• Titre : De l'activité sociale à l'engagement social : rapport de recherche sur l'engagement des femmes de plus de 50 ans
  • Éditeur : Association féminine d'éducation et d'action sociale, Montréal, 1996
  • Résumé : Cette étude répond à un double objectif. Le premier est d'appuyer les actions visant à susciter chez les femmes une plus grande implication, au sein de l'AFEAS ou ailleurs, et à stimuler les efforts de recrutement de nouvelles membres. L'étude veut contribuer notamment à rendre davantage conscientes les femmes de l'AFEAS de leurs compétences, de leur savoir et de leur capacité à s'engager, ainsi que de la signification et de l'importance de l'engagement social. Le second objectif est de faire connaître l'expérience d'une génération de femmes, ce que leur implication sociales a représenté pour elles, ce qu'elles ont voulu faire, le rôle qu'elles ont joué.

De l'activité sociale à l'engagement social

Rapport de recherche sur l'engagement des femmes de plus de 50 ans

 


Le premier objectif: appuyer les actions visant à susciter chez les femmes une plus grande implication.

Le second objectif: faire con­naître l'expérience d'une gé­nération de femmes.

La retraite correspond-elle nécessairement à un désengagement social et à un «engagement» dans les loisirs? Quel rôle les femmes peuvent-elles et veulent-elles encore jouer dans la société, une fois les enfants élevés ou la vie professionnelle terminée? De quelle manière leur est-il encore possible de mettre à contribution leurs expériences et leurs compétences? Quels problèmes peuvent-elles aider à résoudre, quelles situations peuvent-elles contri­buer à changer? Ces questions, des femmes de l'Association féminine d'éducation et d'action so­ciale (AFEAS) se les posent aujourd'hui, devant le désengagement de femmes autrefois très actives dans leur mouvement. La présente étude fut entre­prise pour trouver des éléments de réponses.

L'AFEAS est formée d'un réseau de 22 000 femmes réunies dans 500 groupes locaux à travers la province. La discussion et l'information diffusée au sein des groupes sur différents sujets touchant les femmes ont pour buts l'éducation des membres, la réflexion individuelle et collective, ainsi que des actions dans le milieu pour améliorer la condition des femmes. Aux plans régional et provincial, des actions sont prises pour mieux comprendre une situation ou un problème, et faire pression sur les autorités concernées en vue d'obtenir un change­ment social. Aussi l'AFEAS est-elle intéressée par le devenir de l'engagement social. Elle s'interroge, plus particulièrement, sur ce qui mène les personnes à renoncer à leur engagement ou les nouvelles formes que celui-ci peut prendre.

Une abstention ou un décrochage est, en effet, observable chez plusieurs femmes passé la cinquan­taine, pourtant encore capables d'un engagement. Par abstention, nous entendons le fait de demeurer membre d'une association mais de ne plus assumer de responsabilités. Par décrochage, nous désignons le départ de l'organisation, ne plus en être membre. Mais pourquoi cette démobilisation? Qu'est-ce qui fait renoncer ces femmes à leur implication, alors qu'on aurait besoin d'elles? Les motivations sont sans doute multiples, aussi désirons-nous identifier les principales, tout particulièrement celles se mani­festant passé cinquante ans. Mais, pour bien les comprendre, il faut revenir aux motivations qui ont d'abord conduit à s'engager, et retracer les trajectoi­res des femmes. C'est ce que nous nous proposons de faire.

Cette étude répond à un double objectif. Le premier est d'appuyer les actions visant à susciter chez les femmes une plus grande implication, au sein de l'AFEAS ou ailleurs, et à stimuler les efforts de recrutement de nouvelles membres. L'étude veut contribuer notamment à rendre davantage cons­cientes les fem­mes de l'AFEAS de leurs compé­tences, de leur savoir et de leur capacité à s'engager, ainsi que de la signification et de l'importance de l'engagement social. Le second objectif est de faire connaître l'expérience d'une génération de femmes, ce que leur implication socia­le a représenté pour elles, ce qu' elles ont voulu faire, le rôle qu'elles ont joué. C'est un travail de mémoire.

Cette recherche a été conçue et planifiée en étroite collaboration avec un comité de l'AFEAS composé de mesdames Marie-Paule Godin (respon­sable), Yolande Dubé, Marielle Dumont, Yolande Haines, Michelle Houle-Ouellet et Lise Tremblay-Cournoyer.

Nous tenons à exprimer notre reconnaissance envers les femmes qui ont si généreusement accepté de répondre à nos questions, ainsi qu'aux présiden­tes et agentes de liaison de l'AFEAS ayant participé au recrutement. Nos remerciements vont également à mesdames Andrée Sévigny et Aline Vézina, respec­tivement chercheure et professeure à l'Université Laval, avec qui nous avons discuté du contenu de cette recherche, et madame Andrée Fortin, professeure à la même université,qui a lu et com­menté une première version de ce rapport.

A-   Problématique de recherche

Comment l'engagement social est-il perçu par les femmes?

Qu'est-ce qui motive les fem­mes à s'engager ou se désen­gager socialement? Nous dési­rons savoir quelles sont les for­mes d'engagement possibles, pertinentes ou intéressantes pour les femmes, et lesquelles ne le sont pas ou ne le sont plus.

En quoi les intérêts ou motiva­tions d'engagement social des femmes de plus de 50 ans sont-elles différentes de celles des femmes plus jeunes?

L'exposé plus détaillé de nos interrogations et des moyens mis en oeuvre pour y répondre fait l'objet de ce premier chapitre. Nos questions, les concepts clés et nos méthodes sont définis et justifiés, en prenant appui notamment sur les écrits portant sur le bénévolat et l'implication sociale des aînées et aînés. La portée et les limites de l'étude en ressortiront plus clairement.

1. Les questions de recherche

Nous intéressant à l'engagement social de l'ensemble des Québécoises de plus de cinquante ans, nous ne nous limitons pas aux seules mem­bres de l'AFEAS, encore moins aux seules ac­tions menées au sein de l'AFEAS. La recherche por-te sur l'engage­ment social dans ses manifesta­tions les plus di­verses, et non sur les problèmes et les causes spécifiques de décro­chage dans une organisation.

Notre question principale est celle-ci: Qu'est-ce qui motive les femmes à s'engager ou se désen­gager socialement? Nous désirons savoir quelles sont les formes d'engagement possibles, perti­nentes ou intéressantes pour les femmes, et lesquelles ne le sont pas ou ne le sont plus. Cette question est vaste et nous n'avons pas la prétention d'en faire entièrement le tour. Nous croyons cependant être en mesure d'identifier les principales motivations à s'engager et se désengager. Pour y parvenir nous nous demanderons quelles trajectoires d'engage­ment les femmes ont suivies, quels engagements elles ont pris. L'engagement peut être plus ou moins actif et revendicatif; il peut varier dans le temps. Retracer des parcours, identifier les choix posés à différentes étapes de la vie permettra de cerner les facteurs conduisant à l'engagement, puis à l'abstention et au décrochage.

Ces questions générales en soulèvent de plus spécifiques, dont nous avons cherché également des éléments de réponse. D'abord, en quoi les intérêts ou motivations d'engagement social des femmes de plus de 50 ans sont-ils différents de celles des fem­mes plus jeunes? Nous y répon­drons en mon­trant en quoi les trajectoires d'engagement des femmes rencon­trées sont spécifiques à leur génération et corres­pondent à un type d'expérience. Ensuite, com­ment l'engagement social est-il perçu par les fem­mes? Est-on solidaire de l'ensemble des femmes? Peut-on être solidaire sans s'engager? Ces ques­tions touchent à la portée que les femmes donnent à leur engagement, en regard de la condition féminine, et à l'expression d'une solidarité possi­ble hors de l'engagement social. Les nouvelles directions et activités prises par les femmes passé 50 ans, ainsi que leurs préoccupations actuelles nous permettront d'y apporter un début de ré­ponse.

Mais avant d'aller plus loin, il importe de préciser ce que nous entendons par engagement social.

2. L'engagement social

L'engagement social implique, par ailleurs, davantage qu'un geste de sotidarité (pétition, don d'argent). La personne doit poser des gestes contribuant à la réalisation ou l'organisation d'une action.

Une personne est socialement engagée lorsqu'elle entreprend volontairement et consciem­ment une action qui doit profi­ter à d'autres qu'à elle-même, sa famille et ses proches. Elle manifeste de cette façon son appartenance à une collectivi­té.

La compréhension de ce qu'est l'engagement social peut varier d'un groupe et d'un individu à l'autre. Certaines personnes peuvent s'en faire une idée très large et y inclure une grande variété d'activités, incluant le bénévolat dans un orga­nisme de loisir. La participation à la chorale parois­siale pourra ainsi être perçue comme un engagement social, en plus d'être un loisir, puisqu'elle comporte une dimension religieuse (partage et enseignement de valeurs) et qu'il s'agit d'un ser­vice rendu à la collectivité (pastorale). D'autres, par contre, conçoivent l'engagement social de manière plus restrictive, le limitant au domaine politique (défense de droits, coopération interna­tionale, questions sociales).

Aussi, il importe de se donner une définition suffisamment précise pour orienter notre recher­che, mais assez souple pour faire place aux con­ceptions et activités diverses des femmes, de manière à pouvoir connaître et comparer leurs intérêts et motivations. Ainsi, nous dirons qu'une personne est socialement engagée lorsqu'elle en­treprend volontairement et consciemment une ac­tion qui doit profiter à d'autres qu'à elle-même, sa famille et ses proches. Elle manifeste de cette façon son appartenance à une collectivité.

L'engagement est généralement bénévole. C'est la manifes­tation la plus évi­dente du désin­téressement de la personne. Mais le fait que l'ac­tion soit orientée vers les autres n'exclut pas qu'elle soit éga-lement profitable à la personne; l'action n'a pas besoin d'être en­tièrement désintéressée.

Prendre soin de son conjoint malade ou de ses parents en perte d'autonomie est un engagement familial. Nous ne l'incluons pas dans l'engage­ment social. D'ailleurs il n'est généralement pas ainsi perçu par les personnes elles-mêmes. On remarquera cependant que ces formes d'aide sont parfois assumées par des services publics ou privés. La personne qui aide un proche rend un service, ailleurs assumé par un professionnel ré­munéré. La collectivité profite donc de son action de diverses façons.

L'engagement social se réalise généralement à l'intérieur d'une organisation (association, grou­pe), à la différence de l'engagement familial (aide aux proches) qui se fait au sein du réseau de parents et amis. Une personne peut cependant retrouver à l'in­térieur d'une as­sociation des membres de son réseau. Le réseau peut ainsi se su­perposer en partie à l'organisation, ce qui favorise d'ailleurs l'intégration des membres et la sociabi­lité. Le recrutement se fait souvent par les réseaux familiaux et amicaux.

Différentes formes d'entraide, organisées en groupe ou association, ont des effets socialement bénéfiques (solidarité, support mutuel) sans que ce soit toujours délibéré et conscient. Mais dans le groupe d'entraide, l'individu recherche d'abord des services et une aide pour lui. Pour que ce soit un engagement social, il faut délibérément vouloir en même temps aider d'autres personnes. L'enga­gement social implique, par ailleurs, davantage qu'un geste de solidarité (pétition, don d'argent). La personne doit poser des gestes contribuant à la réalisation ou l'organisation d'une action.

L'engagement social peut prendre la forme d'une action politique, d'une aide matérielle ou psychologique ou de la mise sur pied d'un service, fl peut être ponctuel ou se faire sur une base continue et permanente.

Ces précisions ne suppriment cependant pas toutes les ambiguïtés. Préparer une fête parois­siale, faire des sandwichs, comme il est souvent demandé aux femmes, est-ce de l'engagement social? Entre l'activité sociale et l'action sociale, plusieurs femmes font une distinction. La pre­mière serait un service rendu à des individus dans le but de se divertir, tandis que la seconde aurait une visée collective de changement. Seulement, cette distinction, toutes ne la font pas, et la démar­cation n'est pas toujours aisée à établir. Les ac­tions ne sont pas nécessairement menées dans un esprit militant, même si elles contribuent à un changement social ou à la solution d'un problème. De plus, l'activité sociale conduit souvent, comme nous le verrons, à l'action sociale, et inversement. On passe imperceptiblement de l'une à l'autre: de l'organisation de la fête du curé aux pressions exercées auprès du député, en passant par la campagne de la Croix-Rouge et la discussion avec les amies sur la condition féminine. En fait, der­rière la distinction entre activité et action sociale se dissimule un enjeu: faire ou non la distinction, c'est reconnaître ou non un problème de désenga­gement, de mode d'action, de membership; ex­clure les activités sociales de l'action sociale c'est privilégier une forme d'engagement. La distinc­tion n'est pas neutre; elle ne va pas de soi.

3. Bénévolat et implication sociale des aînées et des aînés

Les bénévoles proviennent sou­vent de familles où le bénévo-lat et l'aide sont une tradition(2). Par leur engagement ils se con­forment à des valeurs héri­tées; leur action s'inscrit dans la défense de valeurs.

