominations) servent essentiellement de balises afin d'éviter que la direction puisse laisser libre cours à son arbitraire sans aucune contrainte comme l'obligation d'afficher les postes, les délais d'affichage, etc... Il est toutefois de notoriété publique que la direction de la rédaction n'affiche un poste qu'une fois qu'elle a trouvé «son» candidat. Le syndicat a déjà «scoopé» le dévoilement d'une nomination de l'employeur le jour de l'affichage d'un nouveau poste.
C'est une pratique évidemment condamnable puisqueles dés sont toujours pipés. Les gens ne postulent plus comme par le passé; ils sont résignés».65
Il en va des nominations ou mutations comme des promotions: une large marge d'arbitraire joue en faveur de la direction. Un syndicat peut difficilement intervenir parce qu'un de ses membres a eu une promotion ou est muté à un secteur plus intéressant. Il reste que si un cas de promotion ou nomination se présente et lèse l'ensemble des journalistes, le syndicat interviendra plus facilement. Si un journaliste a été promu parce qu'il est plus sensible aux pressions de la direction mais s'il a toutefois une expérience pertinente et satisfaisante, la preuve est difficile à établir. C'est un phénomène, nous dit-on, qui «se sent et qui se sait», mais dont on parle peu.
Toutefois, ces traitements préférentiels, ces moyens d'encouragement, cette normalisation souhaitée des comportements ont un effet sur le contenu de l'information en entraînant des phénomènes comme le mimétisme et l'autocensure.
Les phénomènes de mimétisme et d'autocensure ne sont pas mesurables. Les différents mécanismes de contrôle dont nous avons traité déterminent largement le contenu de l'information que l'entreprise de presse veut transmettre au public. Mais, ils ont aussi pour conséquence, comme nous le faisions remarquer plus haut, de tracer des corridors de manoeuvre à l'intérieur desquels les journalistes peuvent se mouvoir avec l'accord tacite de la direction de l'information. De même, une structure organisationnelle complexe, comme celle de RadioCanada par exemple, crée un climat non propice à la collaboration entre employés. «Dans ce milieu de compétition, où la hiérarchie est longue, un employé sera porté à se valoriser vis-à-vis son supérieur immédiat». Les journalistes n'échappent pas toujours à l'effet des mécanismes auxquels on les soumet.
Par ailleurs, si l'employé ne se conforme pas à la politique de l'entreprise, il y a diverses façons de provoquer l'autocensure et le mimétisme. Dans la plupart des entreprises de presse, on adresse des commentaires aux journalistes. Ainsi, ces derniers, suite à leurs reportages, peuvent recevoir des avis de convocation, des «mémos» ou des notes de services de la direction où celle-ci commente le travail effectué. La direction peut même recourir à cette procédure pour laisser entendre aux chefs de pupitre qu'elle n'approuve pas les décisions qu'ils ont prises. On leur demande alors, pourquoi ils n'ont pas «misé» sur tel événement, pour quelles raisons ils n'ont pas «joué» telle nouvelle en première page.66
Par expérience, les journalistes savent ce qui sera «coupé» dans leur article, ce qui ne sera pas diffusé et ce qui sera carrément jeté au panier, sous prétexte d'un manque d'espace ou de temps. Ils sont aussi en mesure d'évaluer le type d'information qui entraînera un avis de la direction. Or, selon la capacité de résistance d'un journaliste ou de son degré de résignation, il pratiquera ou non l'autocensure. Par conséquent, cette façon de procéder engendre, dans certains cas, le développement d'un phénomène de mimétisme. Suite à des «incidents», certains journalistes préféreront exécuter un travail s'harmonisant avec la politique éditoriale de l'entreprise.
À Radio-Canada, le phénomène a pu se produire. Nous pensons ici à la situation qu'avaient provoquée, il y a environ deux ans, quelques ministres fédéraux en accusant certains journalistes de Radio-Canada «d'indépendantisme» et de malhonnêteté journalistique. Le premier ministre de l'époque avait nommé une commission d'enquête.
«L'enquête commandée par le gouvernement fédéral auConseil de la radiotélévision canadienne (CRTC) sur la «propagande séparatiste» à Radio-Canada avait déjà atteint son but avant même de commencer, en créantune certaine psychose chez certains journalistes oucadres facilement insécures, les rendant beaucoup plusprudents, les incitant parfois à s'abstenir plutôt qued'aborder des sujets politiquement délicats pouvant leur attirer les foudres des censeurs canadiens».67
Or, même si le CRTC n'a remis qu'un rapport bien mince sur le sujet et concluait à un non-lieu en juillet 1977,68 le but de l'opération était atteint. Les ministres avaient provoqué la direction de Radio-Canada a resserrer ses contrôles internes et les journalistes à s'autocensurer.
C'est ainsi que certains sujets deviennent tabous. L'information est alors plus «officielle», moins «risquée» et donc moins dynamique. Le phénomène de mimétisme engendre à son tour une homogénéisation et une uniformisation de l'information.
Essayons de voir comment l'espace (ou le temps) qu'on accorde à la publicité peut influencer l'information qui nous est transmise.
Dans la presse écrite, la publicité affecte d'abord la quantité d'information. Effectivement, c'est le volume de réclames publicitaires achetées par diverses entreprises qui détermine l'espace accordé à la matière rédactionnelle. De plus, la publicité délimite, en partie, l'emplacement des articles et des reportages. L'espace «consacré» à la publicité est déjà réservé sur les maquettes au moment où le préposé à la mise en page doit effectuer son travail. Comme la publicité occupe en moyenne de 60 à 65% de l'espace total et est souvent placée de manière stratégique, la matière dite à lire occupe la place «restante».
Par ailleurs, certains secteurs de l'information, comme les pages de tourisme, de modes et de spectacles, doivent leur existence à un marché publicitaire...
«...une section «HABITAT» au Soleil a été créée pour répondre ou mieux servir de support à un marché publicitaire toujours plus important. La meilleure preuve en est que le nombre de pages de cette section suit les fluctuations saisonnières de ce marché. C'est aussi le cas des pages de tourisme. Il en est évidemment de même, mais à un moindre degré, des sections comme les Arts et Spectacles et les Sports, qui eux, aussi peuvent à la fois générer des revenus publicitaires et leur servir en même temps de support rédactionnel».69
Mises à part les pages de sports, de tourisme, de mode et de spectacles, il est impossible, dans le cadre de cette étude, de déceler les influences directes de la publicité sur le contenu même de l'information. Une recherche plus poussée, procédant à une étude systématique de contenu, serait nécessaire. Il semblerait toutefois que la situation soit différente dans les petits postes de radio où les employeurs ont tendance à accorder une place privilégiée aux messages publicitaires. Ce problème était soulevé, entre autres, par un journaliste de CKRS.
«En règle générale, nous arrivons à trouver un terraind'entente pour accorder la place qui revient à l'information. Toutefois, les journalistes et le syndicat doivent faire preuve d'une constante vigilance, puisque l'employeur a toujours un penchant à faire passer lapublicité au premier rang et cela quelques fois au détriment de l'information. Car, dans un poste privé,l'employeur considère trop souvent l'information comme non-rentable, y accordant alors un second rang dans sa programmation».70
Il faut ainsi tenir compte que la publicité représente pour les entreprises de presse privées leur principale source de revenus. On peut donc présumer que la direction d'une telle entreprise est sensible aux pressions de ses «vrais clients».
Par ailleurs, la plupart des conventions collectives des journalistes protègent maintenant ces derniers face aux pressions des clients de leurs employeurs. Généralement, une clause établit que l'employé ne peut, après la couverture qu'il a faite, rédiger des textes commerciaux ou publicitaires. De plus, l'employeur doit identifier tous les textes ou les illustrations publicitaires de façon à permettre aux lecteurs de faire la distinction entre la matière «dite à lire» et la matière publicitaire. Généralement il est aussi stipulé que le responsable de la publicité ou de la promotion ne peut intervenir directement auprès des journalistes autrement que par la direction de la rédaction.
Ces clauses professionnelles auraient, semble-t-il, pour objectif de limiter l'influence éventuelle de la publicité sur l'information.
Mentionnons enfin un dernier facteur qui pourrait constituer un tamisage du type d'information transmise. Il s'agirait d'un boycottage, concerté ou non, exercé par les sociétés de publicité, d'un médium d'information. En effet, en décidant de ne pas acheter les lignes publicitaires d'un journal, ces acheteurs potentiels détermineraient les possibilités de survie du médium en question. Nous pensons bien sûr au cas des journaux Québec-Presse et Le Jour.
La convention collective est le seul outil dont disposent les journalistes pour faire respecter une certaine liberté d'information. Les conventions collectives des syndicats affiliés à la Fédération Nationale des Communications (FNC-CSN) comportent un article consacré aux conditions de travail professionnel. Ces clauses dites «professionnelles» contiennent des dispositions sur la liberté d'information et doivent théoriquement permettre la limitation des interventions directes de la direction.71 Nous allons, à titre d'exemple, analyser l'article 7 de la convention collective des journalistes du Soleil. Non qu'elle soit la plus représentative mais elle est une des plus complètes et nous permettra d'évaluer dans quelle mesure les clauses professionnelles sont un instrument pour protéger la liberté d'information.
La première clause de l'article 7 de la convention collective du Soleil reprend la Déclaration universelle des Droits de l'Homme votée en 1948, par les NationsUnies.72 Des alinéas reconnaissent les positions de principes suivantes: le droit du public à l'information, la liberté d'opinion et d'expression, le libre exercice de la profession de journaliste et le libre exercice du droit de l'Éditeur. Une autre clause établit l'indépendance professionnelle des journalistes. Il est également stipulé que la direction de la rédaction ne peut apporter dans un texte des modifications de nature à en changer le sens, sans avoir au préalable obtenu l'assentiment de l'auteur. Si après avoir fait tous les efforts pour consulter le journaliste, elle n'arrive pas à le contacter (ou s'il n'est pas d'accord avec les modifications proposées) elle peut faire les réaménagements désirés, publier l'article mais elle doit retirer la signature de l'auteur. De plus, on spécifie que «le mandat du journaliste ne comporte pas l'obligation de suivre le contenu de la politique éditoriale». Il y a enfin les diverses clauses relatives à la publicité dont nous avons déjà traité.
Donc, si l'employeur intervient au mépris des dispositions de la convention collective, les employés, à partir de ces clauses, peuvent loger un grief.
«Il est toutefois extrêmement important de noter que la procédure de grief en est une longue et coûteuse. Souvent l'employeur va transgresser les dispositions de la convention collective parce qu'il sait que le syndicat et le journaliste n'ont de recours qu'une fois que le mal (censure, rétention d'information, modifications de textes) a été fait et que le journal aura été publié».73
Les clauses professionnelles ont essentiellement pour fonction de freiner les «abus de pouvoir» de la direction ou du propriétaire de l'entreprise. Elles protègent dans une certaine mesure les journalistes de l'arbitraire de leurs supérieurs. Mais même ces droits arrachés de haute lutte par les syndicats ne sauraient résorber de manière efficace la latitude que les directions se réservent pour infléchir, d'une façon ou d'une autre, le contenu de l'information.
Quant aux clauses reconnaissant le principe de la liberté d'information, nous sommes en mesure d'apprécier, à cette étape de la recherche, dans quelle mesure les employeurs en tiennent compte.
Enfin, terminons en citant un article éloquent de la convention collective du syndicat des journalistes de La Presse. Il illustre bien les pouvoirs que l'employeur se réserve. On le retrouve au chapitre intitulé «Les droits et obligations de l'employeur».
«Sous réserve des restrictions contenues dans laprésente convention collective, le syndicat reconnaît que les droits et obligations de l'employeur sont d'organiser, d'opérer, de diriger, de prévoir, de commander, de coordonner, de contrôler, de limiter ou de cesser les opérations de l'entreprise, de décider de son orientation idéologique (publiée le 9 décembre 1972) et d'établir les méthodes de publication, d'édition et d'impression».74
La présente étude portait sur l'identification et l'analyse des mécanismes de contrôle et de sélection de l'information à l'intérieur de quelques entreprises de presse. Cette démarche nous a permis d'évaluer l'influence des dirigeants de ces entreprises dans le processus de «mise en marché» de l'information. Les résultats de la recherche nous amènent aux constatations suivantes.
La politique d'information d'une entreprise est le cadre global où s'effectue le travail des journalistes. Cette politique n'est généralement pas définie de manière explicite et empêche souvent de cerner la logique d'ensemble de l'information diffusée par un média précis. Obliger une entreprise de presse à définir explicitement dans un texte sa politique d'information contribuerait à démystifier les objectifs poursuivis par les propriétaires de ces entreprises.
Par ailleurs, l'organisation du travail à l'intérieur d'une salle de rédaction par la mise en place d'une structure hiérarchique d'autorité constitue le premier instrument de sélection de l'information. En créant une division verticale du travail, la structure d'autorité assure aux dirigeants de l'entreprise un contrôle constant sur la sélection et la diffusion des informations. Les mécanismes décisionnels sont condensés entre les mains de quelques individus. De plus, une telle organisation autoritaire instaure une méfiance au sein de la salle de rédaction ayant pour effet de restreindre toutes initiatives ou toutes contestations éventuelles provenant de la base.
Nous avons identifié dans une deuxième partie, quatre mécanismes de contrôle de l'information. Ainsi, nous avons pu constater que c'est en décidant de la répartition à long terme de ses ressources humaines, financières et techniques que l'entreprise de presse établit le type, la quantité et la qualité de l'information disponible. Dès le départ, cette répartition des ressources, conformes aux politiques d'information des entreprises de presse jouera le rôle d'un prisme déformant la réalité.
D'autre part, le recrutement et l'embauche constituent également des moyens de contrôle. L'employeur, en demeurant le seul responsable de l'embauche, a le pouvoir de choisir le candidat et le loisir d'embaucher celui qui correspond aux orientations et objectifs de son entreprise. Enfin, une politique du personnel se résumant à des mémos, à des avis de convocations et à des commentaires aux journalistes sur leur travail quotidien, engendre des phénomènes de mimétisme et d'autocensure. En générai, ces derniers se traduisent par une uniformisation de l'information.
Ainsi, nous présumons que la mise en place de ces mécanismes organisationnels raffinés et subtils dispense les dirigeants d'entreprises de presse de recourir trop souvent à des interventions directes et autoritaires. La censure existe toujours mais on n'utilise ce type d'intervention qu'en dernière instance (plus particulièrement dans les situations de crise). En réduisant le nombre de cas de censure, on limite les tensions entre employés et dirigeants, ces dernières, bien entendu, étant plus que nuisibles aux objectifs de l'entreprise. Par ailleurs, on peut toujours dénoncer un cas de censure, tandis qu'un mécanisme anodin de planification demeure une façon plus subtile de contrôler l'information.