Quelques études sur le bénévolat et l'implica­tion sociale des aînées et des aînés vont nous permettre de mieux orienter notre recherche et de poser des hypo­thèses. On y re­trouve, formu­lées autrement, la question de l'activité vs l'ac­tion sociale, et celle des motiva­tions intéressées et désintéressées (l'orientation vers la collectivi­té). Ces études vont également nous aider dans le choix d'une méthode et des questions à poser aux femmes.

3.1 Quelle implication, avec quelles motivations?

Alors que certaines personnes bénévoles, des jeunes surtout, font du bénévolat en vue d'ac­quérir une expérience, de fa­voriser leur carrière (rôle ins­trumental du bénévolat), ceux plus âgés sont motivés plus exclusivement par le but pour­suivi par l'organisme où ils oeuvrent, par le désir d'aider les gens en difficulté et par le besoin de faire quelque chose d'utile.

On ne fait donc pas de bénévo­lat uniquement pour rencon­trer des gens ou s'occuper (se distraire), mais pour contri­buer à la vie communautaire d'une manière satisfaisante; pour être utile aux autres, dé­fendre des valeurs de charité, de partage.

L'abandon des rôles familiaux et professionnels conduit les gens à délaisser les groupes instrumentaux pour les grou­pes expressifs, où les membres partagent des valeurs qui les rassemblent.

Au Québec, environ 32% des femmes âgées de 55 à 64 ans ont fait au moins une fois du bénévolat au cours de la dernière année, et environ 25% de celles de plus de 65 ans(l). Si les hommes s'impli­quent d'abord dans les organismes de loisirs et de sport, puis religieux, les femmes le font d'abord dans des organis­mes religieux, puis d'enseigne­ment et de loi­sirs. Ce sont sur­tout les jeunes qui s'impliquent dans des organis­mes politiques, professionnels ou de pression. Les bénévoles proviennent sou­vent de familles où le bénévolat et l'aide sont une tradition (2). Parleur engagement ils se conforment à des valeurs héritées; leur action s'inscrit dans la défense de valeurs (partage, solidarité, charité)(3).

Le fait d'avoir des enfants amène à s'impli­quer dans l'implantation et le maintien de services pour les enfants ou la famille (organismes sportifs, de loisirs ou scolaires). Mais on a observé qu'à la retraite, les femmes ont tendance à délaisser les organismes consacrés aux enfants ou à la santé, pour les groupes religieux(4). Elles se sentent moins ou différemment concernées par les ques­tions familiales.

Chez les personnes retraitées, ce sont celles en bonne santé, vivant en couple, scolarisées, et davantage les femmes, qui ont le plus tendance à faire du bénévolat. Mais la conservation d'une bonne santé et l'augmentation de son temps libre avec le départ des enfants et la retraite, ne suffi­sent pas à susciter le bénévolat. Ce ne sont pas des conditions suffisantes, ni même nécessaires à l'engagement bénévole (plusieurs bénévoles ont beaucoup d'autres activités), bien que souvent le temps et la santé favorisent la participation. Il y a des facteurs plus importants.

Alors que certaines personnes bénévoles, des jeunes surtout, font du bénévolat en vue d'acqué­rir une expérience, de favoriser leur carrière (rôle instrumental du bénévolat), celles plus âgés sont motivées plus exclusivement par le but poursuivi par l'organisme où ils oeuvrent, par le désir d'aider les gens en difficulté et par le besoin de faire quelque chose d'utile(5).

Le bénévolat préserve de l'isolement après le départ des enfants et la disparition des liens professionnels. Ce qui compte toutefois, ce n'est pas d'avoir beau­coup d'interac­tions sociales, mais la nature de ces relations (Brault) (6). Le fait de participer à des organismes bénévoles, dit-on, favorise gé­néralement le bien-être psychologique de la personne retraitée (7). Mais ce n'est pas la participation en soi qui crée ce bien-être: il faut que la personne s'intègre à un milieu qui lui convient, où l'on partage les mêmes valeurs, où ses compétences sont valorisées, bref un milieu qui préserve ou renforce son identité. Selon Grand'Maison et Lefebvre(8), l'engagement des aînées et aînés est facilité lorsqu'il s'agit d'actions concrètes, pas trop formelles, entrepri­ses avec des amies et amis, sur la base des liens personnels.

On ne fait donc pas de bénévolat uniquement pour rencontrer des gens ou s'occuper (se distrai­re), mais pour contribuer à la vie communautaire d'une manière satisfaisante; pour être utile aux autres, défendre des valeurs de charité, de parta­ge. Les personnes retraitées veulent se rendre utiles, se sentir actives, faire quelque chose qu'el­les aiment (contrairement parfois au travail), qui les valorise, qu'elles peuvent faire librement (auto­nomie, initiative, horaire). Plusieurs ne veulent pas rester toujours seules à la maison, en tête-à-tête avec leur conjoint(9). C'est une occasion de continuer à participer à la vie sociale, de ne pas en être exclu, ou parfois de réaliser un projet depuis longtemps désiré et valorisant(10).

L'implication sociale confère aux aînées et aînés un statut et une identité sociale, les intègre à leur milieu, et les sort d'une si­tuation anomi­que(absence de normes et de re­pères). C'est pourquoi les per­sonnes sont sou­vent attirées par les groupes socialement homogènes (revenu, âge, situation familiale) où les participantes et partici­pants ont des intérêts identiques aux leurs; cela facilite la communication, l'expression de soi, le renforcement de l'identité.

La principale raison de l'interruption de l'ac­tivité bénévole est l'absence de demande de servi­ces, l'interruption ou la fin du projet dans lequel la personne est engagée. C'est dans les organismes religieux que l'assiduité et la persévérance dans le bénévolat sont les plus grandes. Il y a un attache­ment attribuable sans doute aux valeurs motivant l'engagement en ces lieux. Dans les organismes professionnels, politiques ou de pression, les per­sonnes arrêtent d'abord par manque de travail (pas de demande), puis parce qu'elles estiment avoir fait leur part. C'est dans ce type d'organis­mes qu'elles invoquent le plus cette dernière raison. Leur contribution est plus souvent «comp­tée», se limitant à ce qu'elles estiment être leur «part». Peut-être, est-ce parce qu'elles retirent, de cette forme d'engagement, moins de plaisir ou de gratification personnelle.

De manière générale, la participation aux associations de loisirs s'accroît à la retraite. Les groupes de loisir sont des lieux d'échange de services et d'information pour les personnes peu fortunées ou seules. La participation à ces groupes exige, en outre, moins d'énergie que le bénévolat.

L'abandon des rôles familiaux et professionnels conduit les gens à délaisser les groupes instrumentaux (promotion des intérêts de leurs membres), pour les groupes expressifs (expres­sion de soi, socialisation, art...), où les membres partagent des valeurs qui les rassemblent(11).

S. Lefebvre a identifié des facteurs d'inertie des aînées et aînés, des facteurs qui découragent leur implication sociale(12):

Facteurs d'inertie des aînées et aînés

  • le sentiment qu'on a gagné son «ciel», que la récompense est méritée; le sentiment d'avoir bien fait ce qu'on devait faire, et qu'on a maintenant le droit à la liberté, le droit de se faire plaisir;
  • une tendance à accepter la situation, à s'y résigner; le sentiment qu'on ne peut rien y changer et que les problèmes vont finir par passer;
  • une attitude négative à l'égard des jeunes: réprobation de leurs valeurs et conduite (manque de sentiments de responsabilité, trop grande liberté), le sentiment d'être reje­ tés par eux, la peur des abus et de la violence;
  • une reprise et intériorisation de l'image d'inu­tilité qu'on leur projette;
  • le rejet des contraintes, règles et interdits d'autrefois; vouloir reprendre le temps perdu, se libérer, faire ce que l'on veut;
  • ils et elles ne s'intéressent qu'à leur propre famille; les enfants des autres ne les concer­nent pas; c'est aux autres ou à l'État de s'en occuper(13).

3.2 Identité, bien-être et communauté de valeurs

Que ressort-il de ces travaux sur l'engage­ment et le bénévolat? L'ensemble des facteurs favorisant ou décourageant l'engagement social se rapportent de diverses manières à la question de l'identité de la personne engagée.

Facteurs favorisant ou décourageant l'engagement social

  • la cause défendue correspond à des valeurs et des conduites qui lui sont chères. La personne défend ce qui est important pour elle et qui a structuré en partie sa vie;
  • l'espace de sociabilité et l'homogénéité du groupe (intérêts identiques, communica­ tion facilitée) font de l'association ou du groupe un lieu d'expression et de recon­ naissance de soi;
  • l'estime de soi, la confiance et le sentiment de compétence raffermissent l'identité;
  • le besoin de se sentir utile, actif, productif est directement en rapport avec l'image de soi;
  • le bénévolat, comme forme de don est l'occasion et le moyen d'établir des rela­ tions, de créer des liens ou de les maintenir; une manière aussi de "signifier" ces liens, c'est-à-dire d'exprimer une appartenance à un groupe ou une communauté;
  • la retraite (de la personne ou de son con­ joint ou conjointe) entraîne un nouveau rapport avec le conjoint ou la conjointe et l'adoption d'un nouveau statut et de nou­ veaux rôles sociaux.

Les associations à l'intérieur desquelles se fait l'engagement comblent ainsi un besoin normatif, un besoin de repères, un besoin de reconnaissance de valeurs, nécessaires à la préservation ou la reconstruction de son identité. Les motivations altruistes (aider les autres) et les motivations plus «égoïstes» (bien-être, estime de soi) sont indissociables. Elles convergent et se rejoignent sur le plan de l'identité et des valeurs. S'engager pour changer des choses et se faire confirmer par d'autres que ce que l'on pense et fait est impor­tant, a de la valeur et du sens. Bien-être psycholo­gique, exercice d'un rôle utile, partage de mêmes valeurs favorisent l'insertion de l'individu à l'inté­rieur du groupe(14), mais aussi, au plan symboli­que, son insertion dans la société entière.

4. Méthode de recherche et échantillonnage

Si on connaît assez bien les motivations de ceux et celles qui s'engagent grâce aux étu­des sur le bénévolat, en revan­che on connaît très mal ce qui retient les autres de le faire.

De fait, il est difficile de con­ naître les freins ou les raisons de ne pas s'engager.

Ces difficultés, nous avons cherché à les compenser en interrogeant les femmes sur leur trajectoire d'engagement, incluant les actions auxquelles elles ont renoncé, les organis­mes qu'elles ont quittés.

4.1 Choix d'une méthode

Pour un ensemble de raisons, nous avons jugé préférable de procéder par entrevues de groupe, plutôt que par questionnaire, comme il était prévu au départ.

> Nous disposons déjà des résultats d'une en­quête par sondage réalisée auprès des mem­bres de l'AFEAS et de non-membres, portant sur leurs représentations de l'association et la satisfaction à l'égard des activités. Cette en­quête nous informe de ce que les femmes aiment le plus et ce qu'elles aiment le moins, ce qu'elles souhaitent, ce qui fait l'attrait de l'association, selon leur âge, leur situation professionnelle, la région qu'elles habitent, etc. Elle nous renseigne aussi sur ce qui pour­rait motiver les non-membres à s'engager dans un groupe de femmes. Nous n'avons pas voulu reproduire des données déjà existan­tes (15).

> Les documents de travail et les rapports des congrès d'orientation de l'AFEAS constituent également des sources complémentaires d'informations pertinentes. Un sondage auprès des membres fut réalisé en 1980 pour prépa­rer le congrès d'orientation. Nous intégrerons à notre analyse des informations contenues dans ces rapports.

Nous disposons des résultats de nombreuses études portant sur le bénévolat et les associa­tions volontaires, ainsi que sur les besoins des personnes âgées, dont nous venons de faire brièvement état. Ils nous fournissent des don­nées sur l'ensemble des bénévoles et les ten­dances générales. À cela, il faut ajouter les travaux plus généraux sur les valeurs et la place des aînées et aînés dans la société, tels ceux de Grand'Maison et Lefebvre.

Les résultats des recherches sur le bénévolat, souvent de nature quantitative, nous informent des conduites, des tendances, pas toujours des motivations, du sens que les gens donnent à leur choix. Ils nous informent très peu du désenga­gement et de l'abstention. De plus, les résultats obtenus par sondage sont par­fois contradictoires et demeurent souvent diffici­les à expliquer.

Compte tenu des objectifs de la recherche, il nous importe moins de connaître la fréquence et la proportion des comportements et attitudes adoptés par rapport à l'ensemble d'une popula­tion, que d'identifier diverses trajectoires d'enga­gement, diverses motivations, et d'en approfondir la compréhension.

Par ailleurs, si on connaît assez bien les moti­vations de ceux et celles qui s'engagent grâce aux études sur le bénévolat, en revanche on connaît très mal ce qui retient les autres de le faire. S'il est relativement aisé de faire la démonstration que l'engagement est une bonne chose pour les individus et les personnes âgées en particulier (estime de soi, identité), il l'est beaucoup moins d'expli­quer pourquoi la plupart d'entre elles préfèrent cependant les groupes de loisir, moins exigeants.

Est-ce parce qu'elles ne sa­vent pas ce qu'el­les manquent, qu'elles n'en sont pas conscientes? Ou est-ce parce qu'elles cher­chent autre chose? Il y a comme un hiatus: elles ont toutes les raisons de s'engager, mais seule une minorité d'entre elles le fait. La question des valeurs, de la compétence, et plus généralement de l'identité se pose ici.

De fait, il est difficile de connaître les freins ou les raisons de ne pas s'engager. Les personnes ont des raisons de faire une chose, mais pas toujours de ne pas la faire. Celles qui ne s'engagent pas n'ont souvent jamais pensé à s'engager, éprouvé le désir ou le besoin de le faire.  Il est plus facile de connaître les motivations à s'impliquer, parce que les personnes y ont déjà pensé et s'en font une idée. Un problème d'échantillonnage complique également l'identification des freins à l'engage­ment: les personnes engagées sont plus faciles à repérer et recruter pour une entrevue, que celles qui ne le sont pas.

Ces difficultés, nous avons cherché à les com­penser en interrogeant les femmes sur leur trajec­toire d'engagement, incluant les actions auxquel­les elles ont renoncé, les organismes qu'elles ont quittés. Nous avons interrogé de nombreuses femmes autrefois engagées, aujourd'hui retirées. C'est d'ailleurs la compréhension du parcours de ces femmes qui intéresse le plus l'AFEAS et qui motive notre recherche. Engagement et désenga­gement sont à comprendre ensemble, comme nous verrons, d'où l'intérêt de retracer des par­cours.

Reconstituer des trajectoires devait en même temps nous permettre de voir l'effet de l'âge et du passage à la retraite en particulier. Les trajectoires nous aideront également à mieux saisir le rôle de l'engagement dans le façonnement de l'identité en le replaçant à l'intérieur de cheminements indivi­duels.

Il va sans dire qu'en renonçant au question­naire, nous renonçons à constituer un échantillon représentatif des femmes enga­gées, et ainsi à donner un por­trait d'ensemble de l'engagement des femmes de plus de 50 ans au Québec, ou même au sein de l'AFEAS. Nous faisons le choix d'interroger moins de personnes, mais de mieux comprendre leurs actions. Nous perdons en éten­due, mais nous gagnons en profondeur.

4.2 Échantillon

Nous avons ainsi surtout ren­contré des femmes de la classe moyenne.

Nous avons cherché à rencon­trer des femmes de milieux so­ciaux assez diversifiés.

Six entrevues de groupe ont été réalisées à Cacouna, Chicoutimi, Montréal, Québec, Trois-RMères et Victoriaville, en janvier, février et mars 1995. Quarante-trois (43) femmes ont ainsi ac­cepté de parler de leurs choix et de leurs parcours. Les directives pour la formation des groupes étaient les suivantes:

>4 membres de l'AFEAS et 4 non-membres, afin de permettre une comparaison entre l'enga­gement à l'AFEAS et les autres formes d'enga­gement.

>4 personnes beaucoup ou peu engagées et 4 personnes non-engagées actuellement (si pos­sible des personnes autrefois engagées) pour avoir des trajectoires diversifiées et ainsi con­naître les freins et les incitatifs. Ce critère est indépendant de l'appartenance à l'AFEAS.

> des femmes de plus de 50 ans.

Nous avons cherché à rencontrer des femmes de milieux sociaux assez diversifiés. Trois groupes réunissaient des femmes habitant une grande ville ou sa banlieue (Montréal, Trois-Rivières, Québec), deux groupes réunissaient des femmes de milieu rural (des régions de Rivière-du-Loup et de Victo-riaville), et un groupe était formé de femmes d'une ville moyenne en région (Chicoutimi).

Nous n'avons pas cherché, comme dans un véritable focus group, à orienter la discussion en vue d'obtenir un consensus. Cependant de nom­breux points revenaient avec insistance faisant l'unanimité des participantes: l'indépendance vis-à-vis du conjoint, les besoins de reconnaissance, par exemple, sur lesquels nous nous étendrons d'ailleurs longuement.

Nous avons par la suite réalisé en avril une septième entrevue de groupe réunissant cette fois-ci uniquement des femmes qui se sont beau­coup impliquées par le passé, et qui sont aujourd'hui dé­sengagées. Cette rencontre avait pour but d'approfondir notre compréhension des facteurs conduisant à l'abstention ou au dé­crochage après 50 ans. Ce groupe est identifié plus loin sous l'appellation «Montréal-2», lieu de la rencontre, mais les femmes provenaient de divers coins du Québec. Leurs témoignages ne divergent pas beaucoup des autres entendus ailleurs. Ils font cependant ressortir avec plus de force et de nette­té ce qui s'est dit dans les autres groupes. Six femmes ont participé à cette discussion. Au total, nous avons donc rencontré une cinquantaine de personnes.

Le recrutement s'est fait par l'entremise de présidentes et agentes de liaison de l'AFEAS dans chacune des régions ou municipalités choisies. Nous leur avons communiqué les directives sus­mentionnées. Elles ont puisé dans leur réseau, avec pour effet, que les femmes engagées et membres de l'AFEAS furent plus représentées que prévu.

Nous avons ainsi surtout rencontré des fem­mes de la classe moyenne et quelques-unes appar­tenant à la classe élevée.  Il s'agissait très majoritai­rement de femmes ayant travaillé au moins une bonne partie de leur vie à la mai­son pour élever leur famille. La plupart se sont impliquées bénévolement à un moment ou l'autre de leur vie dans diverses organisations. Plusieurs le font encore.

Aussi, c'est de la trajectoire et de l'expérience d'un groupe de femmes particulier que notre recherche rend surtout compte: des travailleuses au foyer ou dans une entreprise familiale (ex: ferme), impliquées dans des associations parois­siales, plutôt que professionnelles. Les femmes travailleuses rémunérées et/ou non-engagées que nous avons rencontrées servent surtout - mais pas uniquement - de contre-point, faisant ressortir ce qu'il y a de particulier aux trajectoires des premiè­res.

Les travailleuses au foyer sont majoritaires à l'AFEAS. En 1980, selon un sondage réalisé en vue du congrès d'orientation, elles représentaient, avec celles travaillant dans une entreprise familiale, les deux tiers des membres; en 1990, elles formaient encore plus de la moitié du membership (les deux tiers si on inclut celles travaillant à l'extérieur du foyer à temps partiel). D'où qu'elles proviennent, leurs témoignages se ressemblent tous beaucoup. C'est l'expérience et la trajectoire de mères de famille, travailleuses au foyer d'une même généra­tion (16).

Cela dit, ce que ces femmes nous ont permis d'identifier est très souvent transposable à d'autres groupes, d'autres générations.

B-  Engagement et désengagement: analyse des entrevues

Le besoins pour les travailleu­ses au foyer et mères de fa­mille de sortir de la maison, de rencontrer d'autres femmes, est certainement la première motivation à s'engager socia­lement.

À l'inverse, il y a celles qui ne ressentent pas le besoin de sortir davantage de chez elles. Ce sont d'abord celles qui tra­vaillent ou ont travaillé à l'ex­térieur.

Pour plusieurs, l'implication semble d'abord combler un besoin personnel.

Dans un premier temps nous examinerons séparément les principaux facteurs qui incitent les femmes à s'engager ou se désengager, qui leur font préférer un type d'implication plutôt qu'un autre. Ces facteurs seront davantage mis en rela­tion dans un second temps par la reconstitution de trajectoires types de femmes, de parcours d'enga­gement. Nous insisterons alors sur les change­ments survenant au cours des années, particuliè­rement passé la cinquantaine, tant dans leur mode d'implication que dans leurs motivations. Nous serons ainsi conduit, dans un troisième temps, à examiner en quoi ces trajectoires sont celles d'une génération particulière: une génération de tra­vailleuses au foyer, aujourd'hui âgées entre 50 et 70 ans, et qui se sont impliquées dans leur milieu. Nous tenterons de cerner ce que leurs trajectoires ont de particulier.

1. Facteurs motivants et démotivants

Travailler avec d'autres fem­mes, réaliser ensemble des choses procure beaucoup de plaisir. Les femmes les plus engagées en ont particulière­ment gardé de bons souvenirs.

1.1 Sortir de la maison

«Il fallait que je me sorte moi-même, parce que personne ne serait venu me chercher»

(Chicoutimi D)(I7).

Le besoin pour les travailleuses au foyer et mères de famille de sortir de la maison, de rencon­trer d'autres femmes, est certainement la pre­mière motivation à s'engager socialement. Ce be­soin, presque toutes les femmes rencontrées nous ont dit l'avoir ressenti. Demeurer seule à la maison toute la journée, pendant que le mari est parti travailler ne permet pas de satisfaire un besoin de sociabilité et d'échange(I8). «J'ai commencé à aller à la bibliothèque pour avoir des sorties. J'ai connu beaucoup de monde. J'ai ainsi connu les voisins. Je connais presque tout le rang maintenant» (Québec B). «C'est un peu un besoin pour nous. Il faut meubler notre vie» (Cacouna G).

Avoir soin d'une maison est une tâche ingrate qui n'a jamais de fin. Le besoin d'en changer se fait parfois pressant. Il faut sacrifier certains travaux domestiques et sortir. «J'étais contente de laisser l'ouvrage à la maison. La poussière, ça ne m'a jamais énervée (...) On était con­tentes de sortir quand c'était le temps des as­semblées» (Vic-toriaville B). On bravait même la tempête, raconte cette femme et on priait que rien de fâcheux n'arrive... Une autre: «Je voulais entrer dans un groupe de femmes lorsque je travaillais à la maison. On disait que je ne faisais rien; j'élevais trois enfants!? J'ai entendu parler de l'AFEAS. J'ai appelé au Conseil du statut de la femme pour avoir l'adresse» (Québec D)(19). Le besoin est plus grand encore quand on arrive dans une nouvelle ville où l'on ne connaît personne. Une association comme l'AFEAS constitue alors un bon moyen de rencontrer des gens et de s'intégrer (Québec C, Chicoutimi D).

Pour d'autres, le besoin se fera sentir plus tardivement, à la suite d'une perte d'emploi. «Quand j'ai perdu mon emploi, je me suis embarquée tout de suite. Pas question de faire une dépression en regardant les quatre murs. Mon mari est par­ti toute la jour­née» (Trois-Riviè-res E). Après avoir cessé de travailler, le bénévolat évite d'être coupé du monde. Il permet de conti­nuer à voir des gens. C'est un substitut au travail.

À l'inverse, il y a celles qui ne ressentent pas le besoin de sortir davantage de chez elles. Ce sont d'abord celles qui travaillent ou ont travaillé à l'extérieur. De retour à la maison, elles ont plutôt envie d'y rester, de ne plus avoir d'obligations, de contraintes. Celles-là ont besoin d'indépendance, de ne plus avoir d'horaire, de pouvoir «flâner». Une femme qui ne s'est ainsi jamais impliquée, nous a expliqué qu'elle a toujours évité les postes de responsabilités, même dans les clubs de loisirs dont elle a fait partie: «Je fuyais les assemblées» (Chicoutimi I). Après le travail, elle ne voulait pas d'autres réunions, mais seulement se reposer. Le besoin de voir du monde, certaines vont d'ailleurs le satisfaire en retournant sur le marché du travail.

Des travailleuses au foyer également ne res­sentent pas ce besoin de sortir et s'impliquent peu. Elles se disent «bien» chez elles, préfèrent demeu­rer dans leur maison. «Je me trouve bien de n'être pas obligée de sortir, de pouvoir lire, bricoler dans ma maison» (Trois-Rivières A). Ces femmes ont des projets de couple pour quand viendra la retraite de leur mari; elles veulent faire quelque chose avec leur conjoint, ce qui exclut, pour elles, l'engagement social. L'une d'elle parle de l'impor­tance qu'elle attache à l'éducation des enfants: il faut y accorder du temps, les écouter, ne pas échouer, sinon «tu manques le bateau», «tu perds ta vie». «Mon choix, ça été de choisir mon mari. On se re­joint sur nos choix, nos activi­tés. Moi c'est familial. J'aime beaucoup ma maison. J'aime le monde, mais j'ai besoin de me replier sur moi-même. Présentement je suis comme cela... Je ne sais pas si c'est la vieillesse! (rire)» (Trois-Rivières A). Passé la cinquantaine, le désengage­ment prendra la forme d'un retour à la maison, d'un retour sur soi; le besoin de sortir ne se fera plus aussi pressant ou sera autrement satisfait (nous y reviendrons).

Pour plusieurs, l'implication semble d'abord combler un besoin personnel. «Quand je suis entrée dans les Filles d'Isabelle, ce n'était pas pour faire du bénévolat, mais pour connaître d'autres femmes. Après seulement, je me suis impliquée» (Chicoutimi F). De nouvelles motivations apparais­sent ainsi par la suite. En fait, derrière le simple besoin de sortir ou la simple envie de demeurer chez soi, on devine déjà d'autres motivations. Vouloir sortir est bien davantage qu'un besoin de se désennuyer, comme on pourrait le penser. Ces autres motivations passent même généralement avant celle de servir une bonne cause, bien que ce soit lié, comme nous le verrons.