Bref, ces différents mécanismes de sélection et de contrôle dont disposent les entreprises de presse leur assurent que l'information transmise au public est généralement conforme aux objectifs de l'entreprise et aux intérêts globaux du système social existant. Les informations ne constituent pas le reflet des événements. Elles sont une interprétation de la réalité sociale qui obéit aux critères définis par les entreprises de presse. Ces dernières ont un rôle politique bien précis à jouer. Elles sont subordonnées aux systèmes politique et économique et ont pour principale fonction de maintenir l'ordre établi.
La nature privée des entreprises de presse est incompatible avec le droit du public à une information honnête, complète et diversifiée. La liberté d'information est certes un but proclamé par les entreprises de presse, mais la pratique dément ces intentions. Quelle est la voie à suivre pour libérer la presse de tout contrôle étatique et privé et ainsi établir une libre circulation des informations? Nous n'avons pas de réponse précise à cette question.
Toutefois, nous espérons que ce document, aussi incomplet soit-il, puisse engendrer une réflexion sur le fonctionnement des entreprises de presse et contribuera à démystifier les rôles et les fonctions de ces dernières.
Ainsi, nous croyons qu'une des solutions réside dans la déprofessionnalisation du métier de journaliste. Il serait important que les classes populaires, dans leur milieu de travail ou dans leur quartier, se donnent des instruments pour faire circuler les informations qui les intéressent.
Si l'information est une arme dont certains disposent pour façonner nos opinions et modeler nos comportements, nous devons promouvoir la libre circulation des informations et la diversité d'expressions. Dans cette perspective, nous devons poursuivre une démarche de réflexion et d'analyse et approfondir la critique de la presse institutionnelle afin de gruger les droits de cette minorité qui nous informe. Il est maintenant urgent de formuler des revendications concrètes et précises permettant d'ouvrir des brèches dans ces structures si parfaites pour ceux qui veulent nous garder dans l'ignorance.
ALLAIRE, Yvan, MILLER Roger-Emile et DELL'ANIELLO Paul: L'entreprise de presse et la liberté d'information, le cas de La Presse et de Power Corporation. Commission royale d'enquête sur les groupements de société. Étude numéro 23, août 1977.
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COMITÉ SÉNATORIAL D'ENQUÊTE SUR LES MASSMÉDIA: Les mass media, tome III, Bons, mauvais ou simplement inévitables?, Étude commandée par le comité spécial du Sénat sur les moyens de communications de masse, Ottawa, 1970.
COMMISSION INTERNATIONALE D'ÉTUDE SUR LES PROBLÈMES DE LA COMMUNICATION: De la libertéde l'information à la circulation libre et équilibrée de l'information, UNESCO, 1979.
Rapport intérimaire sur les problèmes de la communication dans la société moderne, UNESCO, 1979.
Entraves à la libre circulation de l'information (par Frank GILES, rédacteur en chef adjoint de «The Sunday Times», Londres), UNESCO, 1979.
CONSEIL DE LA RADIODIFFUSION ET DES TÉLÉCOMMUNICATIONS CANADIENNES (CRTC): Une analyse de contenu: Similitudes et différences entre les nouvelles des réseaux français et anglais de la Société Radio-Canada, Comité d'enquête sur le service national de radiodiffusion, document de recherche, Ottawa, juillet 1977.
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Will, Nicolas: Essai sur la presse et le capital, 10/18, Paris, 1976.
Politique Aujourd'hui; Numéro sur les mass-media: Mass-Media: Pouvoir et contre-pouvoir.
Questionnaire
1. Pouvez-vous établir la structure d'autorité au sein de la «direction de l'information» de votre milieu de travail?
2. Qui décide, en dernier ressort, de la politique générale de l'information à l'intérieur de votre entreprise?
• Quelle est cette politique?
3. Qui décide de la grille horaire des émissions (s'il y a lieu)?
Qui détermine la place accordée aux chroniques: politique, économique, sociale, syndicale, etc.?
En fonction de quels critères est effectuée la répartition des rubriques (ou la grille horaire des émissions)?
4. Comment recrute-t-on les journalistes de l'information et le personnel de direction?
5. Pourriez-vous définir la politique du personnel qui prévaut dans votre milieu de travail?
6. Quels sont les mécanismes prévus à la convention collective pour sauvegarder la liberté d'information et limiter les interventions de la direction?
7. Quels sont les mécanisme quotidiens de prise de décisions?
8. Comment s'effectue la répartition des tâches dans l'activité quotidienne de l'entreprise de presse ou de diffusion radio-télévisée?
• Quel est le rôle de l'«affectateur» (s'il y a lieu)?
9. Comment se fait la sélection finale de l'information à publier ou à diffuser (selon le cas)?
10. Indiquez des manifestations d'interventions directes pour influencer le contenu de l'information
Recherche et rédaction:
Sylvie Desjardins
Portrait de la concentration dans la presse écrite au Canada
Michel Dubé
La propriété des médias électroniques
Coordination de la recherche:
Jorge Niosi
Département sociologie (UQUAM)
Groupe de travail sur les communications
ICEA avec la collaboration du Service de l'éducation permanente de l'Université du Québec à Montréal
Secrétariat:
Institut canadien d'éducation des adultes
Aujourd'hui, la tendance à la monopolisation dans tous les secteurs de l'activité économique ne cesse d'inquiéter une part grandissante de la population. L'industrie des mass-médias n'échappe pas à ce phénomène. À première vue, le nombre de journaux, de postes de télévision, de radios et de câbles existants au Canada, laisse croire à une très grande diversité des sources d'information, dans les faits il en va cependant autrement. La concentration croissante des entreprises de presse, conduit nécessairement à une centralisation des opérations, et des salles de rédaction, entraînant ainsi une réduction alarmante des sources d'informations. Le droit du public à une information diversifiée est ainsi compromis par la concentration de la presse.
Ce texte se limite à situer l'ampleur du phénomène; quant aux effets de la concentration vers le contenu de l'information, cela fera l'objet d'une étude ultérieure. Nous évaluerons d'abord l'importance de la concentration dans la presse écrite au Québec et au Canada en rapport avec la propriété des journaux, leur tirage et la région dans laquelle ils sont distribués. Ces trois variables nous permettront en effet d'identifier les groupes dominants dans ce secteur. Par la suite nous établirons le type et la forme de contrôle exercés à l'intérieur des groupes étudiés. Enfin nous tenterons d'identifier les principaux liens de parenté de ces entreprises avec les autres entreprises dans différents secteurs, pour mieux situer leur importance dans l'économie canadienne.
Avant d'aborder le coeur du sujet il nous faut définir les principaux concepts utilisés et préciser notre démarche méthodologique.
La concentration est devenue un phénomène inhérent au système capitaliste et elle touche toutes les branches de l'économie. Généralement, quand on parle du phénomène de la concentration (qui se divise en deux composantes, la concentration proprement dite et la centralisation) on fait référence au processus par lequel les entreprises deviennent de plus en plus grandes et de moins en moins nombreuses.
Il est très difficile de mesurer la concentration et plus encore si l'on considère qu'elle peut s'apprécier à trois niveaux: la concentration technique de l'établissement (lieu de production); la concentration économique des entreprises ou firmes (regroupement d'établissement sous une même direction); et enfin, la concentration financière de groupes d'entreprises (filiales, participations minoritaires, etc.). Actuellement, l'entreprise traditionnelle est dépassée et la notion de groupe est beaucoup plus significative pour mesurer la concentration. Dans notre étude, groupe signifiera toute entreprise possédant au moins deux unités de communication (quotidiens pour le Canada, quotidiens et hebdomadaires pour le Québec) exploitées dans plus d'une région.
D'autre part, pour mesurer la concentration dans un secteur et déterminer l'importance des groupes étudiés, il est primordial d'analyser le marché desservi par ces groupes, tant au niveau national que régional, ce, pour mieux déterminer les différents degrés de concentration: maximum, lorsque nous retrouvons une situation de monopole, (une seule entreprise contrôlant tout un secteur); moyen, dans le cas d'un oligopole, (marché divisé entre deux et huit entreprises); et enfin, absence de concentration ou situation concurrentielle (chaque entreprise appartenant à un propriétaire différent).
Enfin, la concentration peut prendre diverses formes: horizontale, quand une entreprise prend le contrôle de tout un secteur productif; verticale, quand une entreprise intègre d'autres entreprises dont la production est connexe (matières premières, production, distribution); conglomérale: «Un conglomérat est une société industrielle sous direction unique, mais à activités multiples et très diversifiées». Notons que ces activités sont souvent sans rapport entre elles. Enfin, le holding est une autre forme de concentration, financière celle-là: II cherche à prendre le contrôle de sociétés industrielles ou commerciales.
Nous nous sommes servis de 3 mesures pour déterminer avec précision le degré de concentration dans la presse écrite canadienne. Le recoupement de ces trois mesures nous a permis d'avoir une vision plus claire du phénomène.
Pour le Canada, nous étudierons exclusivement les quotidiens alors que pour le Québec nous verrons également les hebdomadaires nationaux et régionaux.
Il est essentiel de connaître l'étendue de la population touchée par cette industrie. En effet, les chiffres concernant la diffusion des journaux d'un groupe sont des données plus significatives que le nombre de journaux possédés, car ils nous permettent de mieux cerner l'influence exercée par ce groupe. Ainsi, un groupe possédant trente-six journaux, comme c'est le cas de Thomson Newspapers Limited (que nous étudierons plus loin), et ayant une diffusion totale quotidienne de 525518 exemplaires, exerce une influence moindre que le groupe Southam Press possédant seulement quatorze journaux mais dont la diffusion atteint 1 244 806 exemplaires.
Le regroupement continuel d'entreprises au moins d'un nombre de plus en plus restreint de propriétaires est un processus de centralisation. Poussé à sa limite, il aboutirait à la formation d'un monopole dans chaque branche de production, et par la suite a la formation d'un gigantesque monopole national.
Pour étudier le phénomène de la centralisation, nous allons déterminer qui sont les propriétaires et les détenteurs du contrôle des groupes qui nous intéressent.
Le ou les principaux actionnaires d'une compagnie sont ceux qui en possèdent le contrôle puisqu'ils ont le privilège de nommer les personnes siégeant au conseil d'administration.
Jorge Niosi, auteur du volume Le Contrôle financier du capitalisme canadien dont nous nous sommes inspirés pour définir la notion de contrôle, note qu'il existe plusieurs formes de contrôle: (contrôle financier ou non financier, interne, familial, individuel, institutionnel) de même que différents types de contrôle: (contrôle privé ou quasi-absolu lorsque le principal actionnaire détient plus de 80% des actions; contrôle majoritaire, soit entre 50 et 80% des actions; contrôle minoritaire, soit entre 5 et 50% des actions; contrôle interne, lorsqu'aucun individu, groupe ou famille détient plus de 5% des actions, le contrôle appartient alors aux administrateurs).
Pour déterminer les formes et les types de contrôle à l'intérieur des compagnies étudiées, nous nous servirons donc des pourcentages d'action votantes détenues par les principaux actionnaires.
Les données disponibles nous ont permis de connaître les propriétaires et les détenteurs du contrôle des entreprises publiques, parce que leurs actions sont cotées en bourse. Mais pour les entreprises privées il n'existe aucune réglementation gouvernementale (comme c'est le cas aux États-Unis) les obligeant à publier leurs états financiers annuels et la détention des actions, sauf si leur revenu annuel excède dix millions ou si leur actif excède cinq millions. Les seuls renseignements que nous ayons pour ces entreprises sont une liste des journaux possédés par chacune et le tirage de ces derniers.
a) La concentration financière: les groupes
En 1914, il existait à travers le Canada cent trente-huit quotidiens appartenant à autant de propriétaires. Au fil des ans, plusieurs fusions d'entreprises ont eu lieu dans ce secteur. Ainsi, en 1966 seulement soixante-trois éditeurs se départageaient la propriété des cent dix quotidiens canadiens. Autour des années soixante-dix des groupes se forment et s'approprient de nombreux journaux. Comme le montre le tableau suivant, en 1970 quatorze groupes contrôlent les deux tiers des cent seize quotidiens du Canada, soit 77. Trois groupes important se démarquent alors des autres par le nombre de journaux détenus: Thomson Newspapers Limited en possède trente Southam Press, onze et F.P. Publications, huit. À eux seuls, ils contrôlent une cinquantaine de journaux.
NOMBRE DE JOURNAUX PUBLIÉS PAR DES PROPRIÉTAIRES FAISANT PARTIE DES GROUPES EN 1970 ET 1979, CANADA
|
1970 |
1979 |
|
|
Thomson Newspapers |
30 |
36 |
|
Southam Press |
11(1) |
14 |
|
F.P. Publications* |
8 |
10 (2) |
|
Black, Radier et White |
- |
9 |
|
Irving |
5 |
5 |
|
Desmarais, Parisien, Francoeur |
4 |
4 |
|
Columbian |
4 |
4 |
|
Bowes |
3 |
2 |
|
Star de Toronto (Torstar) |
2 |
2 |
|
Sifton |
2 |
2 |
|
Péladeau |
2 |
2 |
|
Succession Dingman |
2 |
- |
|
Green |
2 |
- |
|
Telegram |
1 |
- |
|
Montreal Star |
1 |
- |
|
Total |
77 sur 116 |
90 sur 127 |
|
Sources:Les données pour 1970 proviennent du Rapport Davey -Vol. Il, p. 62. Les données pour 1979 ont été recueillies dans le CANADIAN ADVERTISING RATES AND DATA juillet 1979. (*) Il est fortement question que le groupe F.P. Publications passesous l'emprise du groupe Thomson Newspapers.Les étapes finalesdu transfert devaient se terminer en juin 1980. (1)Détient aussi un intérêt minoritaire considérable dans le LONDON FREE PRESS, le KITCHENER-WATERLOO RECORD et le BRANDON SUN. In Rapport Davey, p. 62. (2)Le SUN DE BRANDON a été inclu dans le nombre de journaux appartenant à F.P. Publications parce que le SUN PUBLISHING CO.qui édite ce journal est détenu à 86,6% par F.P.Publications. |
Depuis ce temps, la tendance à la concentration n'a pas cessé de se manifester. Actuellement, on dénombre 11 groupes possédant 90 des 127 quotidiens publiés au Canada, soit une proportion de 70,8%.
Le tableau précédent nous indique également que le portrait des groupes présents en 1970 s'est sensiblement transformé au cours de la dernière décennie. Quatre groupes sont disparus (Telegram, Green, Succession Dingman et Montreal Star), tandis qu'un nouvel arrivé, le groupe Black, Radier et White, a fait une importante percée en s'appropriant ou en créant 9 quotidiens. D'autre part, exception faite de ce dernier groupe, seuls les groupes les plus importants en 1970, soit Southam Press, F.P. Publications et Thomson Newspapers ont réussi à agrandir leur empire en augmentant le nombre de journaux sous leur contrôle, Thomson Newspapers possède maintenant 36 journaux. Southam Press 14 et F.P. Publications 10. Les autres groupes dont le nombre de journaux possédés est demeuré le même ou a baissé, sont tous propriétaires de cinq journaux au moins. Ce sont donc des groupes de moindre importance en ce qui a trait à la propriété des journaux.
b) La concentration selon le tirage