1.2- Liens et amitiés

Se sentir des affinités, avoir des intérêts communs, un sen­timent d'appartenance est im­portant

«On s'en va là pour faire quelque chose qui aide, mais on s'en va aussi chercher des amis.(...) au bénévolat (contrairement au travail) tu rencontres des gens qui ont la même idée que toi»

(Montréal D).

Une femme mariée (Montréal E), après avoir souligné l'importance de la cause des femmes défendue à l'AFEAS, parle de son AFEAS locale comme d'une «famille».Une autre parle de «l'en­gagement humain» (Cacouna A), une expression qui lie ce besoin de rencontrer des gens et la responsabilité sociale. Travailler avec d'autres fem­mes, réaliser ensemble des choses procure beau­coup de plaisir. Les femmes les plus engagées en ont particulièrement gardé de bons souvenirs. Plusieurs font remarquer que leur engagement n'est pas entièrement désintéressé, puisque ça permet de se fai­re des amies et amis. L'une d'el­les parle ainsi de la chorale: «On est un groupe, on forme une petite famille. On aime cela se rencon­trer toutes les semaines. Certaines voudraient quitter. On leur dit: "Ne lâche pas, on est toutes ensemble". On se tient. Je pense que c'est un engagement social» (Trois-Rivières E). Ses amies et amis, on les supporte souvent comme les mem­bres de sa propre famille lorsqu'ils vivent des expériences difficiles comme la maladie ou la mortalité.

D'ailleurs, c'est par une amie que l'on est généralement introduite dans une association.

Souvent, au dé­but, on ne con­naît personne. On ne fait partie d'aucun groupe.

Ça prend un bon accueil pour que les femmes demeurent. «Au travail, tu as des amis, mais ça finit là quand tu t'en vas à 5 heures» (Montréal A). Au bénévolat, «c'est plus amical», même si peut-être on ne voit pas beaucoup plus les gens hors des activités bénévoles. Il n'y a pas de rivalité, de jalousie ou de compétition comme au travail ou au syndicat. Celles qui aiment le télépho­ne exercent un rôle dans la préservation des liens. Elles ont des listes de noms et s'occupent des convocations pour les réunions, du recrutement et des sollicitations pour une oeuvre charitable. «C'est mon hobby, c'est nécessaire pour garder nos membres de leur téléphoner» (Québec H).

Se sentir des affinités, avoir des intérêts com­muns, un sentiment d'appartenance est impor­tant. Ainsi, une femme va quitter un poste au sein d'un conseil d'administration où l'avait conduit son engagement social, parce qu'elle ne se sentait pas à sa place. Les autres membres étaient trop différents d'elle, des gens plus «intellectuels», qui travaillent dans un bureau. Elle ne s'est pourtant pas sentie rejetée ou méprisée; elle est partie d'elle-même (Trois-Rivières F).

Bien entendu, on ne rencontre pas unique­ment des gens avec qui on s'entend parfaitement. Il faut parfois montrer de la souplesse, savoir s'ajuster, trouver le moyen de faire passer son idée sans heurter personne, ne pas se laisser découra­ger par les personnes peu enthousiastes ou néga­tives. «Il faut être motivée. Il y a une manière de présenter les choses. Il faut connaître les gens, savoir comment les prendre, surtout si on veut amener de la nouveauté» (Victoriaville D).

1.3 La collaboration du mari

L'autonomie ne s'obtient pas toujours facilement.

Plusieurs prétendent connaî­tre des femmes qui n'ont pu faire partie d'associations à cause de leur conjoint, ou qui ont cessé d'en faire partie lors­que leur mari a pris sa retrai­te.

L'engagement social procure une autonomie, mais il faut déjà avoir une certaine autonomie pour s'engager, particulièrement vis-à-vis du con­joint. C'est un point sur lequel les femmes ont nettement insisté, particulièrement à Cacouna et Chicoutimi. Une femme nous a expliqué qu'au début de chaque mois elle donne

son emploi du temps à son mari pour les semaines à venir afin qu'il s'organise en conséquence; c'est à lui de s'ajuster. Plusieurs ont l'assentiment et parfois même l'encouragement de leur mari. «Moi, mon mari trouve que je ne m'engage pas assez» (Cacouna F). L'encourage­ment du mari, «c'est parfois le coup de pouce dont on avait besoin» (Cacouna A). Une femme a égale­ment insisté sur l'encouragement qu'elle a reçu de ses enfants, qui se rendaient compte que son implication sociale lui faisait du bien.

Mais il faut souvent conquérir cette autono­mie. D'où l'importance de savoir conduire et, si possible, d'avoir sa propre automobile. Les fem­mes que nous avons rencontrées à Québec ont unanimement célébré l'automobile:c'est un moyen, mais aussi le symbole de leur autonomie. «Quelle liberté lorsqu'on a une voiture!» (Québec H). «Une auto, j'en ai toujours eu une, même si je travaillais à la maison. C'est prioritaire. Je suis libre avec cela» (Québec A). Certaines ont raconté comment elles ont dû insister, se battre, «parlementer» pour l'avoir. «Quand les enfants étaient jeunes, mon mari n'aimait pas sortir. Comme je ne conduisais pas l'auto, mes choix étaient limités. Je voulais avoir une auto. Mon mari a rouspété un peu. Il disait que je prendrais l'auto et qu'il ne l'aurait plus. J'ai pris des cours de conduite. Mes enfants m'ont encouragée. Maintenant je peux me dépla­cer. J'ai appris à être autonome. Je l'ai appris à l'AFEAS» (Québec D).

L'autonomie ne s'obtient pas toujours facile­ment. «Quand j'ai commencé à travailler, mon mari n'a pas aimé cela. Ça été un choc! J'ai brisé une image» (Montréal C). «Moi aussi, il n'a pas aimé cela. Je voulais sortir de la maison. Il a été obligé de faire sa part dans la maison, et il s'inquiétait de ce que les autres al­laient penser» (Montréal F). Il faut accepter - et faire accepter par le mari - que le ménage soit fait moins souvent, que l'homme fasse les repas et lave la vaisselle à l'occasion, qu'il garde les enfants en soirée. Il ne faut pas trop «gâter» son mari avons-nous entendu à plusieurs reprises.  Il faut lui faire comprendre le bien-être que procure l'enga­gement. Une femme a cette formule: «J'ai amené mon mari à choisir mon choix» (Montréal-2B); pas seulement à le tolérer.

Il y a celles qui s'engagent avec leur mari. C'est ensemble qu'un couple collecte des fonds pour divers organismes charitables. Une femme s'oc­cupe de l'église avec son mari: «Ça fait des choses à se raconter dans le couple» (Cacouna D). Leur engagement a aussi quelquefois servi leur mari, notamment lorsque celui-ci s'engageait dans la politique ou des associations. Le mari bénéficiait alors des idées et de la formation de son épouse, et vice-versa. Cette femme dont le mari fut maire de sa localité nous rappelle le dicton: «Derrière un grand homme, il y a toujours une grande dame».

Par contre, ne pas avoir toujours les mêmes activités que son mari permet à d'autres leur engagement. «On va chacun de notre côté» (Qué­bec G). «Quand on fait les mêmes activités, on a rien à se dire après, tandis que si on va chacun de son côté, on a quelque chose à se raconter après» (Montréal G). Mon mari, dira une autre, ne pouvait être contre mon engagement, puisqu'il était aussi engagé que moi (Victoriaville B). Avoir des activi­tés séparées de son conjoint, surtout lorsqu'il prend sa retraite permet la poursuite des activités bénévoles. Une femme explique que son mari a des projets pour sa retraite qui ne sont pas les mêmes que les siens. «Sa retraite n'est pas la mienne. Il est important que je conserve mon auto» (Québec E). D'autres au con­traire préfèrent être avec leur mari, et s'impli­quent moins. La retraite du mari entraîne souvent une diminution des activités bé­névoles, de l'engagement social. On voit moins ses amies et amis diront certaines. «Mon mari est à la retraite; je trouve cela très difficile un homme à la maison», avoue l'une d'entre elles. «C'est pour cela qu'on sort!», lui réplique alors une autre (Chicou­timi D et H).

Plusieurs prétendent connaître des femmes qui n'ont pu faire partie d'associations à cause de leur conjoint, ou qui ont cessé d'en faire partie lorsque leur mari a pris sa retraite. Elles demeu­rent à la maison pour être disponibles, l'accompa­gner, ne pas le laisser seul. Pour certaines c'est leur choix, comme on le verra plus loin. D'autres y seraient contraintes. Bien évidemment nous n'avons pas rencontré ces dernières que nous ne pouvions, par définition, rejoindre, puisqu'elles ne sortent pas (20). Il est difficile par conséquent d'apprécier cette réalité. Mais l'insistance avec laquelle on en parle est le signe sans doute de l'importance de la relation au conjoint pour toutes les femmes, engagées ou non. L'autonomie ici recherchée n'est d'ailleurs pas sans liens avec le besoin de reconnaissance et de valorisation res­senti par toutes, dont nous allons maintenant parler. Elle n'est pas non plus sans rapport avec les causes défendues.

1.4 Une activité valorisante

L'absence de reconnaissance ou d'un simple respect fait perdre tout attrait à l'engagement.

L'importance de l'apprentissage de la prise de parole en public est nettement ressortie.

Les femmes qui travaillent àl'extérieur ont pu obtenir une satisfaction semblable dans leur travail C'est en faisant bien leur travail consciencieu­sement ou avec générosité qu'elles estiment parfois avoir apporté quelque chose aux autres, à la collectivité.

L'engagement est contrai­gnant comparativement aux loisirs.

On s'engage d'abord souvent pour la satisfaction de besoins personnels (sociabilité, estime de soi), mais ces besoins ne seraient pas satisfaits si l'ac­tion ne comportait pas une di­mension altruiste: l'action est socialement valorisée et recon-nue par les autres, parce qu'el­le est justement désintéressée.

La reconnaissance passe avant l'argent. Avec le bénévolat, «on voit qu'on est capable. On est fière de ce qu'on peut faire».

La reconnaissance est mutuel­le: «On découvre notre poten­tiel, et le potentiel des person­nes avec qui on travaillé».

La formation reçue est égale­ment importante: elle renforce l'estime de soi.

Plusieurs femmes nous ont dit refuser des engagements lors­ qu'elles ne se croient pas suffi­samment compétentes.

«Je me suis aperçue que j'étais une femme comme une autre. Je me suis dit: si ma voisine est capable, moi aussi. J'ai commencé à vivre. Ce n'est pas notre voisin, c'est nous-mêmes qui devons organiser notre vie»

(Cacouna G).

Le rôle de mère, s'accordent-elles toutes à dire, ce n'est pas toujours gratifiant. Le travail au foyer n'est pas valorisé et procure peu de recon­naissance. Le ménage, l'entretien de la maison, «c'est de l'enga­gement qui rap­porte ni à la so­ciété, ni à nous. (...) Passer notre vie à nous occu­per de la maison: tu n'as pas beaucoup de beaux souvenirs à la fin(...) tu en as beaucoup plus si tu oeuvres auprès des gens» (Cacouna B). «Dans la maison, tu te réalises pour les enfants. Tu es à leur service. Pendant beaucoup d'années ils ne te renvoient pas beau­coup de satisfaction ou de reconnaissance. Tandis qu'au comité d'école, le directeur va me dire: "Merci Micheline". On a de la reconnaissance. Tant que je me réalise, le bénévolat aura sa place. Je ne veux pas être payée» (Montréal C). La reconnais­sance passe avant l'argent. Avec le bénévolat, «on voit qu'on est capable. On est fière de ce qu'on peut faire» (Québec A). «On ne pense pas qu'on fait du bénévolat lorsqu'on en fait. On le fait parce qu'on a le goût d'en faire» (Québec G).

La reconnaissance est mutuelle: «On décou­vre notre potentiel, et le potentiel des personnes avec qui on tra­vaille» (Québec C). «Quand j'ai commencé, ça m'a sortie de l'ombre. Ça m'a fait voir autre chose» (Cacouna B). On découvre qu'on est aussi capable que d'autres de faire des choses. Ce besoin de reconnaissance prolonge et englobe d'une certaine façon les motivations exa­minées précédemment: besoin de sortir, besoin de sociabilité, autonomie.

Ce que l'on fait en dehors de la vie familiale et du travail, dira l'une d'elles, «c'est un peu une récompense» (Cacouna A). C'est une façon de donner un sens à sa vie, de faire son bonheur; aider les autres est une façon de faire son propre bonheur. Une autre nous dira que c'est une maniè­re de prendre la vie, de voir ce qui se passe autour de soi et de l'ap­précier (Cacouna E). Deux femmes nous parleront du plaisir et de la satisfaction qu'elles retirent de leur participa­tion au comité d'accueil des nouveaux arrivants de leur paroisse. Une autre parle de la «chance» qu'elle a de faire partie du comité d'entraide de la paroisse. Aider les plus démunis, «ça me grandit» (Cacouna B). Elle dit avoir eu la chance de ne jamais manquer de rien, alors elle donne(2I). «C'est toujours les mêmes (qui donnent leur temps)... sauf qu'on est bien!» (Mon­tréal D).

Elles accomplissent quelque chose qu'elles savent utile aux autres et même parfois indispen­sable à la société. «Il n'y aurait pas de bibliothèque sans les parents bénévoles pour s'en occuper» (Québec B). Pour plusieurs, l'activité est valorisante parce qu'elle satisfait un sentiment de responsabi­lité sociale. «C'est un apport à la société. Et c'est parce qu'on n'est pas payé qu'on aime cela, et qu'on le fait très bien. C'est fait par conviction» (Montréal C).

Les motivations égoïstes(22) et altruistes se mêlent et se confondent en partie. On s'engage d'abord souvent pour la satisfaction de besoins personnels (sociabilité, estime de soi), mais ces besoins ne seraient pas satisfaits si l'action ne comportait pas une dimension altruiste: l'action est socialement valorisée et reconnue par les autres, parce qu'elle est juste­ment désintéres­sée. Paradoxe: c'est justement en n'agissant pas uniquement dans son propre intérêt qu'on y trou­ve finalement son intérêt (reconnaissance). «Le bénévolat c'est un peu pour se réaliser ou réaliser ses idéaux Moi, je suis très consciente que je le fais d'abord pour moi. C'est parce que j'aime cela, parce que j'y crois et que ça me rend service. Quand je sortais de la maison pour aller au comité d'école, ça me convenait. Et en même temps ça rendait service à d'autres parents et aux enfants. Mais la première personne qui était bien servie, c'était moi» (Montréal C). Une femme insistera à la fois sur le sentiment de responsabilité vis-à-vis de sa paroisse, et le besoin qu'elle éprouvait de se «libérer» (Victoriaville B). «Responsabilité sociale» et «libération», sont deux ex­pressions fortes, exprimant des motivations dif­férentes. Mais le fait qu'elles aient été formulées par la même personne, montre qu'elles ne sont pas contradic­toires, et nous suggère même qu'elles se renfor­cent l'une et l'autre.

L'absence de reconnaissance ou d'un simple respect fait perdre tout attrait à l'engagement. Ainsi, une femme a cessé de faire de l'action politique le jour où elle s'est fait bousculer et insulter. Ce n'était plus agréable. «Plus jeune, tu passes par dessus cela. À 75 ans, je ne suis pas obligée d'endurer cela» (Montréal G). Elle aimait le travail électoral, mais elle n'a plus voulu en faire.

La formation reçue est également importante: elle renforce l'estime de soi. Elle est parfois tech­nique: on apprend à utiliser un ordinateur, par exemple. Mais on apprend d'abord à organiser des activités, à préparer des rapports; on apprend la procédure des assemblées délibérantes. «Il y a bien des réunions d'hommes où on ne sait pas le faire» (Québec G). «Je connais une femme de l'AFEAS qui est entrée à l'UPA (23) et qui leur a montré aux hommes comment on fait une réu­nion!» (Québec H).«À l'AFEAS,on apprend à faire les choses avec ordre» (Victoriaville B). Une autre dit avoir obtenu son «instruction» en s'impliquant dans le comité d'école (Cacouna G). «J'ai appris un tas de choses en politique. J'ai appris dans le porte- à-porte à parler aux gens, à expliquer» (Montréal E).

Dans toutes les rencontres, l'importance de l'apprentissage de la prise de parole en public est nettement ressortie. Les cours d'animation sont parfois donnés en exemple. L'affirmation de soi, la confiance et la reconnaissance passent par l'ex­pression de soi. Cette prise de parole résume bien l'ensemble de la démarche des femmes. Nous y reviendrons plus loin à propos de la trajectoire de cette génération de femmes.

Par contre, si le bénévolat exige certaines compétences (ex: dactylo), il faut se sentir compé­tente dès le départ pour accepter. Plusieurs fem­mes nous ont dit refuser des engagements lors­qu'elles ne se croient pas suffisamment compé­tentes. Des fois ' «tu aimerais mieux faire autre chose que ce qu'on te demande» (Trois-Riviè-res A). Alors on se désengage, on évite de se faire solliciter. Il arrive également qu'on s'en fait demander plus que prévu, on se sent obligé, on se sent parfois même coupable de refuser. La flexibilité de l'horaire, un attrait du bénévolat, disparaît. Une femme, puéricultrice de formation, a donné son nom au CLSC. Pendant plusieurs années elle allait garder des enfants le jour et le soir pour permettre à de jeunes mères de sortir. «C'est nécessaire». On s'occupe du bébé explique-t-elle, mais la maman est aussi contente d'avoir quelqu'un à qui parler. Cette activité lui laissait une grande liberté: «Si je suis libre, je le fais, sinon je ne le fais pas: c'est cela le bénévolat» (Montréal D). Cette liberté est impor­tante. On est son propre patron, on fait son propre horaire, et si ça ne nous convient plus, on quitte pour autre chose où l'on se sent mieux. Une infirmière qui s'occupe d'un paraplégique trouve

son travail très contraignant et le fait un peu par obligation: son patient est deve­nu ami et elle s'en croit un peu responsable, mais elle préférerait être à la maison et faire des activi­tés plus libres comme du bénévolat. «Je ferais de l'AFEAS 18 heures par jour» (Québec E). Elle aime particulièrement s'occuper du téléphone pour les convocations et le recrutement.

L'engagement est contraignant comparative­ment aux loisirs. «Souvent il faut que tu te marches sur le coeur, que tu te forces. Si tu attends que ça te tente, tu ne le feras jamais» (Cacouna B). «Il faut parfois se fouetter. C'est plus plaisant de dire: "je suis chez moi, je laisse cela aux autres, je n'ai pas le temps". Mais je l'ai fait». D'ailleurs elle ajoute: «J'aime cela rendre service» (Chicoutimi A). En comparaison de l'engagement familial cependant, l'engagement social comporte une part de liber­té (24). La famille est un devoir, quelque chose qui «va de soi», de «naturel», donc d'obligatoire, même si ça procure souvent du plaisir (notamment les petits-enfants).

Une activité sera perçue comme un engage­ment si les motivations, pour une part tout au moins, sont désintéressées. «La chorale, je n'ai jamais vu cela comme un engagement, car c'est un plaisir» (Cacouna E). Une autre, à propos de comi­tés d'école: «Je ne considère pas cela comme de l'engagement: ce n'est pas désintéressé. C'est pour nos enfants. On veut se rapprocher de nos en­fants» (Chicoutimi I). Ce caractère désintéressé de l'engagement le distingue à la fois du loisir et de l'engagement fa­milial: on s'y con­traint... libre­ment. Et comme nous l'avons déjà souligné, plus l'activité est dé­sintéressée, plus la personne, de manière un peu paradoxale, y trouve son propre intérêt. Une activité est d'autant plus reconnue et valorisée, qu'elle profite à d'autres que soi et qu'elle est considérée comme véritable­ment utile. Nous reviendrons sur ce dernier point à propos de la politique et du souci d'aider ceux et celles qui en ont le plus besoin.

Notons que les femmes qui travaillent à l'ex­térieur ont pu obtenir une satisfaction semblable dans leur travail. C'est en faisant bien leur travail, consciencieusement ou avec générosité qu'elles estiment parfois avoir apporté quelque chose aux autres, à la collectivité. Ainsi l'une d'elles, nous a parlé de son expérience d'infirmière dans le Grand-Nord, de la manière dont elle aidait et respectait les gens, leur vie, leurs coutumes, et comment, en retour elle fut appréciée. Un don et un contre-don (Trois-Rivières B). Une autre femme, travailleuse à temps plein, dira qu'il faut d'abord penser à bien faire son travail, pour en tirer une satisfaction. L'engagement social est alors moins un besoin. Ça n'empêche pas certaines de faire du bénévolat en plus de leur travail par sentiment de responsabi­lité sociale.

Cela dit, il ne faut pas sous-estimer la part de loisir et de plaisir recherchée. Tous les sondages internes de l'AFEAS le montrent: l'artisanat inté­resse une grande majorité des membres. L'artisa­nat fut d'ailleurs pour plusieurs un moyen d'ex­pression et de valorisation de soi. Il leur a permis de se trouver un talent et de créer quelque chose.

Le besoin de reconnaissance nous conduit au don, évoqué déjà à quelques reprises, à l'échange qui permet souvent la reconnaissance.

1.5 Le don et contre-don

Le contre-don s'obtient géné­ralement par une forme de reconnaissance ou de satisfac­tion personnelle.

On donne quand on a le senti­ment d'avoir autrefois reçu ou de recevoir aujourd'hui quel­que chose en échange. L'enga­gement est un don, dont on attend un contre-don.

Une vie difficile en raison de la maladie ou des problèmes familiaux et conjugaux, lors­que cela conduit à ne plus rien attendre des autres, sem­ble décourager l'engagement.

«Si tu n'as pas dans l'idée d'apporter un + aux autres, et que les autres t'apportent un +, tu es mieux de rester chez toi (...) Il faut que ce soit un échange» (Cacouna E).

«Ça nous fait plaisir de rendre service» (Victoriaville D).

On donne quand on a le sentiment d'avoir autrefois reçu ou de recevoir aujourd'hui quelque chose en échange. La réciprocité est nécessaire;l'engagement est un don, dont on attend un contre-don, ou qu'on rend en retour de ce qu'on a reçu. «C'est un besoin de donner ce qu'on peut donner à d'autres» (Victoriaville B). «Je donne, mais je vais aussi chercher quelque chose» (Victoriaville C). Parfois on a le sentiment d'avoir beaucoup reçu par le passé, de n'avoir jamais manqué de rien, et on se croit tenu aujourd'hui de rendre en aidant des gens dans le besoin.

Le contre-don s'obtient généralement par une forme de reconnaissance ou de satisfaction per­sonnelle. Comme beaucoup d'autres, une femme dit retirer énormément de satisfaction à rendre visite à des personnes seules, à leur procurer de l'aide, du réconfort ou simplement à les écouter. «Tu apprends de ces personnes». Il en va de même pour des activités qui ne constituent pas une aide directe à des individus. Une autre, sacristine de sa paroisse: «Ça apporte autant qu'on en donne» (Cacouna D).

La formation reçue peut aussi valoir dans l'échange. Ce qu'elles ont appris leur a servi par la suite: «Tout ce que j'ai fait, ça m'a servi après. Ce que j'ai fait, m'a toujours été rendu» (Québec A). Ce que l'on re­çoit en retour peut être encore plus concret: les contacts établis à l'AFEAS ont ainsi permis à une femme de se trouver un emploi.

L'engagement amène aussi à voyager: «J'ai fait le tour du Québec gratuitement; c'est un cadeau que m'a fait l'AFEAS» (Montréal-2 D).

En trouvant de l'aide et de l'amitié dans les groupes et organisations, on contracte alors une dette. Ainsi une femme (Montréal G) raconte qu'à une période difficile de sa vie, où elle était dépri­mée, elle a trouvé chez les Fermières des amies qui l'ont aidée et «sauvée». Même si aujourd'hui l'at­mosphère du cercle a changé, elle y demeure attachée par la reconnaissance qu'elle conserve. Sa fidélité au cercle est un peu le paiement de sa dette. Même attitude chez une femme autrefois très active, aujourd'hui désengagée, mais qui con­tinue de payer sa cotisation: «Je suis redevable à l'organisme» (Montréal-2 A). Une autre femme (Montréal A), après la perte de son emploi dit être sortie de la déprime grâce à son engagement; elle le poursuivrait même si elle devait se trouver un nouvel emploi. Nous avons parlé plus haut des groupes et associations conçus comme des fa­milles. Le don, l'échange crée des liens. L'aide, l'objet, la formation échangés sont au service du lien. L'échange rend possible le lien, il instaure un lien entre les individus (25). Ce qui est échangé devient souvent secondaire. Ce qui compte c'est la relation établie.

Une femme a même pour principe, lorsqu'elle collecte des fonds auprès d'entreprises pour Centraide, d'aller uniquement dans les magasins où elle-même achète. Une certaine réciprocité est nécessaire. «Si je n'avais pas acheté là, j'étais incapable de les solliciter» (Québec H). Elle ne demande qu'à ceux et celles à qui elle a déjà «donné». On encourage, comme elle dit, ceux et celles qui nous encouragent, et inversement.

Au contraire, cette femme qui s'est occupée seule de son mari malade, puis mourant, pendant

plusieurs années et sans recevoir d'aide d'aucun individu ou orga­nisme (qu'elle a pourtant atten­due), qui a beau­coup donné sans avoir le sentiment de recevoir, ne pense pas à s'engager. Aujourd'hui elle garde ses petits-en­fants, mais c'est vécu comme une obligation, une contrainte que lui imposent un peu ses enfants. Aussi, lorsqu'elle sort - et elle cherche à le faire le plus souvent possible dit-elle - c'est pour s'amu­ser, pour les loisirs, pour changer d'air; un temps pour soi. «J'ai travaillé pendant 25 ans, comme infirmière de 4 heures à minuit. J'ai gardé mon mari à la maison après son opération jusqu'à son décès. Maintenant, je ne veux plus rien savoir de la maison. Je ne suis bien qu'à l'extérieur; il faut que je sorte» (Trois-Rivières C). Notons qu'elle a quand même fait du bénévolat pendant un an: la compta­bilité du curé, jusqu'au décès de celui-ci.