Si la réduction du nombre de propriétaires de journaux ainsi que la croissance des groupes de presse sont des indications fort significatives de la centralisation et de la concentration dans le secteur de la presse écrite, les données relatives à la diffusion de ces mêmes journaux le sont davantage. Ainsi, la puissance respective des groupes de presse et le degré de centralisation s'évaluent avec plus de précision par la proportion de copies de journaux vendus par les groupes, que par le nombre de journaux qu'ils détiennent.
Comme l'indique le prochain tableau, à la lumière des chiffres concernant la diffusion des quotidiens, deux groupes se distinguent nettement des autres, soit Southam Press et F.P. Publications. Ils cumulent à eux seuls 36,2% du tirage de tous les quotidiens du Canada pour l'année 1969. Cette proportion s'élève à 59,9% pour les cinq plus grands groupes réunis: F.P. Publications (18,2%) Southam Press (18%) - Thomson Newspapers (8,5%) Star de Toronto (8,4%) et Desmarais (6,8%). Cette même année l'ensemble des groupes de presse publie 77% de tous les exemplaires de journaux vendus quotidiennement, soit 3,6 millions de copies sur 4,7 millions.
L'utilisation des chiffres sur la diffusion des journaux permet une meilleure appréciation de la puissance respective des groupes. Ainsi Thomson Newspapers, qui est le groupe le plus important quant aux journaux possédés, se classe en troisième place au niveau du tirage. Ce groupe possède plus d'unités de journaux que Southam Press et F.P. Publications réunis, mais ne détient que 8,5% du tirage de tous les quotidiens du Canada, alors que ses deux concurrents en raflent chacun plus du double. Ayant respectivement moins de 6% mais plus de 1 % de la diffusion des quotidiens en 1969, les groupes Telegram (5,2%) Star de Montréal (4,2%) Sifton (2,5%) Irving (2,2%) et Péladeau (1,3%) ont une certaine importance. Enfin, les quatre derniers groupes avec moins de 1 % du marché chacun sont marginaux.
DIFFUSION DES QUOTIDIENS EN 1969 AU CANADA
|
Groupe |
Diffusion |
Proportion de la diffusion totale canadienne |
||
|
F.P.Publication |
855170 |
18,2 |
||
|
Southam Press |
849364 |
18,0 |
36,2 |
|
|
Thomson |
400615 |
8,5 |
44,7 |
|
|
Star de Toronto (Torstar) |
395 210 |
8,4 |
53,1 |
|
|
Desmarais, Parisien, Francoeur |
319770 |
6,8 |
59,9 |
|
|
Telegram |
242805 |
5,2 |
65,1 |
|
|
Star de Montréal |
195696 |
4,2 |
69,3 |
|
|
Sifton |
115785 |
2,5 |
71,8 |
|
|
Irving |
104442 |
2,2 |
74,0 |
|
|
Péladeau |
60045 |
1,3 |
75,3 |
|
|
Columbian |
26525 |
0,6 |
75,9 |
|
|
Succession Dingman |
21298 |
0,5 |
76,4 |
|
|
Green |
15142 |
0,3 |
76,7 |
|
|
Bowes |
12487 |
0,3 |
77,0 |
|
|
Diffusion totale des groupes |
3614354 |
77,0 |
||
|
Diffusion totale canadienne |
4710865 |
|||
|
DIFFUSION DES QUOTIDIENS |
EN 1979 AU CANADA |
|||
|
Southam Press |
1244806 |
26,76 |
||
|
F.P. Publications |
1 128332 |
20,63 |
43,3 |
|
|
Thomson Newspapers |
525518 |
9,61 |
53,0 |
|
|
Star de Toronto (Torstar) |
505800 |
9,25 |
62,5 |
|
|
Péladeau |
371341 |
6,79 |
69,0 |
|
|
Desmarais |
279564 |
5,11 |
74,1 |
|
|
Irving |
129871 |
2,37 |
76,4 |
|
|
Sifton |
119336 |
2,18 |
78,5 |
|
|
Black, Radier et White |
46407 |
0,84 |
79,4 |
|
|
Columbian |
39009 |
0,71 |
80,1 |
|
|
Bowes |
12025 |
0,21 |
80,3 |
|
|
Diffusion totale des groupes |
4402009 |
80,46 |
||
|
Diffusion totale canadienne |
5466943 |
|||
Sources: Les données pour l'année 1969 proviennent du Rapport Davey, Volume II, p. 65. Les données pour l'année 1979 proviennent du CANADIAN ADVERTISING RATES AND DATA, juillet 1979.
L'analyse comparative des données de 1969 et 1979 du tableau précédent nous amène à faire trois constatations: 1) le nombre de groupes a diminué, passant de 14 à 11; 2) le tirage total des quotidiens a augmenté et s'élève maintenant à 5,4 millions de copies, au lieu des 4,7 millions de 1969; 3) parallèlement à cette augmentation, la part de la diffusion sous contrôle des groupes s'est accrue, atteignant 80,4% du tirage total, soit 4,4 millions d'exemplaires.
Cette centralisation et cette concentration accrues, ainsi que l'élargissement du marché, n'ont cependant profité qu'à certains groupes. C'est le groupe Péladeau qui accuse la plus forte augmentation: sa part du tirage total s'élève maintenant à 6,7% alors qu'elle n'était que de 1,3% en 1969. Cette progression qui n'est probablement pas étrangère aux grèves à La Presse, au Montréal-Matin et au Soleil et au type de journaux publiés par M. Péladeau. Elle a fait passer le groupe Péladeau du 10e rang au 5e rang et il devance maintenant son principal rival du Québec, le groupe Desmarais, seul groupe à avoir subi des pertes de tirage (exception faite des groupes disparus). Ces pertes se sont répercutées sur sa part de la diffusion totale qui passe de 6,8% à 5,1%.
Les deux plus importants groupes de presse, Southam Press et F.P. Publications envahissent encore une part grandissante du marché des quotidiens. Cependant, alors qu'en 1969 la puissance des deux groupes s'équivalait dans la chaude concurrence qu'ils se mènent, Southam Press avec 2% de plus du marché que son rival, s'assure de 22,7% de la diffusion canadienne.
Thomson Newspapers et Torstar, les deux groupes suivants, voient également leur part du tirage augmenter mais dans des proportions moindres. Leur part respective de la diffusion totale s'élève actuellement à 9,6% et 9,2%. Quant à Columbian et Irving, ils ne jouissent que d'une très légère augmentation, tandis que les autres encore présents sont plutôt stagnants. Enfin, le nouveau groupe Black, Radier et White se situe au 9e rang, devançant Bowes et Columbian. Mais même s'il possède de nombreux journaux (9), sa part du marché demeure très faible (0,84%).
En cumulant la part du tirage des groupes, il est évident que la concentration s'est accrue sensiblement au cours des dix dernières années. Ainsi, les deux plus importants groupes contrôlent 43,3% du marché des quotidiens, les cinq plus grands contrôlent 69% en 1979. Dix années auparavant, 59,9% de ce marché était sous la domination des cinq plus grands groupes de presse et 36,2% sous celle des deux plus importants. Donc, les groupes les plus puissants renforcent leur position et les plus faibles disparaissent.
Au sujet des groupes disparus, soulignons que Telegram n'édite plus aucun quotidien, n'ayant gardé que des hebdos. Montreal Star pour sa part est devenu propriété de F.P. Publications, bien que 49% de ses actions fussent détenues par Southam Press en 1970.75 Le groupe Succession Dingman a perdu un de ses quotidiens au profit de Thomson Newspapers. Comme il n'a plus qu'un seul quotidien sous son contrôle, nous l'avons éliminé de nos groupes. Enfin, au sujet du groupe Green, nous n'avons retrouvé qu'un seul quotidien sous son contrôle, l'autre étant passé aux mains du groupe Black, Radier et White.
Lorsque l'on étudie la concentration en rapport avec les régions, plus précisément avec les provinces du Canada, on voit que celles-ci sont largement dominées par les groupes de presse. Ainsi les groupes Southam Press et F.P. Publications sont principalement présents dans les provinces où l'on enregistre une importante diffusion de quotidiens: en Colombie Britannique où 600731 exemplaires sont distribués quotidiennement; en Alberta (460671 exemplaires); au Manitoba (279530 exemplaires) en Ontario (2284071 exemplaires) et au Québec anglophone (388005 exemplaires). Par contre Thomson Newspapers est présent en Saskatchewan et dans les provinces maritimes où le pourcentage de la diffusion totale est moindre: 137838 en Saskatchewan et environ 260000 exemplaires pour les provinces de Terre-Neuve, Île-du-Prince-Edouard et de Nouvelle-Écosse réunies. Bien qu'au Nouveau-Brunswick la diffusion totale soit de 147863 exemplaires, il est la seule province à subir une situation de monopole de la part de la famille Irving.
Le groupe Sifton domine la province de la Saskatchewan avec 86% du tirage total, il faut cependant remarquer que la diffusion quotidienne des journaux dans cette province est la plus faible au niveau des provinces de l'ouest.
L'Ontario par contre, avec ses 2 284 071 exemplaires vendus sur un total de 5 466 943 quotidiens publiés au Canada, détient le plus vaste marché de lecteurs. Ce facteur pourrait expliquer la présence de quatre concurrents ayant une part de diffusion assez semblable.
Le Québec se situe au deuxième rang de la diffusion des journaux avec 901655 exemplaires au niveau francophone et 388055 exemplaires anglophones. Son marché des journaux est partagé entre trois concurrents du côté anglophone et deux concurrents du côté francophone. Il s'agit d'une part des groupes: F.P. Publications, Southam, Black, Radier et White, et d'autres part des groupes: Desmarais et Péladeau.
Les autres groupes, Bowes, Columbian, Torstar ainsi que Black, Radier et White sont présents dans des provinces où un des trois plus importants groupes détient une part considérable du marché. Leur importance à ce niveau ne se situe plus tellement dans la province où ils sont implantés, mais plutôt en rapport avec les villes qu'ils desservent.
Voyons maintenant de plus près chacun des groupes en rapport avec la région où ils sont situés.
Tous les journaux de la Colombie Britannique et de la Saskatchewan sont détenus par des groupes. F.P. Publications possède seulement 3 des 22 journaux de la Colombie-Britannique et contrôle plus de 50% de la diffusion totale de la province. En Saskatchewan, alors que les deux seuls groupes concurrents, soit le groupe Thomson Newspapers et le groupe Sifton, possèdent chacun deux journaux, c'est ce dernier groupe qui domine en s'assurant plus de 86% de la diffusion dans la province. Pour la Saskatchewan, on remarquera à l'aide des deux tableaux suivants que la situation des groupes n'a pas changé depuis 1970. Par contre, en Colombie Britannique on ne retrouve plus de journaux appartenant à des propriétaires indépendants. Southam Press, F.P. Publications et Columbian possèdent les mêmes journaux qu'en 1970. Thomson Newspapers a créé un nouveau quotidien au cours de la décennie, soit le Daily News de Vernon, alors que Green en a perdu un, soit le Times publié dans la ville de Trail, au profit de Black, Rider et White. Ce groupe possède maintenant le plus grand nombre de journaux dans la province mais ne prend qu'une faible part du marché.
En Alberta, on constate une diminution de l'emprise des groupes sur la diffusion des journaux/passant de 96% en 1970 à 87% en 1979. Seul Bowes parmi les groupes présents a fait une nouvelle acquisition soit le Fort McMurray Today inexistant en 1970. A ce stade de l'étude, nous ne pouvons expliquer l'affaiblissement des groupes pour cette province.
En Ontario, le pourcentage de la diffusion totale payée est demeuré sensiblement le même au cours de la dernière décennie. On remarquera cependant la disparition des trois groupes présents en 1970, soit Telegram, Bowes et Succession Dingman. Les groupes Thomson Newspapers et Southam Press sont les seuls à avoir augmenté le nombre de leurs journaux. Ainsi, Thomson Newspapers a acquis trois journaux classés indépendants en 1970, soit le Intelligence de Belleville, qui appartenait à la famille Morton en 1970, le Falls Review de Niagara, propriété de la famille Leslie en 1970, et le Reformer de Simcoe, détenu en 1970 par Pearce Publishing. Par ailleurs, Thomson Newspapers a acquis le Times-Journal appartenant au groupe Succession Dingman en 1970. Il est également propriétaire d'un nouveau journal, le Daily Reporter à Cambridge, alors que le Evening Reporter publié à Galt est maintenant disparu.
Southam Press pour sa part possède trois journaux de plus. Ces trois quotidiens appartenaient en 1970 à autant de propriétaires indépendants.
Enfin, les groupes Torstar et F.P. Publications conservent les mêmes journaux qu'en 1970. Ceux-ci ont cependant augmenté leur tirage bien que la diffusion totale des groupes en Ontario ait diminué entre 1969 et 1970, soit de 75,9% à 74,5%.
Au Manitoba, où seuls Southam Press et F.P. Publications sont présents, c'est le groupe Southam Press qui a augmenté son pourcentage de diffusion alors que F.P. Publications détient un journal de plus qu'en 1970.
Le Québec pour sa part accuse une dépendance accrue au niveau de ses quotidiens francophones contrôlés par des groupes passant de 50% de la diffusion totale payée en 1970 à 72% en 1979. Ceci s'explique principalement par la montée du groupe Péladeau.
Au niveau des quotidiens anglophones au Québec, on remarque la disparition du groupe Thomson Newspapers qui publiait le Chronicle Telegraph dans la ville de Québec et l'apparition du groupe Black, Radier et White avec le Record publié à Sherbrooke et classé comme journal indépendant en 1970.
Au Nouveau-Brunswick, K.C. Irving est encore le seul groupe présent dans la province. On constate cependant une baisse de 5% au niveau de la diffusion de ses journaux.
En Nouvelle-Écosse, Bowes est disparu. L'unique journal qu'il possédait en 1970 est maintenant entre les mains de Thomson Newspapers, seul groupe présent dans la province avec ses trois journaux. La Nouvelle-Écosse constitue cependant la province la plus indépendante des groupes de presse et ceci maigre que le pourcentage de la diffusion des journaux contrôlés par des groupes ait triplé entre 1970 et 1979, passant de 9% à 28%.
Dans les provinces de l'Ile-du-Prince-Edouard et de Terre-Neuve où seul le groupe Thomson Newspapers est présent, les pourcentages de la diffusion contrôlée par ce groupe ont diminué durant la dernière décennie. Thomson Newspapers contrôle cependant majoritairement les deux provinces avec 66,5% de la diffusion totale à l'Ile-du-Prince-Edouard et 82,6% à Terre-Neuve.
Nombre de journaux exploités par consortiums, par province
|
Nombre total de journaux |
D'appartenance collective |
Diffusion totale payée |
% de la diffusion totale payée |
|
|
1969 |
||||
|
18 |
15 |
Colombie Britannique |
534808 |
|
|
4 Thomson Newspapers Ltd |
33267 |
6,2 |
||
|
2 Southam Press Ltd |
122764 |
23,0 |
||
|
3 F.P. Publications Ltd |
327331 |
61,3 |
||
|
4 Columbian Co. Ltd |
26525 |
5,0 |
||
|
2 Green |
15142 |
2,8 |
||
|
98,3 |
||||
|
7 |
6 |
Alberta |
330178 |
|
|
3 Southam Press Ltd |
258959 |
78,4 |
||
|
2 F.P. Publications Ltd |
56226 |
17,0 |
||
|
1 Bowes |
4628 |
1,4 |
||
|
96,8 |
||||
|
4 |
4 |
Saskatchewan |
133292 |
|
|
2 Thomson Newspapers Ltd |
17 507 |
13,1 |
||
|
2 Sifton |
115785 |
86,9 |
||
|
100,0 |
||||
|
7 |
2 |
Manitoba |
240510 |
|
|
1 Southam Press Ltd |
78024 |
32,4 |
||
|
1 F. P. Publications Ltd |
134409 |
55,9 |
||
|
48 |
30 |
Ontario |
2024928 |
88,3 |
|
18 Thomson Newspapers Ltd |
276970 |
13,7 |
||
|
4 Southam Press Ltd |
254683 |
12,6 |
||
|
2 F.P. Publications Ltd |
336904 |
16,7 |
||
|
2 Toronto Star Limited |
395210 |
19,6 |
||
|
1 Telegram |
242805 |
12,0 |
||
|
1 Bowes |
3000 |
0,2 |
||
|
2 Succession Dingman |
21298 |
1,1 |
||
|
75,9 |
||||
|
Québec (français) |
750723 |
|||
|
4 Desmarais, Parisien, |
||||
|
Francoeur |
319770 |
42,6 |
||
|
2 Péladeau |
60045 |
8,0 |
||
|
50,6 |
||||
|
14 |
9 |
Québec (anglais) |
343739 |
|
|
1 Thomson Newspapers Ltd |
4523 |
1,3 |
||
|
1 Southam Press Ltd |
134934 |
39,3 |
||
|
1 Montreal Star |
195696 |
56,9 |
||
|
97,5 |
||||
|
6 |
5 |
Nouveau-Brunswick |
112622 |
|
|
5 K.C. Irving |
104442 |
92,7 |
||
|
6 |
2 |
Nouvelle-Écosse |
165148 |
|
|
1 Thomson Newspapers Ltd |
10055 |
6,1 |
||
|
1 Bowes |
4859 |
2,9 |
||
|
9,0 |
||||
|
3 |
2 |
Ile-du-Prince-Edouard |
28790 |
|
|
2 Thomson Newspapers Ltd |
20892 |
72,6 |
||
|
3 |
2 |
Terre-Neuve |
46127 |
|
|
2 Thomson Newspapers Ltd |
37401 |
81,1 |
Source:MASS MÉDIA, Vol II - «Les mots, la musique et les sous»pp. 63-64.
|
Nombre total de journaux |
D'appartenance collective |
1979 |
Diffusion totale payée |
% de la diffusion totale payée |
|
22 |
22 |
Colombie Britannique |
600731 |
|
|
5 Thomson Newspapers Ltd |
45526 |
7,57 |
||
|
2 Southam Press Ltd |
155167 |
25,82 |
||
|
3 F.P. Publications Ltd |
321720 |
53,55 |
||
|
4 Columbian Co. Ltd |
39009 |
6,49 |
||
|
8 Black, Radier et White |
39309 |
6,54 |
||
|
99,97 |
||||
|
9 |