Une vie difficile en raison de la maladie ou des problèmes familiaux et conjugaux, lorsque cela conduit à ne plus rien attendre des autres, semble décourager l'engagement. On recherche alors une forme d'auto-reconnaissance, d'auto-suffisance, qui ne doit rien aux autres. Ainsi une femme, qui dit ne pas avoir été choyée par la vie (divorce, maladie) insiste sur l'idée qu'on fait son bonheur soi-même. Elle dit avoir été obligée de renoncer à bien des choses, avoir dû se résigner et se sacrifier pour ses enfants. Et si elle s'implique malgré tout, elle aussi, c'est discrètement, en collaborant au feuillet paroissial de manière anonyme et sans le dire à personne; sans attente de retour.

1.6 Aider ceux et celles qui en ont véritablement besoin

On veut donner à ceux et cel­les qui en ont le plus besoin, et on ne veut pas se tromper sur ce point Ainsi, plusieurs fem­mes manifestent peu d'intérêt pour la politique, pensant que les partis disposent suffisam­ment d'argent, que leur action ne va profiter qu'aux politi­ciens, qu'elle ne va servir que des intérêts personnels et par­tisans.

Il faut avoir confiance dans les personnes que l'on aide ou l'or­ganisation que l'on supporte.

On aide les personnes qui en ont véritablement besoin, mais pas nécessairement toujours celles qui en ont le plus besoin.

«Il faut qu'on sache que ça va donner quelque chose» (Montréal C).

Les personnes que l'on aide ou les groupes que l'on appuie doivent avoir véritablement be­soin d'aide. Leur besoin doit être évident, on veut donner à ceux et celles qui en ont le plus besoin, et on ne veut pas se tromper sur ce point. Ainsi, plusieurs femmes manifestent peu d'intérêt pour la politique, pensant que les partis disposent suffisamment d'argent, que leur action ne va profiter qu'aux politiciens, qu'elle ne va servir que des intérêts per­sonnels et parti­sans. «La politi­que ça m'attire moins: je n'ai pas l'impression qu'ils sont dému­nis ces gens-là» (Montréal C). Pour certaines, la politique ce n'est même pas du bé­névolat, car ce n'est pas rendre un service à la société, ce n'est pas aider des gens dans le besoin. S'il faut choisir, elles vont au plus pressant, là où l'aide est le plus nécessaire, où il manque de bénévoles par exemple.

Une femme de Québec nous dira, quant à elle, avoir cessé - tout comme d'autres femmes - de collaborer à la Saint-Vincent-de-Paul lorsque l'or­ganisme régional a grossi et qu'une partie des énergies et des fonds a commencé à être affectée à l'organisation et à l'embauche de permanents. Leur effort cessait alors de servir entièrement ou directement à ce qu'elles désiraient: aider les gens dans le besoin. Dans les organismes se manifeste parfois ce genre de conflits ou de désaccords entre les bénévoles et les permanents, quant aux moyens et objectifs, et quant au statut des personnes impliquées (26). Une autre femme de Québec (D) a également quitté une oeuvre charitable parce qu'elle trouvait qu'il y avait du gaspillage: on jetait du linge encore utilisable.

Dans le même ordre d'idée, il faut avoir con­fiance dans les personnes que l'on aide ou l'orga­nisation que l'on supporte. Si elles croient que l'action partisane ne profite qu'aux politiciens, que le syndicalis­me ne contribue pas à changer les choses, elles renoncent à ces organisations. Une femme a ainsi quitté son syndicat (Trois-Rivières). De même, plusieurs femmes à Trois-Rivières diront se méfier du porte-à-porte, parce qu'elles ne savent jamais si les personnes qui les sollicitent disent la vérité (ex: ex-détenus), si l'ar­gent va servir à ce que l'on dit ou si la personne va plutôt le mettre dans sa poche(27). On s'engage lorsqu'on a confiance que son action va réelle­ment profiter aux personnes que l'on veut aider ou à la cause que l'on défend. Cette confiance est nécessaire à l'établissement des liens (amitié, don) et à la reconnaissance personnelle recherchée.

«J'ai travaillé des années au comité d'école. J'étais sûre que ça améliorait la qualité de vie des enfants. De mes enfants et des autres enfants< aussi» (Montréal C).

Il faut aussi trouver une cause qui tienne à coeur. Une femme refusera de faire des foulards pour la chorale parce que ce n'est pas pour elle une cause prioritaire. Une autre a quitté une associa­tion de parents et amis de malades mentaux quand on a commencé à lui demander de faire des choses qu'elle n'estimait plus être de sa compé­tence: participer à l'embauche du personnel; elle s'était impliquée pour rencontrer les parents de malades mentaux (aide et contact direct). Plu­sieurs autres personnes bénévoles sont égale­ment parties, affirme-t-elle. Elles ne faisaient plus les choses qu'elles désiraient faire, qui les intéres­saient et pour lesquelles elles se sentaient compétentes. Dans ce cas-ci elles se sont heurtées à une certaine bureaucratisation et professionnalisation de l'organisme d'aide.

Une autre refuse de s'impliquer dans les fêtes anniversaires de la paroisse à cause de l'attitude de certains paroissiens et paroissiennes, qui ex­cluent des gens de la communauté, les tiennent à l'écart. Cette attitude la déçoit, même si elle n'en est pas personnellement la victime, et elle se retire.

Par ailleurs, on se confronte à ses propres limites. On aide les personnes qui en ont véritable­ment besoin, mais pas néces­sairement tou­jours celles qui en ont le plus besoin. Une fem­me qui a travaillé pour une popote roulante expli­que que «voir une personne isolée dans une mai­son, et que je suis la seule personne à qui elle va parler dans la journée, ça me fait trop mal» (Mon­tréal E). D'autres ne se sentiraient pas capables de travailler auprès de grands malades ou de mou­rants.

1.7 La politique et le communautaire

Ce que l'on reproche à la poli­tique, c'est d'être dépourvue des attraits de l'engagement que nous avons précédemment identifiés: amitié, reconnais­sance, don, aide à ceux et celles qui en ont véritablement besoin.

Elle préfère l'AFEAS: «C'est de la politique qu'on peut aimer faire».

Ce besoin de changement se traduit quelquefois par un re­tour aux études, un peu plus souvent par l'intégration au marché du travail

Le peu d'intérêt à l'égard de la politique, son caractère imper­sonnel notamment, nous con­duit au décrochage et à l'abs­tention attribuables à des fac­teurs liés à l'âge.

Le décès du conjoint, ou plus souvent encore son passage à la retraite est un événement déclencheur de ce retrait.

Après l'engagement social, el­les se tournent vers l'engage­ment spirituel, une démarche éminemment individuelle.

Les femmes plus âgées de l'AFEAS demeurent souvent plus politisées et plus militan­tes que les autres femmes du même âge et même que des membres plus jeunes de l'AFEAS.

«C'est parce qu'on y croit au mouvement»

(Victoriaville D).

Dans l'attitude vis-à-vis de la politique, nous retrouvons plusieurs éléments que nous venons d'aborder. Cette attitude met en évidence ce qui peut faire l'attrait de l'engagement communau­taire.

La politique, surtout municipale, en attire quelques-unes, «quand on a des intérêts à défen­dre, je trouve cela intéressant» (Québec B). Mais le moins qu'on puisse dire c'est que la plupart des femmes rencontrées sont tièdes vis-à-vis de la politique. Ce qui déplaît en politique, c'est la compétition, les motivations trop intéressées: on travaille pour des votes, des emplois; pas pour les autres. La politique, c'est la rivalité, la bataille, les conflits, les manipulations, la défense des intérêts personnels. «C'est un peu la jungle» (Victoriaville C). «Aujourd'hui c'est décevant la politique. On est déçu par les politiciens. Ceux qui sont honnêtes deviennent un peu malhonnêtes malgré eux, pris dans l'engrenage (...) Je ne m'engagerais jamais dans des affaires comme cela» (Trois-Rivières E). «J'ai plus ou moins confiance: ce n'est pas les plus compétents qui vont en politique, c'est ceux qui crient le plus fort» (Victoriaville C). Plusieurs (mais pas toutes) expriment une pareille déception.

Une femme dont le mari fut député garde un mauvais souvenir de la politique, des tactiques et des stratégies, des attaques tou­chant la vie privée dont ils fu­rent l'objet: «C'est ingrat». Nous retrouvons ici encore la ques­tion de la reconnaissance. Elle préfère l'AFEAS: «C'est de la politique qu'on peut aimer faire» (Québec G). Comparant son expérience en politi­que municipale et sa participation au Conseil d'administration d'une Caisse populaire, une fem­me dira qu'en politique c'était chacun pour soi, tandis qu'à la Caisse, ils formaient une équipe. De cette seconde expérience, elle conserve d'ailleurs un excellent souvenir. «Ce fut gratifiant» (Mon-tréal-2 A).

Si plusieurs ont fait du travail d'élection, c'était d'abord pour rendre service à une amie qui sollicitait leur collaboration. «J'ai travaillé souvent le jour des élections, mais j'haïs la politique!» (Trois-Rivières F). Certains témoignages sont élo­quents: «J'ai travaillé pour une élection. Je distri­buais des tracts les samedis. On organisait des réunions. Une semaine après l'élection tu rencon­tres le député au magasin et il ne te reconnaît même plus! Est-ce parce que j'étais bénévole? Si j'avais été payée peut-être qu'il m'aurait recon­nue...» (Québec E). Nous retrouvons ici le besoin de reconnaissance... dans sa manifestation la plus élémentaire!

En somme, ce que l'on reproche à la politique, c'est d'être dépourvue des attraits de l'engage­ment que nous avons précédem­ment identifiés: amitié, recon­naissance, don, aide à ceux et cel­les qui en ont vé­ritablement be­soin. Par ailleurs, l'action politique ne donne pas des résultats immédiats, ni toujours tangibles, tandis que l'action locale et communau­taire procure une aide concrète et immédiate à des individus bien identifiés. La politique apparaît souvent comme provoquant la division et mena­çant des valeurs. Elle semble également exiger un savoir. L'action communautaire donne plutôt un sentiment de solidarité, de cohésion sociale, et met à profit l'expérience des gens. Pour ces rai­sons, l'action politique n'apparaît pas toujours la plus intéressante et la plus efficace (28).

Soit dit en passant, à la Commission des aînées et aînés sur l'avenir du Québec, parmi les valeurs morales et spirituelles devant animer no­tre projet de société, les personnes venues témoi­gner ont souvent mentionné «le sens du service». «Beaucoup d'aînés le vivent dans le cadre d'enga­gements bénévoles. On a de plus fait remarquer que ce sens du service, joint à celui de l'honnêteté, devrait se retrouver à tous les paliers d'engage­ment». Il fut également question d'un meilleur équilibre entre droits individuels et les responsa­bilités: les personnes ont des devoirs envers la collectivité, pas uniquement des droits (29).

Même  une femme impliquée à l'année longue en politique, faisant beaucoup de travail clérical, n'a pas le sentiment d'avoir une influence. Pas même sur la scène municipale. «Je leur dit: Appe­lez-moi, je suis disponible. J'ai tout fait en politique, à part être élue! Téléphoniste, travail de bureau, dépliants, accompagner les candidats, ré­ceptionniste (...) Moi, je suis toujours en arrière». Elle y trouve cependant de l'amitié et du plaisir, contrairement à celle dont le mari a été candidat et qui conserve un mauvais souvenir de l'expé­rience (30).

Pour plusieurs, la politique c'est une «affaire d'hommes»; les hommes n'aiment pas souvent s'asseoir à la même table qu'une femme. On ne croit pas non plus avoir suffisamment d'instruc-tion pour s'y engager. C'est donc un monde «étran­ger», peu propice à défendre ce qui leur est cher. L'AFEAS, par contre, c'est faire de la politique «en douceur» dira une dame (Cacouna A). Plusieurs autres nous ont également dit ne s'intéresser qu'à la «politique familiale!»

1.8 Nouveaux besoins, nouveaux intérêts

Avec la retraite du conjoint se pose à nouveau la question de l'autonomie de la femme vis-à-vis de son conjoint.

La retraite est perçue et vécue souvent comme une exclusion sociale subie, acceptée et même parfois désirée et recherchée.

Et un premier décrochage en entraîne parfois un plus grand. Il devient difficile de raccro­cher.

La fin de leur démarche d'ex­pression et de valorisation de soi s'exprime également par une certaine fatigue et un éloi­gnement de la politique.

«Une fois embarquée, on est sollicitée, et toujours sollicitée. C'est difficile de dire non. Un jour on dit: "J'ai fait ma part"»

(Victoriaville E).