7 |
Alberta |
460671 |
|
|
3 Southam Press Ltd |
322658 |
70,04 |
||
|
2 F. P. Publications Ltd |
69587 |
15,10 |
||
|
2 Bowes |
12025 |
2,61 |
||
|
87,75 |
||||
|
4 |
4 |
Saskatchewan |
137838 |
|
|
2 Thomson Newspapers Ltd |
18502 |
13,42 |
||
|
2 Sifton |
119336 |
86,57 |
||
|
99,99 |
||||
|
9 |
3 |
Manitoba |
279530 |
|
|
1 Southam Press Ltd |
106463 |
38,08 |
||
|
2 F.P. Publications Ltd |
156407 |
55,94 |
||
|
94,02 |
||||
|
50 |
33 |
Ontario |
2284071 |
|
|
22 Thomson Newspapers Ltd |
344215 |
15,07 |
||
|
7 Southam Press Ltd |
456774 |
19,99 |
||
|
2 F. P. Publications Ltd |
403453 |
17,66 |
||
|
2 Torstar Corporation |
505800 |
22,14 |
||
|
11 |
7 |
Québec (français) |
901655 |
74,57 |
|
4 Desmarais |
279564 |
31,00 |
||
|
2 Péladeau |
371341 |
41,18 |
||
|
72,18 |
||||
|
3 |
3 |
Québec (anglais) |
388005 |
|
|
1 Southam Press Ltd |
203744 |
52,51 |
||
|
1 F.P. Publications Ltd |
177165 |
45,65 |
||
|
1 Black, Radier et White |
7098 |
1,82 |
||
|
6 |
5 |
Nouveau-Brunswick |
147863 |
|
|
5 K.C. Irving |
129871 |
87,83 |
||
|
6 |
3 |
Nouvelle-Écosse |
180022 |
|
|
3 Thomson Newspapers Ltd |
51010 |
28,33 |
||
|
3 |
2 |
Île-du-Prince-Edouard |
32866 |
|
|
2 Thomson Newspapers Ltd |
21863 |
66,52 |
||
|
3 |
2 |
Terre-Neuve |
53691 |
|
|
2 Thomson Newspapers Ltd |
44402 |
82,69 |
Source: CANADIAN ADVERTISING RATES AND DATA, Juillet 1979.
Les groupes de presse contrôlent donc majoritairement les différentes provinces, exception faite de la NouvelleÉcosse. De plus, nous avons pu constater que chaque province subissait l'emprise d'un groupe en particulier. Ce phénomène de concentration régionale s'accentue lorsque l'on étudie la concentration à partir des villes où les différents groupes publient les journaux. Au niveau canadien, les deux plus importants concurrents sont rarement présents dans une même ville. Ainsi Southam Press et F.P. Publications ne sont présents tous les deux que dans les villes de Vancouver, Calgary, Winnipeg, Ottawa et Montréal.
Thomson Newspapers pour sa part est établi dans les villes ou F.P. Publications et Southam Press sont absents tant en Colombie-Britannique qu'en Ontario. Complètement absent du Manitoba, de l'Alberta, du Québec et du Nouveau-Brunswick, on le retrouve en Saskatchewan où il partage le marché avec le groupe Sifton, de loin le plus important. Enfin, il est le seul groupe présent en Nouvelle-Écosse, Ile-du-PrinceEdouard et Terre-Neuve.
En Ontario, il n'y a que dans la ville de Toronto que deux groupes se concurrencent. Un des journaux appartient à F.P. Publications et l'autre au groupe Torstar.
Au Québec, les deux concurrents anglophones se font une guerre de marché dans une seule ville: Montréal. Il s'agit de F.P. Publications et de Southam. Le troisième groupe anglophone, soit Black, Radier et White publie son journal dans la ville de Sherbrooke où son «concurrent» est un quotidien francophone appartenant à Desmarais.
Au niveau des quotidiens francophones publiés à Montréal, la situation est un peu différente puisque deux groupes se concurrencent, soit celui de Desmarais et celui de Péladeau, avec cependant un troisième concurrent indépendant celui-là. Il s'agit du journal Le Devoir, qui malgré un tirage de beaucoup inférieur aux deux autres, s'est acquis une clientèle stable lui permettant de survivre.
Dans la ville de Québec, deux quotidiens seulement se concurrencent, le Soleil de Francoeur et le Journal de Québec de Péladeau.
Cette tendance des groupes à s'établir dans des villes où n'existent pas de gros concurrents a des raisons exclusivement économiques comme le soulignait le Rapport Davey.
«Il est difficile de déterminer l'importance que doit avoir une ville comme minimum nécessaire au soutien d'un quotidien. Le facteur essentiel du quotidien est depouvoir réaliser des recettes publicitaires. Cette capacité dépend de la richesse de la collectivité, de son importance comme centre de commerce de détail et du degré de concentration de la diffusion d'autres quotidiens ainsi que de la radio et de la télévision dans la collectivité.»
«La diffusion accessible à un journal est probablement la meilleure mesure empirique à retenir pour déterminer si un quotidien peut réussir. Règle générale, sauf si une collectivité est fort isolée des médias concurrents, une diffusion d'environ 5000 assurera le succès d'un quotidien s'il bénéficie d'un monopole.»
TIRAGE DES QUOTIDIENS PARAISSANT AU QUÉBEC 1979
|
Quotidiens francophones |
Diffusion totale payée |
% de la diffusiontotale payée |
Date deréférence |
|
Desmarais, Parisien et Francoeur |
|||
|
La Presse |
178407 |
19,78 |
31-03-79 |
|
Le Nouvelliste |
52,567 |
5.83 |
31-03-79 |
|
La Tribune |
39011 |
4,32 |
30-09-78 |
|
La Voix de l'est |
9579 |
1,06 |
30-09-78 |
|
Péladeau |
|||
|
Le Journal de Montréal |
264238 |
29,30 |
31-12-78 |
|
Le Journal de Québec |
107103 |
11,87 |
30-09-78 |
|
Francoeur |
|||
|
Le Soleil |
129865 |
14,40 |
31-12-78 |
|
Le Quotidien |
21640 |
2,40 |
30-09-78 |
|
Imprimerie populaire Ltée |
|||
|
Le Devoir |
50211 |
5,56 |
30-09-78 |
|
Missionnaires Oblats Le Droit |
49034 |
5,43 |
31-03-79 |
|
99,95 |
|||
|
Quotidiens anglophones |
|||
|
F. P. Publications Ltd |
|||
|
Montreal Star |
177165 |
45,65 |
30-09-78 |
|
Southam Press Ltd |
|||
|
La Gazette |
203744 |
51,52 |
31-12-78 |
|
Black, Radier etWhite |
|||
|
The Record |
7098 |
1,82 |
30-09-78 |
|
99,98 |
Source: CANADIAN ADVERTISING RATES AND DATA Juillet 1979.
En fait, pour un journal la situation de monopole dans une localité est très importante parce qu'elle conditionne les revenus en publicité. Le même journal, s'il concurrence un journal beaucoup plus important, verra les annonceurs le déserter en faveur de ce dernier. Une exception cependant: des quotidiens de langue différente peuvent être concurrentiels dans une même ville puisque chacun s'adresse à sa propre clientèle.
Pour déterminer le contrôle des différents groupes que nous étudions, nous avons analysé les conseils d'administration. Cette méthodologie rencontre cependant un obstacle, ainsi que nous le soulignions dans notre introduction, car les sociétés privées ne sont pas obligées de diffuser des renseignements sur leur conseil d'administration ni sur leurs états financiers.
Nous allons ici brosser brièvement un tableau expliquant les formes et les types de contrôle que nous avons rencontrés dans les différentes entreprises de presse. N'ayant découvert aucun cas de contrôle interne pour les groupes publics étudiés, nous serons en mesure de déterminer les vrais détenteurs du contrôle.
Par ailleurs, nous identifierons les vrais propriétaires de ces groupes et établirons les liens de parenté élargis de ces sociétés.
Southam Press Limited
Elle constitue, au niveau de la diffusion de ses quotidiens, l'entreprise de presse la plus importante au Canada en 1979. Possédant quatorze quotidiens, ces derniers sont publiés dans cinq des dix provinces du Canada.
La Société Southam Press Limited est la propriété de la famille Southam qui y exerce un contrôle minoritaire par 44% des actions votantes. En réalité c'est M. Gordon Fisher qui en est le principal actionnaire. Président de la compagnie à Toronto, il est d'après un article écrit par Michel Nadeau et paru dans le Devoir du mardi 27 février. 1979, l'homme de confiance de la famille Southam. Il est d'ailleurs l'arrière-petit-fils du fondateur William Southam.
Cette entreprise est principalement présente dans le domaine de la presse écrite. Outre ses quatorze journaux, elle détient un intérêt minoritaire dans le Kitchener-Waterloo Record Limited (47,5%) et elle est copropriétaire avec F.P. Publications (ayant chacun 50%) du Pacific Press Limited, maison qui édite le Sun et le Province de Vancouver. Enfin elle détient 49,9% du Southstar Publishers Limited à égalité avec Toronto Star Limited (49,9%). Southam possède également depuis l'année dernière la chaîne des librairies Coles établie à travers le Canada et les États-Unis.
Par ailleurs Southam Press Limited détient des intérêts dans le domaine de la radio-télédiffusion. En effet, Southam Press Limited est le principal actionnaire de CKOY Limited avec 37,9% des actions, et de Selkirk Holding Limited avec 30% des actions, principalement présent dans le domaine des mass-media électroniques (voir étude de Michel Dubé pour les liens de parenté de Selkirk Holding Limited).
Thomson Newspapers Limited
Cette société possède le plus grand nombre de quotidiens au Canada soit 36 et se classe au troisième rang au niveau de la diffusion.
Enregistrée comme compagnie publique, cette entreprise est la propriété de la famille Thomson. Elle est contrôlée majoritairement (70,5%) par K.R. Thomson par l'intermédiaire de Woodbridge Company Limited, ellemême contrôlée à 100% par K.R. Thomson.
Par ailleurs Thomson Newspapers Limited possède un intérêt minoritaire (30,1% des parts) dans Quebec Newspapers Limited.76
F. P. Publications
Le contrôle de cette compagnie privée se répartit entre quatre familles. Les familles McConnell et Laing sont les plus importants détenteurs du contrôle, possédant 25% des parts de F.P. Publications par l'intermédiaire de Starlaw Investment Limited qu'elles contrôlent à 100%.
Trois autres groupes se partagent chacun 22,5% des parts; il s'agit de John W. Sifton Estate, de Bell Foundation et de R. Howard Webster. Enfin R.S. Malone détient 7,5% des parts.
Les familles McConnell et Laing sont également présentes dans les médias électroniques. Ainsi, Starlaw Investment Limited contrôle 100% de Cable T.V. Limited qui lui-même possède 25% des parts de Laurentian Cablevision Limited.
Enfin, F.P. Publications détient un intérêt minoritaire dans Monarch Life Insurance Company (11,6%) et détient le contrôle minoritaire de Ronalds-Federated Limited avec 23,4% des actions.
Il est important de mentionner ici que sur les 10 quotidiens appartenant à F.P. Publications, nous avons inclus le Sun de Brandon appartenant au Sun Publishing Limited, ce dernier étant contrôlé à 86,6% par F.P. Publications Limited.77
Toronto Star Limited
Le contrôle de cette compagnie publique est réparti entre les successeurs de J.S. Atkinson et les exécuteurs de l'empire J.S. Atkinson.
Ainsi, les successeurs de J.S. Atkinson détiennent 28,1% des actions par l'intermédiaire de Starson Holdings (York) Limited, alors que les actions détenues par les exécuteurs de l'empire se répartissent comme suit: 16,7% des actions sont possédées par Ruth Atkinson Hindmarsh par l'intermédiaire de Hindmarsh Holdings Limited; 13,2% des actions appartiennent à Beland Hugh Honderich par l'intermédiaire de Honderich Investment Limited et 13,2% des actions sont détenues par Burnet M. Thall par l'intermédiaire de Thall Holdings Limited.
Bien que les exécuteurs de l'empire Atkinson soient les principaux actionnaires, il nous est impossible d'assurer qu'ils détiennent réellement le contrôle de la compagnie. Par contre, nous croyons que les successeurs et les exécuteurs forment un «clan» détenant un contrôle majoritaire de la compagnie avec 72% des actions.
Le Toronto Star contrôle à 100% le Torstar Publishers Limited, éditeur des journaux du groupe.
Par ailleurs, le Toronto Star détient un intérêt minoritaire (49,9%) dans l'entreprise Southstar Publishers Limited à égalité avec la Southam Press qui possède elle aussi 49,9% des actions. 78
Sifton
Les journaux du groupe Sifton: Le Leader Post de Régina et le Star-Phoenix de Saskatoon sont contrôlés à 100% par l'entreprise Armadale Communications Limited, elle-même contrôlée à 100% par Armadale Enterprises Limited détenu à 100% Michael Sifton.79
Par ailleurs, l'entreprise Armadale Communications Limited détient 27,5% des intérêts de la compagnie Eastern Ontario Broadcasting Co. Limited.
Sifton est également présent dans le domaine du transport car Armadale Enterprises Limited détient d'une part le contrôle majoritaire de la Cie Toronto Airways Limited avec 99,9% des intérêts et d'autre part le contrôle minoritaire d'une compagnie d'automobile, la H.A. McLean Chevrolet Oldsmobile Limited avec 40% des parts.
Black, Radier et White
Compagnies privées appartenant à Conrad Black, David Radier et Peter White. Ce groupe possède plusieurs quotidiens dont:
• Le Daily Townsman à Cranbrook
par l'intermédiaire de: E. Kootenay Newspapers Limited
• Le Alaska Highway News à Fort St. John
par l'intermédiaire de: Alaska Highway Publications (contrôlé à 100% par Sterling Publishers Ltd.)
• Le Daily Bulletin à Kimberley
par l'intermédiaire de: E. Kootenay Newspapers Limited
• Le Daily News à Nelson
par l'intermédiaire de: News Publishing Co. Ltd (100%) (contrôlé à 100% par Sterling Newspapers Limited)
• Le Alberni Valley Times à Port Alberni
par l'intermédiaire de: Sterling Newspapers Limited
• Le Daily News à Prince Rupert
par l'intermédiaire de: Sterling Publishing Co. Ltd
• Le Terrace/Kitimat Daily Herald à Terrace
par l'intermédiaire de: Sherling Publishers Limited
• Le Record à Sherbrooke
par l'intermédiaire de: Township Community Inc.
• Le Times à Trail
par l'intermédiaire de: Trail Times Limited (contrôlé à 100% par News Publishing Co. Limited).
Il est impossible de connaître le fonctionnement interne de ce groupe vu son caractère de compagnie privée.
Ainsi, nous ne pouvons discerner les liens de parenté entre ces journaux, de même nous ne pouvons relier ces diverses maisons d'éditions de journaux à d'autres compagnies appartenant soit à C. Black, soit à D. Radier soit à P. White ou aux trois ensembles. Ceci, bien que M. Black soit à la tête de l'empire de Argus Corporation.
Nous avons cependant remarqué que Peter White du groupe Black, White, Radier se retrouvait sur le conseil d'administration en tant que directeur du quotidien London Free Press appartenant à London Free Press Holdings Limited dont White est également le directeur. Il est impossible d'avancer quelque hypothèse que ce soit au niveau des intérêts de M. P. White dans ce journal puisque le London Free Press est contrôlé à 100% par la famille de Walter J. Blackburn par l'intermédiaire de Blackburn Holdings Limited.
Bowes etColumbian
Pour ce qui est des groupes Bowes et Columbian, nous n'avons aucun renseignement à leur sujet. Étant toutes deux des compagnies privées, elles se caractérisent par leur très faible importance au niveau de la diffusion des journaux.
Péladeau
La compagnie Québécor Inc. contrôlant les différents journaux du groupe Péladeau est majoritairement contrôlée par M. Pierre Péladeau avec 73,1% des actions par l'intermédiaire des Placements Péladeau Inc. qu'il détient à 100%.80
Irving
Les journaux du groupe Irving au Nouveau-Brunswick sont édités par deux maisons différentes. Ainsi le NewBrunswick Publishing Co. qui édite le St. John's Telegraph Journal, le St. John's Evening Times Globe et le Fredericton Daily Gleaner est sous le contrôle minoritaire de K.C. Irving qui en détient 20% des parts.
Le Moncton Publishing Co.Ltd qui édite le Moncton Daily Times et le Moncton Publishing Co. Ltd est contrôlé pour sa part à 100% par K.C. Irving.81
Il est important de mentionner que les intérêts de la famille Irving dans les journaux ne constituent qu'une infime partie de ce vaste conglomérat.
Desmarais
Dans ce groupe, c'est M. Desmarais qui possède le contrôle par l'intermédiaire de la filiale Gesca, propriétaire à 100% du journal La Presse et à 100% des journaux Trans-Canada (La Tribune, Le Nouvelliste, La voix de l'Est).
Le tableau no 7 nous permet de mieux discerner les différents intérêts de Desmarais dans le domaine des journaux.
Desmarais, tout comme Irving au Nouveau-Brunswick, est à la tête d'un immense conglomérat. Nous ne donnerons ici qu'un bref aperçu à travers le tableau 8 des différentes activités économiques reliées à ce conglomérat. Nos données proviennent du Catalogue Liens de Parenté entre les corporations publié en 1975, ainsi que du F.P. Special Report du 22 septembre 1979. Nous nous sommes principalement attachés à découvrir quelques grands liens de parenté élargis de Gelco puisque cette dernière contrôle tous les journaux du groupe.82
TABLEAU 1 Le groupe Thomson

TABLEAU 2 Le groupe F.P. Publications

TABLEAU 3 Le groupe Toronto Star

Au Québec, trois noms dominent le secteur de la presse écrite soit: Péladeau, Desmarais et Francoeur. Comme nous avons déjà étudié ces groupes à l'intérieur de la deuxième partie de cette recherche, en ce qui a trait à leurs quotidiens, nous ne reviendrons que brièvement sur leur importance à ce niveau.83 Nous voulons plutôt, dans ce chapitre, tracer les grandes lignes de la situation de la presse hebdomadaire, tant régionale que nationale, au Québec.
Nous retrouvons dans le tableau suivant la répartition des journaux à l'intérieur des grands groupes de presse au Québec, ainsi que le tirage de ces journaux pour les années 1976 et 1979.
Comme nous pouvons le constater, M. Péladeau est propriétaire de 8 hebdomadaires nationaux et d'environ 10 hebdomadaires régionaux. Au niveau du tirage, les journaux de Péladeau (seulement hebdomadaires nationaux et régionaux) approchent les 450000 exemplaires payés par semaine, alors que plus de 60000 autres exemplaires sont distribués gratuitement. Desmarais pour sa part ne possède aucun hebdomadaire, ni régional, ni national. Enfin Francoeur possède 2 hebdomadaires nationaux et 2 hebdomadaires régionaux, payants. Ces derniers totalisent une diffusion d'environ 300000 exemplaires par semaine. De plus, Francoeur possède 7 hebdomadaires diffusés dans la région de Montréal, avec un tirage de plus de 200000 exemplaires. Ces derniers sont cependant distribués gratuitement.
. Il nous a été impossible de connaître le nom de chaque propriétaire d'hebdomadaires régionaux publiés au Québec. Les renseignements trouvés nous ont cependant permis de constater une concentration régionale des entreprises de presse. Nous en avons tracé le portrait à partir des 9 régions administratives du Québec. Trois nouveaux noms de propriétaires de journaux apparaissent au niveau de la concentration d'entreprise: il s'agit de Jean-Noël Parenteau, de Paul Bellavance et de Paul Brisson.
La région de la Côte Nord est partagée entre Paul Brisson et Pierre Péladeau, chacun propriétaire de 3 hebdomadaires. La région du Bas St-Laurent-Gaspésie est dominée par Paul Bellavance détenant 5 hebdomadaires. Ce dernier possède également 3 hebdomadaires dans la région de la Mauricie. Au Lac St-Jean, la concurrence est plus grande puisqu'on y retrouve Francoeur avec 1 hebdomadaire, Péladeau avec 2 hebdomadaires et Brisson avec 1 hebdomadaire. Dans la région de Québec, c'était Bernard Cleary qui détenait le plus grand nombre d'hebdomadaires. La disparition de ces derniers en mars 1979 laisse la place à Jean-Paul Cloutier, propriétaire de 3 hebdomadaires. Dans les Cantons de l'Est, c'est Jean-Noël Parenteau qui domine avec ses 3 hebdomadaires. Dans la région de Montréal, Desmarais et Péladeau sont les principaux concurrents au niveau des quotidiens alors que Péladeau et Francoeur se disputent le marché des hebdomadaires nationaux et que Francoeur reste seul au niveau des hebdomadaires régionaux publiés à Montréal. Le Nord-Ouest subit une situation de monopole de la part de Péladeau qui y possède une dizaine d'hebdomadaires. De toutes les régions du Québec, seule l'Outaouais est exempte de concentration. Dans cette région, chacun des journaux semble appartenir à des propriétaires indépendants.
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Tirage |
Date de référence |
||
|
DESMARAIS |
|||
|
Quotidiens |
1976* |
1979** |
pour 1979 |
|
La Presse |
184155 |
178407 |
31-03-79 |
|
Le Nouvelliste |
51509 |
52 567 |
31-03-79 |
|
La Tribune |
37 752 |
39011 |
30-09-78 |
|
La Voix de l'Est |
9689 |
9579 |
30-09-78 |
|
QUÉBÉCOR |
|||
|
Quotidiens |
1976*** |
1979 |
|
|
Le Journal de Montréal |
162428 |
264238 |
31-12-78** |
|
Le Journal de Québec |
45395 |
107103 |
30-09-78** |
|
Le Journal de Québec au Saguenay, Lac St-Jean |
10000 |
18 200 |
agent d'infor- mation de ce journal (1) |
|
* In: «De la précarité de la presse ou le citoyen menacé», ministère des Communications, 1977. ** In: CANADIAN ADVERTISING RATES & DATA, Juillet 1979. *** LA PRESSE ÉCRITE AU QUÉBEC, Multi Réso Inc., 1977. (1) Ce quotidien autonome du Journal de Québec, qui reprend en grande partie les informations du Journal de Québec, possède une équipe en place au Lac St-Jean pour l'information régionale: ainsi les 12 à 16 pages du centre changent en ce qui a trait aux deux régions. |
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Nous avons examiné la concentration au niveau des quotidiens publiés à travers le Canada et celle des hebdomadaires nationaux et régionaux publiés au Québec.
Notre recherche nous a permis de constater une augmentation continuelle de la concentration dans ce secteur. Déjà plusieurs villes et même plusieurs provinces du Canada connaissent une situation de monopole de la part des groupes oeuvrant dans le secteur de l'information. L'évolution de la concentration pourrait aboutir à plus ou moins long terme à une situation de monopole national. On peut dès maintenant discerner cette tendance puisque plusieurs groupes, propriétaires de journaux, présents au début des années soixante-dix sont disparus dix ans plus tard, alors que les groupes les plus influents à cette époque ont consolidé leur position sur le marché des mass-média.
Nous constatons par ailleurs, tant du côté de la presse anglophone que de la presse francophone, trois formes principales de concentration: d'une part, les grandes chaînes de journaux (par exemple, les groupes Thomson et Péladeau), dont les activités économiques se situent uniquement au niveau des moyens de communication de masse, d'autre part les conglomérats comme l'empire de la famille Irving ou celui de Paul Desmarais. Pour ce qui est de ces derniers, les intérêts qu'ils possèdent au niveau des mass-média ne constituent qu'une infime partie de leurs activités économiques. Ils jouissent cependant d'un avantage considérable sur leurs concurrents au niveau des coûts de production. En effet, leurs conglomérats allient les avantages d'une concentration horizontale (contrôle de tout un secteur de production) et d'une concentration verticale (entreprises dont la production est connexe). C'est ainsi que Desmarais et Irving possédant, entre autres choses, des intérêts dans des compagnies de papier et dans le transport, peuvent facilement minimiser leurs coûts de production tant au niveau des matières premières qu'au niveau de la distribution.
De plus, tant les propriétaires de chaînes de journaux que ceux contrôlant des conglomérats peuvent bénéficier d'une réduction des coûts de production en centralisant leurs entreprises. De ce fait, le jeu de la concurrence les avantage aux dépens des groupes de moindre importance. Bien entendu, les quelques hypothèses avancées ici ne pourront être confirmées ou infirmées que par une étude détaillée au niveau des revenus de ces entreprises.
Enfin, la troisième forme de concentration concerne les groupes qui possèdent peu de journaux et dont la diffusion ne peut se comparer aux plus importants groupes du secteur. Ces groupes ont surtout de l'importance au niveau régional mais il nous est permis de croire qu'ils pourraient disparaître facilement si une guerre de marché survenait entre eux et les groupes possédant de plus gros capitaux.
La concentration régionale des entreprises de presse tend elle aussi à s'accentuer. Nous avons pu constater que chacune des provinces subit la présence considérable des groupes dominant ce secteur économique, exception faite de la Nouvelle-Écosse, où les journaux indépendants ont une diffusion égalant 70% du tirage total de la province. Bien que les neuf autres provinces subissent majoritairement l'emprise des groupes, nous avons remarqué que chacun de ces groupes est implanté dans des régions bien précises.
Les groupes les plus importants sont fortement implantés au niveau des provinces, par contre les groupes de moindre envergure dominent essentiellement certaines villes. De plus, comme nous l'avons démontré dans notre deuxième partie, il est rare qu'une ville subisse la concurrence de deux grands groupes. Lorsque c'est le cas, le potentiel de lecteurs de ces villes est assez élevé pour permettre la survie des différents groupes.
Au chapitre du contrôle des différents groupes de presse, nous remarquons que ces groupes sont essentiellement contrôlés par la bourgeoisie canadienne. Ce fait n'est pas dû au hasard. En effet, il existe une loi fédérale interdisant aux étrangers la possession ou le contrôle des entreprises d'information au Canada.
À l'intérieur des groupes de presse, nous n'avons rencontré aucun cas de contrôle interne. La quasi totalité de nos groupes, 8/11, sont contrôlés soit par une famille, soit par un individu, contrôle minoritaire dans certains cas, mais le plus souvent majoritaire et quelquefois absolu. Pour les trois groupes restant, leur statut de compagnie privée nous a empêché d'en connaître et les propriétaires et les détenteurs du contrôle.
Enfin, en ce qui touche la concentration des hebdomadaires au Québec, nous pouvons constater l'émergence d'une petite bourgeoisie locale active dans le domaine de la presse écrite. Il serait important de connaître l'étendue de cette élite au niveau régional et de voir s'il existe des liens entre ces propriétaires d'hebdomadaires et d'autres secteurs économiques dans les régions où ils sont présents. Nous n'avons pu le faire dans cette recherche, mais nous croyons que ces renseignements amélioreraient notre compréhension du monde de l'information au Québec.
Données brutes et préliminaires
Nous entrons dans le vif du sujet avec la présentation d'une série de tableaux illustrant le niveau de centralisation de la propriété au Québec. On trouvera à la suite de ces graphiques des commentaires sur le contrôle de la propriété et certains liens de parenté avec d'autres entreprises.
D'autre part, tout en présentant la situation au Québec de la façon la plus détaillée possible, nous avons été contraints d'effectuer un choix parmi les plus importantes entreprises au Canada8 4. Les critères de ce choix ne sont pas des plus rigides: soit qu'il s'agisse d'entreprises ayant des intérêts dans la presse écrite soit qu'il s'agisse d'entreprises ayant fait l'objet de prises de contrôle ou qui soient membres du plus important réseau de télévision privé au Canada (CTV Network Ltd), soit qu'il s'agisse d'entreprises ayant des opérations en territoire québécois.
De plus, nous voulons faire ressortir au maximum les sociétés de gestion, ou les holdings, de chacun de ces graphiques. C'est presque toujours par la multiplication des holdings que la centralisation de la propriété devient intéressante pour le propriétaire ou l'entreprise: la prolifération des holdings au sein d'un groupe permet de minimiser les frais d'impôts. Chaque société doit présenter annuellement un rapport financier au ministère du Revenu. La multiplication des holdings permet de diminuer les profits d'un groupe dans toutes ses entreprises, y compris les holdings: les avantages fiscaux sont très nets. De plus, la multiplication des holdings répartit les risques de non-rentabilité des opérations d'une entreprise sur l'ensemble des actifs (actions d'entreprise(s)) du holding.
TABLEAU 1 Le groupe Pratte-Desmarais (03-03-79)
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TABLEAU 2 Le groupe Civitas (03-03-79)