Le peu d'intérêt à l'égard de la politique, son caractère impersonnel notamment, nous conduit au décrochage et à l'abstention attribuables à des facteurs liés à l'âge. Nous tou­chons ici plus spécifiquement le désengage­ment des femmes de plus de cinquante ans: refus des horaires chargés et des engagements à long terme, besoin de loisirs, fatigue.

De nombreuses femmes nous ont parlé d'un besoin d'horaire flexible, variable, même si elles demeurent impliquées; un besoin qui vient avec l'âge, après les années très chargées consacrées à élever ses enfants ou à travailler, et aux divers engagements. Accompagner des personnes âgées à l'hôpital est ainsi préféré à des postes de respon­sabilités dans une association (Chicoutimi A). Les femmes ne veulent plus s'engager longtemps d'avance et à long terme, ne plus prendre des responsabilités. On ne veut plus se sentir con­trainte comme on l'était sur le marché du travail ou lorsqu'on élevait sa famille. «J'ai cessé de travailler, je ne vais pas me réembarquer!» (Trois-Rivières B); un horaire déterminé d'avance, «ça je ne veux plus» (Trois-Rivières A).

Une autre femme très impliquée, qui fut no­tamment vice-présidente provinciale de l'AFEAS, ne veut plus d'horaire chargé et planifié d'avance comme autrefois. Elle dit avoir besoin de plus de vacances. Une autre, tout aussi impliquée dit pratiquer plus de

loisirs et de sports qu'autre­fois. Elle s'est un peu retirée de son AFEAS locale où elle a été très active: besoin de changer dit-elle, besoin de faire des choses «pour moi». Elle commençait aussi à s'ennuyer un peu (Québec H). Même son de cloche ailleurs: je continue de m'impliquer: «mais je suis capable de dire non» (Montréal-2 E).

Ce besoin de changement se traduit quelque­fois par un retour aux études, un peu plus souvent par l'intégration au marché du travail. Les enfants élevés, elles se trouvent un emploi; elles devien­nent en même temps, moins disponibles pour les activités bénévoles. Mais au-delà de la question du temps, il y a ce besoin de faire quelque chose pour soi. Le travail est pour plusieurs une activité pour soi. À un moment donné, nous explique l'une d'elle, le défi devient s'occuper de soi, prendre du recul, «ne plus s'étourdir» dans de multiples acti­vités. Avec le travail on concentre ses activités et on se concentre sur soi: «Je n'ai plus d'agenda; j'ai un journal personnel!». Elle pense revenir à l'enga­gement, mais attend quelque chose qui lui plaît vraiment et qui lui procure un nouveau défi (Mon­tréal-2 F).

Pour d'autres, se tourner vers soi, ce sera entreprendre une démarche spirituelle: s'intégrer à un groupe de prière, de croissance personnelle,ou consacrer son temps à la lectu­re, aux arts, aux discussions avec des amies. Après l'engagement so­cial, elles se tournent vers l'engagement spirituel, une démarche éminemment individuelle, même si d'autres les accompagnent. Pour d'autres encore, ce sera tout simplement les loisirs. «Je me suis épuisée, j'en ai trop pris (...) Je n'ai plus le goût de relever des défis. J'ai juste le goût pour l'Âge d'Or, pour aller danser (...) Me gâter. Je ne me suis jamais arrêtée!» (Montréal-2 D).

Le sondage réalisé en 1990 pour le compte de l'AFEAS indique que les membres de l'association de plus de 45 ans montrent beaucoup plus d'inté­rêt pour la pro­motion des inté­rêts des femmes que les non-membres. En fait, les femmes plus âgées de l'AFEAS demeurent sou­vent plus politi­sées et plus militantes que les autres femmes du même âge et même que des membres plus jeunes de l'AFEAS. Seulement, elles désirent davantage de loisirs et moins de responsabilités qu'autrefois. Elles rejoignent un peu les autres femmes de leur âge davantage intéressées à faire partie d'une association de femmes pour les activités sociales et de loisirs, que pour militer en faveur de la condition féminine.

Le décès du conjoint, ou plus souvent encore son passage à la retraite est un événement déclen­cheur de ce retrait. Une femme, par exemple, qui gardait bénévolement les enfants de jeunes mères dans le besoin explique qu'elle fait davantage d'activités avec son mari depuis que ce dernier est à la retraite. Elle garde encore des enfants, mais beaucoup moins: elle n'est plus inscrite au CLSC comme bénévole, mais une ou deux femmes l'ap­pellent encore pour avoir de l'aide; «des gens que je connais» (MontréalD).Une autre femme très engagée nous dit qu'à la retraite de son mari, il en sera peut-être autrement, qu'elle éprouvera moins le besoin de sortir (Trois-Rivières E). Elles rejoi­gnent sur ce point d'autres femmes peu ou pas engagées: «C'est difficile de prévoir. Mon mari vient de prendre sa retraite. On est dans notre "lune de miel". C'est tout beau. On a plein de projets. On ne pense pas à faire du bénévolat parce qu'on a beaucoup d'activités, on part en vacances; mon mari est un gros joueur de golf et je travaille encore deux jours par semaine» (Montréal F). Même une femme très engagée, qui espère pou­voir faire encore longtemps du bénévolat nous dit qu'elle a hâte à la retraite de son mari pour passer plus de temps avec lui: «J'ai hâte de vivre avec mon mari. On va faire des choses ensemble. (...) On a des choses à vivre en couple» (Montréal C). C'est pourquoi d'ailleurs elle ne veut pas trop garder ses petits-enfants(31).

Avec la retraite du conjoint se pose à nouveau la question de l'autonomie de la femme vis-à-vis de son conjoint. Celui-ci doit accepter que sa femme ne soit pas toujours là, et de faire lui-même ses repas, par exemple.

Mais plus généralement, la retraite est asso­ciée au repos, à la fin des responsabilités, au retour sur soi. La retrai­te est perçue et vécue souvent comme une ex­clusion sociale subie, acceptée et même parfois désirée et recherchée(32). À la retrai­te peut-être aussi, les gens changent parce qu'ils s'attendent à changer. C'est ce que les sociologues appellent une prophétie auto-réalisatrice: on pro­voque un changement seulement en l'anticipant.

Tous ces besoins nouveaux et ces attitudes nouvelles, que signale parfois la retraite et que condense la formule «pour soi», signifient chez

plusieurs fem­mes l'aboutisse­ment d'une «dé­marche». Le be­soin de sortir, de créer des liens, de faire une activité valorisante, de parfaire leur formation, qui les avait conduites à l'engagement, est en partie satis­fait. L'engagement n'est plus aussi nécessaire, il ne se fait plus aussi pressant. L'objectif d'accroître la confiance et l'expression de soi dans une asso­ciation comme l'AFEAS, a été largement atteint, avec l'effet imprévu de conduire à un certain désengagement. D'ailleurs si l'un de ces besoins se manifeste encore (dans un contexte différent), l'engagement peut demeurer la manière de le satisfaire. Des femmes poursuivent leur engage­ment entre autres, pour fuir la solitude causée par le décès de leur mari.

La fin de leur démarche d'expression et de valorisation de soi s'exprime également par une certaine fatigue et un éloigne­ment de la politi­que. L'engage­ment peut pren­dre une grande place et devenir envahissant, occuper tout le temps et tout l'esprit. «J'ai été huit ans présidente d'AFEAS. J'étais aussi aux Femmes chrétiennes, à la chorale, au comité de liturgie... Il ne restait plus beaucoup de soirs... Je me suis retirée un peu» (Victoriaville A). Ce besoin de prendre du recul, plusieurs femmes l'ont exprimé. Une autre, qui n'a pourtant pas ralenti dans son engagement avoue cependant: «Être présidente (de son AFEAS locale) c'est usant. Huit ans, c'est héroïque! Dans le même milieu c'est toujours le même monde (qui accomplit les tâ­ches, assume les responsabilités). C'est épuisant. Il faut du nouveau. On n'est pas obligée de venir à toutes les réunions dans l'année, mais il faut continuer d'appuyer le mouvement» (Victoriaville D).

Et puis lutter pour une cause peut devenir mentalement épuisant: «c'est fatiguant de s'indi­gner toujours, de haïr» (Montréal-2 A). Le conflit, le ressentiment sont destructeurs. Travailler pour la condition féminine, diront certaines, ce n'est pas toujours facile: on ne voit pas toujours les résultats. Les mentalités, c'est difficile à chan­ger. Celles qui ont progressé dans une organi­sation, occupant des postes de responsabilité plus élevés au plan provincial par exemple, lorsqu'elles retournent à la base, perçoivent un écart: elles trouvent les femmes moins conscientisées, moins autonomes, moins revendicatives, qu'elles-mêmes le sont devenues. Avec les nouvelles membres, «c'est toujours à refaire»; elles n'ont pas fait le même parcours que les anciennes. On trouve que la condition féminine ne progresse pas ou trop lentement. Des femmes trouvent même parfois leurs propres filles peu autonomes. Une certaine déception ou frustration se manifeste.

Et un premier décrochage en entraîne parfois un plus grand. Il devient difficile de raccrocher. «Quand on n'occupe plus de responsabilité, on perd de l'intérêt (...) quand on a été conseillère et qu'on redevient simple membre, qu'on retourne à la simple petite assemblée (locale), on a moins d'intérêt» (Victoriaville E).

C'est aussi aux plus jeunes de prendre la relève, de changer les choses, pense-t-on. Ça les concerne davantage, puisque ce sont elles qui les vivront. «J'ai moins d'intérêt, j'ai dépassé le temps de changer les choses» (Victoriaville A). À 77 ans, une femme dit avoir quitté l'AFEAS parce que ce n'est plus sa place. La condition féminine ça concerne davantage les jeunes. Elle donne l'exem­ple de la question des métiers non-traditionnels. Par contre elle demeure membre du Cercle de Fermières pour l'artisanat: elle veut apprendre la dentelle pour le montrer ensuite à ses filles. Elle se préoccupe désormais plus de transmission que de changer une situation présente(33).

Ces nouveaux besoins montrent bien que la compréhension du décrochage exige d'abord une compréhension des facteurs qui ont conduit les femmes à s'engager. Il faut situer leur choix à l'intérieur de ce qu'elles appellent leur «démar­che», leur parcours. C'est pourquoi, il nous faut maintenant recomposer les trajectoires des fem­mes avec les facteurs que nous venons de présen­ter.

2. Différentes trajectoires

Adoptant une perspective plus chronologi­que, nous retracerons ici les principales trajectoi­res d'engagement des femmes que nous avons rencontrées. Il s'agira de trajectoires «types», com­posées chacune d'éléments appartenant à diver­ses trajectoires individuelles. Aucune femme n'a suivi toutes les étapes, ni vécu toutes les expérien­ces que nous associons à un itinéraire type. Les trajectoires ne seront pas présentées séparément à tour de rôle. Certains parcours sont identiques sur une période, avant de diverger; d'autres se croisent.

2.1 Débuter, s'impliquer

L'arrivéed'enfants, lestravaux domestiques nombreux ne per­mettent pas une vie sociale très active les premières an­nées du mariage.

Mise à part l'implication dans l'AFEAS, les comités d'écoles sont le lieu, avec la paroisse, où les femmes rencontrées se sont le plus engagées.

Certaines sont d'abordvenues et demeurent à l'AFEAS pour les arts et l'artisanat.

Les enfants devenus grands, elles quittent le milieu scolaire et les loisirs familiaux où elles ne se sentent plus directement concernées.

L'engagement va prendre une très grande importance dans la vie de certaines personnes: il les aidera à surmonter des épreuves, leur procurera des amis et amies, leur donnera confiance et motivation.

L'analyse des facteurs favorisant l'engage­ment a déjà largement fait ressortir le besoin d'une activité valorisante extérieure à la maison pour les travailleuses au foyer. C'est, en effet, le point de départ de l'implication de nombreuses femmes.

L'arrivée d'enfants, les travaux domestiques nombreux ne permettent pas une vie sociale très active les premiè­res années du mariage. La mai­son, le couple, les enfants accapa­rent le temps et les énergies, con­centrent les pré­occupations. Mais les enfants vont vieillir et com­mencer à aller à l'école: du temps se libère; un besoin de sortir, de voir du monde, de se «ressour­cer», et d'avoir du temps à soi se fait sentir. C'est alors que les femmes commencent souvent à s'impliquer dans de premiers comités ou associa­tions. «Je restais à la maison pour m'occuper des enfants. J'ai commencé le bénévolat quand j'ai été plus libre» (Trois-Rivières F).

Les comités d'école répondent particulière­ment bien au besoin de sortir et de gratification, tout en contribuant à l'éducation des enfants. Les femmes partent à l'école, raconte l'une d'elles, en même temps que les enfants; il n'y a pas de conflit d'horaire: «C'était pratique, les enfants n'étaient pas pénalisés» (Montréal C). Les femmes n'ont pas le sentiment que l'engagement se fait au détri­ment du rôle parental; au contraire, il le complète. Participer au comité d'école c'est s'assurer que les enfants reçoivent une éducation de qualité. Com­me mères de famille et comme femmes qui auraient aimé étudier, l'éducation revêt souvent une très

grande impor­tance (nous y re­viendrons). Les enfants procu­rent ainsi une double motiva­tion: on s'engage pour ne plus seulement s'occuper d'eux et en même temps pour mieux s'en occuper. Les enfants ne semblent d'ailleurs jamais constituer un frein à l'engagement social. De nombreuses femmes, par­mi les plus impliquées, en ont eu plusieurs.