TABLEAU 3 Le groupe Pathonic Communications (03-03-79)

TABLEAU 4 Le groupe Lavérendrye (16-08-79)

TABLEAU 5 Le groupe Beaudem (03-03-79)

TABLEAU 6 Le groupe Radio Inter-Cité (03-03-79)

TABLEAU 7 Le groupe Labbé (03-03-79)

TABLEAU 8 Le groupe Cogeco (03-03-79)
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Le tableau no 1 semblera incomplet au lecteur averti. Nous préférons parler ici du groupe Pratte-Desmarais que du groupe Power Corporation. Le tableau no 4 porte sur les actions de Paul Desmarais et de Claude Pratte dans l'industrie de la radiodiffusion. Rattacher ce tableau à Power Corporation aurait été minimiser l'importance de Claude Pratte: les deux éléments principaux de ce tableau sont Prades Inc. et 81028 Canada Ltd. Ce dernier holding est une création très récente: en 1975, Frontenac Broadcasting Co. Ltd et Kawartha Broadcasting Co. Ltd étaient sous le contrôle du groupe Thompson-Davies. La famille Davies s'est complètement retirée du secteur de la radiodiffusion. Ici aussi nous sommes en présence d'une consolidation des intérêts canadiens-français.
Signalons que Claude Pratte détient des actions minoritaires dans Inter-Québec Publicité Inc. et Radio Saguenay Ltée (cf. tableau no 11) de même que dans Radio Laval Inc. et Télé-Métropole Inc. (tableau no 6). M. Pratte détient également 100% des actions privilégiées de Belleau, Auger Ltée et des actions minoritaires dans l'Imprimerie Populaire Ltée. Enfin, l'expansion récente (1978) de Prades Inc. s'est confirmée avec la mise sur pied de la Cie de radiodiffusion de Rimouski Ltée. Le groupe Pratte-Desmarais semble donc en excellente position dans le marché. Comme dernier commentaire, il est bon de remarquer concrètement comment la présence de holdings dans une organisation ne correspond pas de façon immédiate à un phénomène de concentration économique ce qui nous donne d'excellents motifs pour exclure Power Corporation of Canada Ltd du tableau no 1.
Le tableau no 2 parle par lui-même. Le groupe Civitas contrôle de manière absolue l'ensemble de ses entreprises et leurs opérations. Il n'y a eu aucun changement dans la structure de ce groupe (Corporation Civitas Ltée) depuis 1973.
Le tableau no 3 nous apporte quelque chose de nouveau. Nous donnerons à ce groupe le nom de la nouvelle firme (à être incorporée) qui apparaît sur ce tableau, c'est-à-dire le groupe Pathonic Communications. Depuis février 1979, le contrôle de CHLT-Télé 7 et CHEM-Télé 8 est passé de Beaudem Ltée (cf. tableau no 5) à Pathonic Communications. Il semble toutefois que Beaudem Ltée maintiendra une participation quelconque dans la nouvelle société. Télé-Métropole Inc. est intimement liée (34%) à la nouvelle société et améliore ainsi sa position sur le marché. Télé-Métropole Inc. détient d'autre part le contrôle absolu de JPL Productions Inc. et de Paul Langlais Inc. (P. Langlais et J.-P. Ladouceur sont tous deux administrateurs de TéléMétropole Inc.). Il y a des liens de parenté entre Printing Equipment of Canada Ltd et Nesbitt, Thompson Ltée, Paul Vien étant président du conseil d'administration de cette dernière entreprise.
Au tableau no 4, nous découvrons le groupe La Vérendrye. Depuis la prise de contrôle de Télé-Capitale Ltée par la Corporation de Gestion La Vérendrye Ltée, plusieurs groupes ont vu leurs intérêts dans l'industrie compromis. (Le CRTC a autorisé cette prise de contrôle en août 1979). J.A. Pouliot (Jevlem Inc.) et Claude Pratte s'en sont fort bien tirés puisque l'un a pris le contrôle de Multiple Access Ltd et que l'autre a réussi une percée en Ontario. Il n'en va pas de même pour le groupe Baribeau: nous y reviendrons au tableau no 8. On peut d'autre part affirmer que cette prise de contrôle marque une accentuation de la centralisation économique puisque le contrôle de Télé-Capitale Ltée était auparavant partagé entre trois groupes. La Corporation de Gestion La Vérendrye possède des actions dans plusieurs autres compagnies telles
Le groupe Beaudem semble en perte de vitesse depuis la vente, en février 1979, de CHEM-Télé 8 et CHLT-Télé 7 au groupe Pathonic Communications (cf. tableau no 6). Notons le contrôle majoritaire par Beaudem (51%) d'Opex Communications Ltée.
Le groupe Radio-Inter-Cité a pris une expansion depuis 1975 avec la mise sur pied de Radio Laurentide Inc. Il s'agit ici d'un nouvel indice d'une hausse de la centralisation de la propriété au Québec. Des liens de parenté avec Canadian Enterprise Development Corporation ont été établis, ainsi qu'avec Télécâble Vidéotron Ltée: Gérard Le mieux est actionnaire minoritaire de cette dernière entreprise et de Radio-Inter-Cité Inc.
Au tableau no 7, on découvre un petit réseau: le réseau des Appalaches, celui-ci n'est pas limité à la radiodiffusion puisqu'il contrôle 100% des Publications Appalaches Ltée.
Au tableau no 8, nous soulignons la participation de la famille Baribeau dans Cogeco Inc. Baribeau & Fils Ltée n'a pas rattrapé, pour le moment, le terrain perdu lors de la vente de Télé-Capitale Ltée. Il est d'ailleurs le seul des trois anciens actionnaires de Télé-Capitale dans cette situation. La famille Baribeau conserve néanmoins le contrôle de Radio Saguenay Ltée et sa participation minoritaire dans Télé-Métropole Inc. Signalons en terminant, qu'Henri Audet, détenteur du contrôle majoritaire dans Cogeco Inc., était également président de l'Université du Québec à Trois-Rivières en 1976.
Nous abordons cette section avec le groupe Southam. Sans minimiser l'importance du groupe Southam dans la radiodiffusion, nous croyons nécessaire de regrouper Southam Press Ltd et deux holdings indépendants afin de dégager du tableau no 9 le contrôle de BCTV Broadcasting System Ltd (14 émetteurs). Cette entreprise est sous le contrôle majoritaire de F.S. Griffith par l'intermédiaire de Western Broadcasting Co. Ltd. En matière de radiodiffusion, on constate des liens de parenté entre Torstar Ltd et Southam Press Ltd. La firme Qualité Records est aussi liée à ce groupe.
Le tableau no 10 porte sur une organisation des plus complexe. Le contrôle de MacLean Hunter Ltd est passé de Hunco Ltd à MacLean Hunter Holdings Ltd. À part cette prise de contrôle, les opérations de MacLean Hunter Ltd n'ont pas changé dans le secteur de la radiodiffusion. Mentionnons toutefois l'expansion de CKEY Ltd vers CKOY Ltd. On a trouvé des liens de parenté avec les firmes suivantes:
TABLEAU SYNTHÈSE
La concentration économique dans le marché de la radiodiffusion au Québec, au 03-03-79
|
Groupe |
Nombre de permis d'exploitation |
% par rapportau marché(en nombre totalde permisd'exploitation) |
|
Le groupe Pratte-Desmarais |
12 |
3,2 |
|
Le groupe Civitas |
7 |
1,8 |
|
Le groupe Pathonic |
4 |
1,1 |
|
Le groupe La Vérendrye |
6 |
1,5 |
|
Le groupe Beaudem |
12 |
3,2 |
|
Le groupe Inter-Cité |
3 |
0,7 |
|
Le groupe Labbé |
3 |
0,7 |
|
Le groupe Cogeco |
8 |
2,1 |
|
(incluant Radio Saguenay) |
||
|
Autres entreprises détentrices de plus d'un permis (incluant Club Social La Grande, sans but lucratif. 16 permis) (voir aussi note no 6) |
113 |
29,8 |
|
Canadian Broadcasting |
182 |
48,0 |
|
Corporation |
||
|
Radio-Québec (dont 1 permis-réseau) |
4 |
1,1 |
|
Entreprises uniques |
25 |
6,5 |
|
Total |
379 |
100 |
Source: CRTC, Public Hearing Division: RADIO AND TELEVISION STATIONS BY REGION BY CALL SIGN.
Tableau 9 Le groupe Southam (03-03-79)

Tableau 10 Le groupe MacLean Hunter (03-03-79)

Tableau 11 Le groupe Moffat (03-03-79)

Tableau 12 Le groupe Argus (11-09-79)

Tableau 13 Le groupe Stirling (03-03-79)

Tableau 14 Le groupe Cablecasting (03-03-79)

Tableau 15 Le groupe Monarch (03-03-79)

Tableau 16 Le groupe Love-Lamb (03-03-79)

Tableau 17 Le groupe CUC (03-03-79)

Tableau 18 Le groupe Schoone-Zucker (03-03-79)

Tableau 19 Le groupe Agra (03-03-79)

Tableau 20 Le groupe Free Press (03-03-79)
|
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Tableau 21 Le groupe Rogers (03-03-79)
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Tableau 22 Le groupe Basset-Eaton (03-03-79)
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Au tableau no 11, on peut remarquer que le groupe Moffat a consolidé ses intérêts dans Radio CHED Ltd. Il y a augmentation de la centralisation économique puisque Radio CHED Ltd était auparavant sous contrôle minoritaire (45%) du groupe. Nous avons tenu à inclure le groupe Moffat à cause de sa participation dans CTV Network Ltd et de ses liens de parenté avec les firmes suivantes:
Le groupe Argus est évidemment l'un des plus importants, non pas tant par l'ampleur de ses investissements dans la radiodiffusion qu'en raison de la diversité de ses intérêts dans l'économie canadienne: on s'en fera une idée plus claire à la lecture des liens de parenté qui existent entre Standard Broadcasting et les firmes suivantes:
En terminant, signalons que le contrôle d'Argus Corp. Ltd par le holding privé des frères Black n'a cessé de croître depuis 1976 jusqu'à atteindre le niveau actuel (cf. tableau no 12), et la présence d'un établissement opérant au Québec (CJAD Ltd.) dans la structure du groupe Argus.
Le tableau no 13 illustre, entre autres, les intérêts du groupe Stirling au Québec.
Quant au groupe Cablecasting, il nous apparaît important de le citer comme une manifestation flagrante de la centralisation économique (Câblodiffusion) au Canada anglais (tableau no 14).
Dans le cas de Monarch Investments Ltd, notons des liens de parenté avec:
Au tableau no 16, nous découvrons une nouvelle entreprise, Microwave Cablevision Ltd. Cela signifie que les actifs de Mindy's Ltd (qui n'apparaît pas sur ce tableau) sont passés aux mains du groupe Love-Lamb. Mindy's contrôlait quant à lui 10% de Selkirk Holdings Ltd (cf. tableau no 19) de même qu'Acklands Ltd.
Au tableau no 17, nous découvrons CVC Ltd qui assure le service de câbldiffusion dans le Toronto métropolitain. Comme il s'agit là d'un marché très concentré géographiquement, nous avons cru bon de l'inclure, d'autant plus que CVC Ltd détient des intérêts minoritaires dans le réseau global.
Au tableau no 18, nous pouvons observer l'expansion spectaculaire du groupe Schoone-Zucker. Depuis 1974, seule la structure de Northern Broadcasting Management Ltd est restée inchangée: CFAN s'est détachée de Eastern Broadcasting Company Ltd pour devenir une de ses filiales, alors qu'on observe une expansion des opérations de ce holding vers trois nouvelles stations (Jack Schoone-OBCI). Quant à Countryside Holdings Ltd, il s'agit d'une prise de contrôle aux dépens de A.W. Warren et A.D. Rogers. On a donc affaire à un phénomène de centralisation économique.
Au tableau no 19, nous découvrons un des groupes les plus diversifiés qui soit: on notera l'existence d'opérations du groupe Agra au Québec (Canada All News Radio Ltd, CKO, Pointe-Claire) qui a des liens de parenté avec les firmes suivantes:
Nous incluons ici le groupe Free Press (tableau 20), même si le secteur de la presse écrite est très développé dans ce groupe. On remarquera que c'est par l'intermédiaire de quatre holdings que la famille Laing contrôle un des plus importants câblodiffuseurs du Québec (Cable TV Ltd). On a établi des liens de parenté avec les entreprises suivantes:
Quant au groupe Rogers (tableau no 21), on remarque une restructuration des actifs, par le remplacement de E.S. Rogers Family Holdings Ltd, restructuration concurrente à la prise de contrôle minoritaire de Canadian Cable Systems et de IWC Television Ltd.
Le tableau no 22 illustre les intérêts du groupe Basset Eaton dans la radiodiffusion et la télédiffusion. Le groupe contrôle en tout 11 émetteurs et a le contrôle absolu de Glen Warren Production Ltd.
Volumes:
Les Mass Média. Comité spécial du Sénat sur les moyens de communications de masse.
Vol. I: «Le miroir équivoque», Rapport du Comité spécial du Sénat, Imprimeur de la Reine, Ottawa, 1970, 317 p.
Vol. II: «Les mots, la musique et les sous», (une étude sur les conditions économiques de l'édition et de la radiodiffusion), Imprimeur de la Reine, Ottawa, 1970, 550 p.
Vol. III: «Bons, mauvais ou simplement inévitables?», Imprimeur de la Reine, Ottawa, 1970, 317 p.
Études:
Sources premières:
Cette plate-forme et ce plan d'action ont été adoptés lors de l'assemblée générale du 15 février 1980 à l'UQAM convoquée par le Groupe de travail de l'Institut canadien d'éducation des adultes et qui réunissait les participants au colloque des 2 et 3 novembre 1979.
Dans les organismes populaires et syndicaux, on prend de plus en plus conscience de l'importance de l'information pour stimuler l'action, créer la solidarité et développer une compréhension des réalités sociales. Des efforts sérieux se multiplient dans ce sens pour développer au sein des groupes des moyens autonomes d'information, d'autant plus que l'accès aux mass-média est de plus en plus bloqué pour les groupes qui luttent contre l'ordre établi. Cette priorité qu'il faut accorder au développement des moyens d'information dans les groupes et entre les groupes n'implique pas cependant qu'il faille délaisser les mass-média. En effet, l'alternative aux médias de masse ne réside pas dans la voie de la marginalisation mais au contraire dans la lutte pour l'expression de notre point de vue. La volonté d'informer et de s'adresser à la population en général pour leur faire part de réalités, préoccupations et critiques sociales qui sont passées sous silence par les mass-média ne constitue malheureusement pas un objectif très présent pour les organismes populaires. Sans être trop brutal, on peut dire que jusqu'à maintenant on s'est beaucoup trop souvent contenté de parler à des gens déjà convaincus.
Il ne s'agit pas ici de rendre les groupes responsables du déséquilibre actuel de l'information, mais tout simplement s'insister sur la nécessité de se préoccuper davantage des conséquences très graves du monopole de l'information. La population prend son information presque uniquement dans les mass-média alors que ceux-ci loin d'être neutres opèrent une sélection de l'information en fonction des intérêts de ceux qui les possèdent et les contrôlent.
Dans nos démocraties libérales, s'il y a un mythe qui a la vie dure, c'est bien celui de la liberté de parole et d'expression et ce qui va avec la liberté de presse et d'information. Cependant, ces beaux principes n'ont pu résister notamment à l'industrialisation de l'information et à la concentration des entreprises de presse entre les mains d'un nombre de plus en plus restreint de grandes corporations.
Au plan international, la circulation de l'information est entre les mains de cinq grandes agences de presse (2 américaines, 1 anglaise, 1 française, 1 russe). En gros 65% de l'ensemble des communications mondiales part des États-Unis8 5. Au Québec, la crise de l'information est des plus graves; au niveau de la presse écrite, la concentration a atteint son seuil maximum et au contraire de tous les pays occidentaux, il n'y a pas ici de presse d'opinions. Quant à la télévision, sa structure centralisée et son orientation commerciale en fait un instrument de propagande et de diffusion des pouvoirs en place.
De tels instruments ainsi contrôlés, concentrés, centralisés et commercialisés ne sont pas faits pour mettre une population en communication avec elle-même mais bien au contraire ils sont structurés et organisés pour diffuser le point de vue dominant et faire le maximum de profit.
Ces grandes entreprises, il va de soi, ne sont accessibles qu'aux groupes qui ont les moyens financiers pour se payer des spécialistes de la communication et pour émettre des communiqués de presse. La recherche sur les actualités télévisées faite en collaboration avec des professeurs et étudiants de l'UQAM, montre clairement que les informations télévisées sont investies par les pouvoirs en place pour conditionner l'opinion publique. D'une part, on a constaté que l'accès aux ondes est réservé dans 80% des cas à ceux qui sont haut placés dans l'échelle sociale, et d'autre part on a découvert que 67,3% des déclencheurs de la nouvelle sont des réflexions et opinions provenant surtout de représentants des institutions gouvernementales. 86
Maintenant les idées, les projets, les programmes politiques se vendent comme des produits de consommation. Par différentes techniques de marketing on prépare l'opinion publique à accepter les propositions de ceux qui détiennent les pouvoirs économique et politique.
Enfin, cette recherche révèle aussi que le déséquilibre de l'information ne se situe pas uniquement au niveau quantitatif, mais peut-être davantage au niveau qualitatif. L'analyse fouillée de l'information syndicale a permis de constater que cette information bien qu'occupant une place importante au sein du journal télévisé, projette une image négative des syndicats. Ils sont présents comme des fauteurs de troubles, tout juste bons à quémander. Alors que les hommes politiques et le patronat se prononcent sur les grandes questions de l'heure, les syndicats eux, sont refoulés au niveau de l'agitation et du fait divers. Ce traitement de l'information syndicale ne constitue pas une exception, les témoignages des groupes au colloque confirment qu'il s'agit là d'un traitement généralisé pour l'ensemble des organismes populaires.
Dans un tel contexte de déséquilibre et d'accès inégal à l'information, comment peut-on encore parler de liberté d'expression et d'information? Tout le monde est libre de dire ce qu'il pense, mais il y en a qui ont la possibilité de communiquer leur pensée à un million de personnes alors que d'autres qui ont aussi à livrer des messages d'intérêts publics n'ont que rarement ou sinon jamais cette occasion.
Cette information propagande détermine l'opinion publique et c'est là-dessus que s'appuie le pouvoir pour maintenir les choses en place.
«Beaucoup d'observateurs sont persuadés que l'effetsocialisateur des médias consiste dans leur capacité àsuggérer à leur public ce qu'il doit penser, comment penser, comment se comporter et comment vivre.Comme lés écoles qui, grâce à leurs systèmesd'enseignement, inculquent des systèmes de pensée, les médias d'aujourd'hui formulent des programmes mentaux pour leur public. Dans ces cas, la socialisation «produit» un individu complètement assimilé par la société, qui a appris à se conformer aux normes et aux valeurs dictées par fa société, et dont la tâche est conçue comme la reproduction exacte des valeurs anciennes et perpétue le statu quo».87
Alors que la radio et la télévision avaient fait naître de très grands espoirs de démocratisation de la culture et de l'information, maintenant on ne peut que constater qu'ils sont devenus des instruments de domination aux mains des pouvoirs économique et politique.
Au colloque des 2 et 3 novembre de l'ICEA, qui réunissait environ 400 personnes, tous les participants se sont mis d'accord sur l'urgence de constituer un front de lutte dans le champ des communications. Cette rencontre représente un événement à bien des titres, car non seulement elle constitue un point de départ d'une action cercertée face aux enjeux des communications, mais elle a aussi jeté les bases d'une stratégie d'action qui nous permet de sortir du faux dilemme paralysant entre médias de masse et médias communautaires et/ou autonomes. Pour la première fois en effet, on a réussi à lier la lutte pour le développement des médias autonomes à celle de l'accès aux mass média.
De l'intérieur, il faut développer un savoir-faire et des outils de communication et d'information dans les groupes et entre les groupes. Par rapport aux mass média, cette lutte comme toute autre doit passer par une action revendicative pour l'accès aux mass média et le droit à une information complète et diversifiée. Par ailleurs, ces revendications vont demeurer à l'état de voeux pieux si on ne s'attaque pas au contrôle et aux conditions mêmes de production de l'information. Le droit de parole et d'expression est un droit reconnu depuis plus d'un siècle. Cependant, les organes de presse de plus en plus concentrés et commercialisés ne permettent pas l'exercice de ce droit.
Ces entreprises ne nous feront pas de cadeau, il va falloir conjuguer les efforts des travailleurs des communications et du public en général pour obtenir une démocratisation de l'accès aux médias et le respect du droit du public à une information complète et diversifiée.
Cette plate-forme de revendications et ce plan d'action ont donc comme objectifs:
Ce programme de revendications est loin d'être exhaustif; nous n'avons pas abordé ici tous les aspects de la communication, mais uniquement le volet de l'information relatif aux médias de masse, communautaires et autonomes. La communication est un phénomène beaucoup plus vaste, qui comprend toutes les formes d'art, les émissions de divertissements, les réunions et assemblées publiques de même que l'enseignement.
En effet, il se transmet peut-être davantage d'information dans une pièce de théâtre, un film, une émission de divertissement comme «Racines» par exemple, que dans une émission d'information proprement dite. Il ne faut pas oublier que les émissions de divertissement occupent la majorité du temps d'antennes (à TVA, c'est 80% du temps)88 à la télévision, ce qui en fait les principaux véhicules de l'idéologie dominante. Ces émissions inculquent de façon efficace, parce que fallacieuse, une conception du monde opposée aux intérêts des milieux populaires, en camouflant les problèmes et conflits sociaux, en imposant de fausses solutions (le bonheur dans la consommation) en nous cantonnant dans de vieux schèmes de pensée et dans un sentimentalisme stérile, et surtout en nous incitant à la passivité et à la soumission.
Si nous n'avons pas abordé tous ces aspects de la communication ce n'est pas que nous les considérons secondaires par rapport à l'information, mais c'est davantage pour des raisons «d'efficacité relative» et aussi parce que ça correspond en gros à l'état de notre réflexion: En fait, cette plate-forme se veut un point de départ, une étape dans un processus, une démarche collective d'appropriation, de réflexion et de discussion dans les groupes en vue d'en arriver à constituer une alternative populaire dans le domaine de la communication, basée sur la transformation des rapports actuels de domination, de diffusion et d'imposition.
Nous souhaitons donc que cette plate-forme soit discutée par le plus grand nombre de groupes possibles de façon à l'enrichir des expériences, des préoccupations et des réflexions de ces groupes.
NOUS REVENDIQUONS:
1° Le droit à l'expression et à l'accès aux médias pour des individus et des groupes
Ce droit à l'expression (pour les groupes populaires et syndicaux qui constituent une source première d'information) comprend le droit et la liberté de donner l'information, des déclarations et des interviews aux médias.
2° Le droit à une information complète, diversifiée et pluraliste
Cette revendication est essentiellement liée à celle pour le droit de communiquer. Un accès équitable aux médias pour les groupes non-dominants, les milieux populaires et communautés régionales assurerait un meilleur équilibre dans l'information.
Le type de répartition des effectifs qui prévaut actuellement dans les entreprises de presse ne respecte aucunement le droit du public à l'information et l'importance des divers courants qui divisent la société. À La Presse, par exemple, 23 journalistes sont affectés au secteur politique provinciale et fédérale, 18 aux sports contre 10 aux affaires sociales (santé, bien-être, éducation, religion, affaires syndicales, etc.).
3° Une législation pour freiner la commercialisation et le développement de l'appropriation privée des médias
3.2 Nous demandons au gouvernement de confier à la Régie des services publics du Québec un rôle effectif de tamisage «avec pouvoir d'empêcher et d'autoriser toute transaction touchant la propriété des entreprises de presse».
3.4 Nous réitérons notre opposition à la venue de la télévision payante et à une troisième chaîne commerciale.
3.4 Nous exigeons la réduction de l'espace et du temps réservés à la publicité (presse écrite 50 à 60% de l'espace). Par exemple:
Pour les médias électroniques, la publicité devrait être présentée sous forme de blocs, distincts de l'ensemble de la programmation;
Pour les médias écrits, réduire l'espace réservé à la publicité et séparer les cahiers publicitaires de l'information.
4° L'établissement d'un programme d'éducation à l'utilisation des médias
Face au monopole des entreprises de presse, au parti pris de l'information pour les institutions dominantes et de leurs points de vue;
Face à l'absence de médias alternatifs à large audience qui laisse la population en général sous la seule influence des médias de masse actuels;
Devant l'éparpillement des énergies et des efforts consacrés par les organismes populaires et syndicaux aux communications;
Les participants au colloque ont conclu qu'il est urgent de trouver des moyens concrets de prendre la parole, de passer à l'action, de multiplier et relier les actions collectives et les luttes. Des moyens d'action concrets ont été proposés dans ce sens:
La nécessité de s'entendre sur un ensemble de revendications pour la démocratisation de l'accès aux médias de masse et l'idée d'un regroupement qui pourrait poursuivre la lutte sur le front idéologique tout en jetant les bases de moyens de communications autonomes, a rallié les participants. L'importance d'élargir le travail de sensibilisation, de réflexion et de formation, de même que le besoin d'accorder un appui aux luttes des travailleurs des communications ont aussi fait l'unanimité.
Nous avons donc repris les principales recommandations du colloque pour les traduire en autant de projets concrets d'action et d'interventions.
LES PROJETS
OBJECTIFS:
Démocratiser l'accès aux mass-média; assurer une information complète, diversifiée et pluraliste; faire obstacle à la mainmise des intérêts économiques et politiques sur les mass-média; obliger les gouvernements à prendre leurs responsabilités en forçant les entreprises de presse à respecter leur mandat de service public - et en encourageant la mise sur pied de médias régionaux et communautaires à «but non lucratif»; permettre une campagne efficace de sensibilisation de la population.
DÉMARCHE ET ÉCHÉANCIER:
Décembre-janvier
Élaboration par le Groupe de travail sur les communications d'un projet de plate-forme.
15 février
Discussion et adoption de la plate-forme par les participants du colloque à la rencontre du 15 février. Le mandat suivant a été ajouté au GTC lors de cette rencontre:
Que le GTC
1° Analyse le rôle actuel du Conseil de presse;
2° Critique la composition actuelle du conseil;
de façon à amener des propositions quant au rôle que
nous voudrions lui faire jouer.
Février-mars
Discussion et adoption par les organismes membres du GTC et par le plus grand nombre d'organisations populaires.
Pour que les revendications aboutissent, il faut que les groupes prennent en charge cette plate-forme et s'approprient son contenu. En ce sens, il faut que ces organisations débattent de la plate-forme pour fin d'adoption, qu'elles en avisent l'ICEA, qu'elles participent à la campagne de sensibilisation de la population et à la campagne de pression.
Février-mars
Diffusion large de cette plate-forme - Conférence de presse, etc..
Avril-mai
Représentations auprès des instances concernées.
Groupe responsable:
Groupe, de travail sur les communications (GTC) de l'Institut canadien d'éducation des adultes.
Projet 2 - Mise sur pied d'un regroupement des usagers des communications
C'est là une des propositions qui est revenue le plus souvent dans les ateliers.
Pour en arriver à créer une force d'opposition et une alternative relativement aux médias de masse actuels, il nous faut regrouper nos forces, mettre en commun nos acquis, créer des mécanismes de pressions politiques et de protestations, et développer nos moyens autonomes de communications. L'outil le plus pertinent pour jouer un tel rôle dans le contexte actuel semble être un regroupement des usagers des communications. Déjà de tels regroupements existent dans certaines régions (Abitibi, Estrie) alors que le Groupe de travail sur les communications (GTC), anciennement le Front commun des communications, constitue dans les faits un front commun virtuel.
Cependant, la mise sur pied d'une telle organisation a beaucoup d'implications et il ne suffit pas de le décider pour que ça se réalise. Il faut s'assurer de certaines conditions minimales pour partir sur des bases solides, à savoir:
une base assez large - un engagement de la part des organismes intéressés pour une implication sérieuse et concrète - des militants pour encadrer, coordonner, organiser la mise sur pied de ce regroupement - une possibilité de financement, etc..
DÉMARCHE ET ÉCHÉANCIER:
15 février
1° Formation d'un comité pour analyser les possibilités et les modalités de mise sur pied d'un tel regroupement;
Février-mars
2° Élaboration d'un plan de travail;
Avril
3° Contacter le plus grand nombre d'organismes possible pour leur soumettre le projet;
Fin mai
4° Évaluation et décisions par le comité de coordination pour la réalisation du plan d'action, de la mise sur pied d'un regroupement.
Projet 3 - Mise sur pied d'un comité de personnesressources pour aider les groupes à s'autonomiser sur le plan des communications
L'ensemble des organismes populaires ressentent le besoin d'améliorer leurs pratiques et outils au niveau des communications et de l'information et ce tant au niveau de l'information interne que par rapport à la stratégie d'accès aux mass-média.
Certains besoins spécifiques ont été signalés au colloque dont la nécessité de revoir nos stratégies d'accès aux mass-média et de nous former à leur utilisation. On a aussi ressenti l'importance de se doter de moyens de communications plus adéquats dans nos organismes et de diversifier ces moyens: tracts, affichages, théâtre, cinéma.
OBJECTIFS DE CE COMITÉ:
Fournir aux groupes des outils et des personnes ressources pour améliorer leurs pratiques d'information.
Ce mandat ne doit pas être limité à l'aspect technique de l'outillage, mais l'élargir aux modes alternatifs de production et d'échanges de l'information:
DÉMARCHE ET ÉCHÉANCIER:
Février-mars
Analyser les besoins prioritaires;
Mars-avril
Inventorier les outils existants: documents de formation, guide pratique pour accomplir les différentes tâches en information - communiques de presse - journal local - tracts - personnes ressources, etc.;
Avril-mai
Proposer un ou des programmes de sessions de formation;
Mai
Rapport d'étape au Comité de coordination;
Mars-avril
Susciter chez les groupes l'habitude de riposter quand ils sont pas ou mal couverts et penser à un mécanisme pour recueillir et utiliser ces plaintes.
Projet 4 - Mise sur pied d'un centre d'information populaire
Il n'existe actuellement au Québec aucun réseau systématique d'échanges d'informations entre des organismes populaires et syndicaux. Des expériences intéressantes se font un peu partout, mais leurs portées demeurent locales et se perdent, ne pouvant profiter à d'autres.
OBJECTIFS:
Créer un réseau de mise en commun de nos ressources, de nos connaissances et acquis;
Développer une solidarité entre les groupes;
Mettre en place les conditions propices à la mise sur pied à moyen terme d'une agence de presse populaire;
Que l'on étudie et travaille à l'implantation d'un médium de communication de masse progressiste, fondée sur une infrastructure autonome et militante (non commerciale) en tenant compte des enseignements et des expériences passées (projet 6) et en préfigurant une nouvelle pédagogie (projet 7).
DÉMARCHE ET ÉCHÉANCIER:
15 février
Formation d'un comité qui aura comme tâches, entre autres:
Février-mars
D'élaborer une stratégie étapiste pour en arriver à la constitution d'une agence de presse populaire d'un média de masse progressiste;
Mars-avril
Mettre en oeuvre certains mécanismes d'échanges, d'information, par exemple, concrétiser l'hypothèse de l'utilisation du réseau de Télex de la CSN et de la CEQ.
Mai
Présentation des projets au comité de coordination;
Septembre
Discussion et adoption par le Comité de coordination du plan de travail en vue de la réalisation d'un projet de mise sur pied d'une agence de presse populaire.
Projet 5 - Groupe de travail sur le rôle des travailleurs en communications
Les travailleurs de l'information bien qu'ayant une marge de manoeuvre restreinte ont quand même un rôle important à jouer au niveau du traitement de l'information. En général, on constate que les travailleurs des communications ne sont pas tellement sensibilisés aux problèmes des milieux ouvriers et populaires. Au plan des conditions objectives, il demeure que le type de fonctionnement des entreprises de presse, et les mécanismes de contrôle de l'information mis en place par les dirigeants des organes de presse ne permettent pas un traitement adéquat de l'information et une couverture équilibrée et pluraliste pouvant refléter les diverses réalités sociales et courants de pensée qui ont cours dans la société89 . Les travailleurs syndiqués des communications ont cependant joué un rôle non négligeable pour préserver une certaine liberté d'information. Cependant beaucoup de travail reste à faire et notamment, celui de sensibiliser les travailleurs de l'information aux rôles qu'ils sont amenés à jouer de même qu'aux réalités de vie des milieux ouvriers et populaires.
OBJECTIFS:
Proposer des pistes concrètes d'actions et de solutions pour:
DÉMARCHE ET ÉCHÉANCIER:
15 février
Formation du comité;
Février
Analyse des principaux problèmes;
Avril
Identification de solutions de rechange;
Mai
Discussion de ces solutions au Comité de coordination;
Septembre
Présentation de ces solutions aux instances syndicales;
Octobre-novembre-décembre
Discussion dans les syndicats et rapport au Comité de coordination.
AUTRES PROJETS POSSIBLES:90
Projet 6 - Groupe de travail pour faire le bilan des expériences de communications populaires (Québec-Presse, l'APLQ, etc.)
Projet 7 - Groupe de travail pour développer une nouvelle pédagogie des communications
par Sylvie Dupont
Une première constatation s'impose: le colloque sur l'accès à l'information dans les mass-média a été extrêmement mal couvert par ces derniers! Compte tenu du sujet, de l'importance de la participation (plus de 400 personnes) et des trois conférences de presse dont il a fait l'objet, il aurait normalement dû connaître un retentissement beaucoup plus important.
Du côté des médias électroniques, c'est la catastrophe! À une exception près, d'émission radiophonique Présent de Radio-Canada, pour qui Robert Desbiens a fait une excellente couverture) il semble qu'aucun d'eux n'ait accordé le moindre intérêt au colloque.
Du côté de la presse écrite, le bilan n'est guère plus reluisant. De tous les quotidiens québécois, seuls La Presse et Le Devoir s'y sont attardés. Voyons ce qui en est:
Le colloque a donc été annoncé de façon convenable, malgré tout, par La Presse et Le Devoir. Là où ça se gâte, c'est pendant et après le colloque.
Précisons d'abord que La Presse n'a couvert que la soirée d'ouverture du colloque et n'a donc jamais rendu compte de ses résultats.
Dans les mass-média donc, aucune mention de la volonté de mettre sur pied un Front commun des communications, ni d'aucune des revendications adoptées par les participants au colloque pas plus que de la participation importante de groupes travaillant au niveau des médias autonomes, ou encore de syndicats des travailleurs de l'information. Et finalement, détail curieux si on s'y arrête, silence complet sur le document intitulé Les propriétaires des médias.
Dès lors faut-il se surprendre que le meilleur traitement accordé au colloque le fut entre autres par le journal Unité ouvrière du conseil central CSN de Montréal, le journal l'UQAM où s'est tenu le colloque, le magazine Ligne Directe de la CEQ...
Groupes populaires
ACEF de Montréal
Association culturelle populaire Italo-québécoise
AFEAS
Atelier d'éducation populaire
Carrefour des associations monoparentales du Québec
Centre deformation et de développement
Centre pastoral en milieu ouvrier (CPMO)
Centre St-Pierre
Cercle arabe d'étude et d'information
Comité Québec-Chili
Conseil régional d'aménagement du Nord (CRAN)
Dialogue avec le monde (SUCO)
Jeunesse étudiante catholique UEO
Mouvement québécois contre le racisme (MQCR)
Office des communications sociales
Office des droits des détenus
Reç-oupement écologique québécois
Regroupement des organismes de communications
communautaires (ROCCQ)
Regroupement populaire des usagers des moyens de
communications de l'Abitibi-Témiscaminque
Service orientation, relancement industriel féminin
(SORIF)
Médias populaires
Atelier des médias populaires de Shawinigan Inc.
Centre ciné-vidéo du Faubourg Inc.
Centre «La femme et le film»
Centre vidéo populaire - Rive-sud
Cinéma libre
CKRL-MF
Collectif de recherches et d'information sociales (CRIS)
Communication inter-média Estrie (CIME)
Conseil des médias communautaires de Laval Inc.
Combat
Coop, production en communications de Mastigouche
Des luttes et des rires de femmes
Éditions du Remue-ménage
Feux verts - journal d'action communautaire
Groupe d'intervention vidéo - Montréal
Hebdo-coop
«La vie en rose»
La pige
Le temps fou
Le vidéographe
Librairie socialiste de l'est du Québec
Média (Les productions)
Radio communautaire de Châteauguay
Radio communautaire de Jonquière
Radio communautaire de l'Estrie
Regroupement des groupes de vidéo-intervention
Théâtre parminou
Télévision communautaire de l'Amiante Unité ouvrière (CSN) Vie ouvrière (revue)
Centrales syndicales
Alliance des professeurs de Montréal Centrale de l'enseignement du Québec (CEQ) Confédération des syndicats nationaux (CSN) Conseil central de Montréal (CSN) Conseil central de Québec (CSN) Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) Syndicat canadien de la fonction publique (FTQ) Union des producteurs agricoles (UPA) Fédération de l'UPA de Nicolet
Syndicats dans les médias
Syndicat des employés de Radio-Québec Syndicat des journalistes de Québec (Le Soleil) Syndicat des journalistes de Télé-Métropole Syndicat national des cinéastes Syndicat national du cinéma
Syndicat des travailleurs de l'information de La Presse Syndicat des employés de la production du Québec Syndicat des employés de Cablevision nationale
Syndicats d'enseignants
Syndicat des chargés de cours de l'Université du Québec Syndicat de l'enseignement du Saguenay Syndicat de l'enseignement de Pascal-Taché Syndicat de l'enseignement région de Drummondville Syndicat des enseignants de Châteauguay-Moissons Syndicat des enseignants de Le Royer Syndicat des enseignants du Long Sault Syndicat des enseignants Laurentides Syndicat des professeurs Cégep Édouard-Montpetit Syndicat des professeurs Cégep Limoilou Syndicat des professeurs Université du Québec à Montréal
Syndicat des travailleurs de l'enseignement du Nordouest québécois
Centres locaux de services communautaires (CLSC)
CLSC Huntingdon
CLSC Kateri Inc.
CLSC Le Moulin
CLSC Pierrefonds
Institutions d'enseignement
CSR Carignan
Cégep Champlain
Cégep Dawson
Collège de Jonquière
Collège de Sherbrooke
CSR de Tilly
CSR Les Écores
Fédération des enseignants de Cégep
GRIDEQ-UQAR
Université de Montréal - Dép. communications
Université du Québec à Québec - Télé-Université
Université du Québec à Montréal - Dép. communications
Université Laval - Dép. Information et communication
Médias officiels
CJMS
CKVL
Conseil de presse du Québec
Journal Ensemble
La Presse
L'Écho du Nord
Le Devoir
Radio-Canada
Radio-Québec
Revue Relations
Organismes gouvernementaux
Communication
Ministère des communications
Ministère de l'Éducation SGME
|
Guy Bourgeault (prés. ICEA) |
- Présentation |
|
Stéphane Cloutier, Regroupement pop. usagers moyens communications de l'Abitibi-Témiscamingue |
- Information régionale |
|
Gilbert Plante CEQ |
- Information syndicale |
|
Philippe Ranger Comité Québec-Chili |
- Information internationale |
|
Sylvie Dupont «La vie en rose» |
- La place des femmes |
|
Daniel Marsolais (CSN-FNC) Gilles Charland (FTQ-SCFP) |
- Travailleurs en communications |
|
Anne Filion (étudiante UQAM) Sylvie Desjardins Michel Dubé |
Rapports des recherches |
Anne Filion - ICEA Sylvie
Desjardins - ICEA
Pierre Charbonneau - Syndicat des employés de Radio-Québec
Guy Brouillette CEQ
Guy Bourgeault - Université de Montréal
Jacques Dénommé - Syndicat des employés de Cablevision nationale
Jean-Paul Trépanier - Syndicat des empl. de production du Québec et de l'Acadie
Daniel Marsolais - FNC
Michel Pichette UQAM
Lina Trudel - ICEA
Paul Bélanger - ICEA
Serge Forget CLSC Le Moulin Jean-Guy Laguë - Robert Guimond CSN Rémi Arsenault -
Michel Parenteau - Syndicat des employés de production du Québec et de l'Acadie
Richard Nantel ICEA
Germain Ménard CEQ
Robert Couillard UQAM
Pierre Paquet - Université de Montréal
Raymond Levac - CPMO
Jean-Claude Tardif CEQ