Mise à part l'implication dans l'AFEAS, les comités d'écoles sont le lieu, avec la paroisse, où les femmes rencontrées se sont le plus engagées. La bibliothèque et les loisirs scolaires ont égale­ment procuré l'occasion à des femmes de s'impli­quer une première foi, de se faire remarquer, de rencontrer des gens, de se faire offrir parfois une autre activité, d'autres responsabilités: comité de pastorale, campagne de souscription pour un or­ganisme de charité, etc. Quelquefois, cependant, on prend les devants, d'une manière ou l'autre: on donne son nom à un organisme (CLSC, paroisse ou organisme); on voit une annonce et on appelle...

D'autres vont débuter dans une association comme l'AFEAS, les Fermières ou les Filles d'Isabelle. Elles sont généralement invitées par une amie, une soeur ou une belle-soeur à se joindre au groupe. Elles y vont pour rencontrer d'autres femmes ou se divertir. Elles y vont d'abord pour elles-mêmes; l'engagement vient après, à mesure que les enfants grandissent, quittent la maison, qu'elles prennent de l'assurance, que l'intérêt se développe. «Tu finis par t'engager socialement (...) même si ce n'était pas le but au départ» (Chicoutimi E). «Plus tu t'impliques, plus c'est intéressant» (Chicoutimi B).

Certaines sont d'abord venues et demeurent à l'AFEAS pour les arts et l'artisanat. C'est leur principal intérêt; «tant mieux si en même temps on contribue à améliorer la condition féminine» (Trois-Rivières D). Il ne faut d'ailleurs pas sous-estimer l'importance de l'artisanat. Il a parfois été le moyen pour les femmes de se découvrir un talent et de prendre confiance en elles-mêmes.

Pour plusieurs, parmi celles qui s'engageront le plus par la suite, l'implication a débuté avant le mariage, généralement dans des mouvements de jeunesse catholiques. Ces femmes se sentent une responsabilité sociale. Elles éprouvent tout autant que les autres un besoin de délaisser un moment leurs obligations familiales et domestiques, de faire une activité valorisante, mais elles sont éga­ lement motivées, dès le départ par l'engagement social. D'ailleurs, si on s'est impliqué étant jeune, le besoin de sortir sera d'autant plus grand(34). Une femme raconte avoir fait du bénévolat depuis l'âge de 14 ans. Ce fut d'abord dans l'action catholique, en allant porter de la nourriture aux pauvres. Elle a fait du bénévolat jusqu'à son mariage. Elle a arrêté quelques années, puis elle a eu besoin de sortir et elle a re­commencé. Elle le faisait d'abord pour elle-même, puis elle a décou­ vert que ça aidait les autres. «Ça me servait et ça aidait les autres en même temps» (Montréal C). Puis ce furent les comités d'école. Deux autres femmes ont débuté dans leur jeunesse dans les Enfants-de-Marie. Après leur mariage, elles ont poursuivi avec les Dames de Sainte-Anne, aujourd'hui appelées le Mouvement des femmes chrétiennes, dont elles sont toujours membres (Victoriaville A et B). Pour d'autres, ce fut la Jeunesse rurale catholique ou la Jeunesse étu­diante catholique(35).

Au début, on manque de confiance, on est hésitante. L'une raconte qu'elle fut même soula­gée de perdre ses élections au poste de commissai­re d'école, tant elle n'était pas certaine d'elle-même! (Mon-tréal-2 D). Mais après de pre­miers engage­ments, de premières responsa­bilités, prises no­tamment à leur AFEAS locale, elles prennent de l'assurance. Elles sont nombreuses à avoir amassé de l'argent pour des sociétés philanthropiques (ex: Société cana­dienne du cancer, Croix-rouge, Fondation cana­dienne du coeur, St-Vincent-de-Paul, etc.). Plus rarement elles ont oeuvré dans des groupes d'aide en santé mentale (Tel-Aide).

Les enfants devenus grands, elles quittent le milieu scolaire et les loisirs familiaux où elles ne se sentent plus directement concernées. De là certai­nes passent dans d'autres organismes ou se re­trouvent à des tables de concertation régionale, parfois siègent à des Conseils d'administration d'établissements publics ou d'organismes com­munautaires. Si elles le veulent, elles peuvent monter et faire une «carrière» de bénévole. «Il ne faut pas parler aux réunions, dira l'une d'elles en riant, sinon on vient tout de suite vous chercher» (Québec H). «On vous appelle pour le comité d'école, puis on vous demande d'être secrétaire... J'ai été là 11 ans!» (Cacouna E).

L'AFEAS conduit à d'autres activités, d'autres engagements, du bénévolat; on se retrouve dans un réseau, sur une liste de personnes bénévoles potentielles et on se fait appeler pour diverses actions et par divers organismes. Une travailleuse au foyer n'hésite pas à dire: «Nous aussi on a la double tâche avec tout le bénévolat qu'on fait» (Québec H). En discutant les femmes réalisent qu'elles ont fait beaucoup de choses: «On l'oublie, dira l'une d'elles. On rend des services à des tas d'organismes et on l'oublie parce qu'on le fait naturellement». «On n'appelle plus cela du bénévolat, ajoute une autre, on appelle cela: ren­dre service» (Montréal C et D)(36).

L'engagement va prendre une très grande importance dans la vie de certaines personnes: il les aidera à surmonter des épreuves, leur procure­ra des amis et amies, leur don­nera confiance et motivation, leur fournira la chan­ce de faire quel­que chose de va­lable à leurs yeux. «L'AFEAS ça m'a tenue en vie» (Montréal-2 A). Au décès de mon mari, dira une femme, l'AFEAS fut «sa planche de salut» (Montréal-2 E).

Certaines montent les échelons au sein de l'AFEAS: présidente de son AFEAS locale, agente de liaison, vice-présidente provinciale... «On avait de l'énergie!» (Montréal-2 D). Le comité de sur­veillance de la Caisse populaire a souvent été la porte d'entrée des femmes au Conseil d'adminis­tration de la caisse: elles ont pris de l'expérience, acquis une formation, se sont fait remarquer et sont prêtes à accéder à un milieu jusque là réservé aux hommes. D'autres se retrouveront au comité d'usagers de leur CLSC, quelques-unes feront de la politique municipale, comme conseillères munici­pales notamment(37). Le bénévolat, depuis le début du siècle, est demeuré un moyen pour les femmes d'élargir leur champ d'activités hors de la sphère privée, au monde du travail (même s'il est non-rémunéré) (38), conduisant par la suite plusieurs d'entre elles au féminisme, à l'action sociale ou à diverses formes d'engagement dans l'Église.

Les bénévoles, selon diverses enquêtes, con­naissent généralement le sommet de leur engage­ment entre 35 et 44 ans. Pour nos femmes, c'est peut-être un peu plus tardivement, vers 50 ans, à cause peut-être du temps consacré aux enfants. Les plus engagées vont connaître entre dix et quinze années d'engagement intensif autour de la cinquantaine.

2.2 Nouvelles orientations

On distingue dans les écrits sur le bénévolat, trois formes d'en­gagement: le bénévolat com­me carrière, comme supplé­ment à la carrière et comme moyen de développer sa car­rière.

Le décrochage n'est pas qu'une question de disponibilité.

Lés problèmes de santé vien­nent limiter les activités, sur­tout après 65 ans.

Mais la santé est rarement seule en cause.

Si le décès du mari ou le divor­ce amène certaines femmes à s'engager davantage, parfois il entraîne un retrait.

Arrivées à 70 ans, celles qui poursuivent encore leur enga­gement décrochent souvent presque entièrement.

Mais l'AFEAS ne conduit pas qu'à de nouveaux engagements. Pour certaines, c'est au marché du travail qu'elles sont conduites. Pour d'autres ce sera le retour aux études. Elles ont enfin accès à l'Université. De­puis qu'elles étaient jeunes, souvent elles rêvaient d'étudier. Les sessions de formation en animation: «un cadeau de l'AFEAS!» (Montréal-2 F). L'action sociale a été l'occasion de faire des contacts, d'acquérir une expérience, une formation, des habiletés utiles pour se trouver un emploi sur le marché du travail: savoir s'exprimer en public, préparer une réunion, effectuer du secrétariat, etc. Mais si c'est un effet positif de l'engagement, ça signifie également une fin de l'engagement: les femmes étudient, travaillent, elles développent de nouvelles relations au travail et elles sont moins disponibles.

On distingue dans les écrits sur le bénévolat, trois formes d'engagement: le bénévolat comme carrière, comme supplément à la carrière et com­me moyen de développer sa carrière. La troisième est habituellement le fait de jeunes et de célibatai­res motivés par l'expérience que leur procure l'engagement. Nos femmes, au contraire, n'avaient pas cette motivation étant jeunes; elle est apparue après plusieurs années d'engagement. L'engage­ment a d'abord été une seconde carrière, parallèle au travail domestique, pour devenir par après un moyen de développer une nouvelle carrière, au terme de plusieurs années d'engagement; une nouvelle carrière correspondant à d'autres be­soins et à un autre cheminement.

Mais il n'y a pas que celles qui gagnent le marché du travail qui se désengagent. Le décro­chage n'est pas qu'une question de disponibilité. Elles ont aussi moins le goût. Après l'engagement intense, on passe à autre chose et on ne veut souvent plus y revenir. Nous avons déjà souli­gné le rôle joué par sa propre re­traite ou celle du conjoint. C'est un moment impor­tant dans une tra­jectoire d'enga­gement: la vie et les activités font l'objet d'une réévaluation et d'une réorganisation. On veut du temps à soi, du temps avec son conjoint, un repos mérité. Nous en avons discuté dans la section précédente consacrée aux nouveaux besoins.

Les problèmes de santé viennent limiter les activités, surtout après 65 ans. Une femme qui s'est occupée d'une personne malade pendant 6 ans a cessé car ça la fatiguait trop (Chicoutimi H). Certaines tâches de sacristine deviennent plus difficiles avec l'âge, par exemple. «Il faut penser à nous-autres» (Trois-Rivières A). On se confronte plus vite à ses limites physiques. Une femme nous dit avoir diminué son engage­ment et son tra­vail à l'extérieur pour des raisons de santé; le tra­vail n'avait pour

tant jamais ralenti son engagement lorsqu'elle était plus jeune. On se tourne alors souvent vers sa famille, on s'occupe de ses petits-enfants, on rend des services à ses proches. Une autre, retraitée nous dira que son bénévolat c'est s'occuper de sa mère de 90 ans qui est paralysée (Québec F). «Mes petits-enfants savent où j'habite!» (Cacouna C). Pour certaines, la famille est prioritaire: «J'ai des petits-enfants, c'est très impor­tant dans ma vie, ça passe avant toute chose»

(Chicoutimi I). Une présidente d'une AFEAS locale se définit comme «grand-mère à temps plein» (Chicoutimi C). Ainsi, du côté familial, on se trouve parfois aussi prise qu'avant! (Victoriaville C).

Mais la santé est rarement seule en cause. Ainsi cette femme de la région des Bois-Francs, membre de l'AFEAS pendant près de vingt ans, qui a fait du bénévolat au comité d'école et ailleurs, et qui a quitté l'Association lorsqu'elle a intégré le marché du travail. Aujourd'hui elle est à la retraite, elle est devenue membre de l'Âge d'Or et dit prendre du «sabbatique» par rapport à l'implica­tion sociale. Elle évoque plusieurs raisons à son désengagement. Elle ne veut pas faire partie de plus d'une association et «courir les assemblées» (Victoriaville E). En plus des raisons de santé, elle dit n'avoir plus autant besoin de sortir, avoir moins besoin de formation avec toute l'informa­tion qu'on peut aujourd'hui recevoir à la maison, et avoir moins besoin de contacts puisqu'elle en trouve ailleurs. Elle n'aimait pas non plus se faire identifier comme la «quêteuse», celle qui ne cesse de solliciter, de recueillir des fonds, celle à qui on demande: «C'est pourquoi cette fois-ci que vous passez?» De plus, elle a maintenant du temps pour les loisirs, qu'elle n'avait pas lorsqu'elle élevait sa famille. Elle peut sortir davantage avec son mari depuis qu'il a pris sa retraite et que les enfants sont partis. Autrefois, ils sortaient chacun à tour de rôle, l'un des deux devant garder les enfants. Et puis, elle avoue avoir perdu un peu «la foi» dans l'engagement social; elle n'est plus aussi motivée qu'avant. Il revient aux jeunes de prendre le flam­beau.

Une autre quitte l'AFEAS à cause de problè­mes d'audition. Mais, là encore, la santé ne fut pas l'unique facteur. Elle dit avoir choisi de ne pas vouloir «monter» dans un mouvement, prendre de plus grandes responsabilités, mais plutôt d'arrê­ter, quitte à reprendre plus tard. Elle a gardé la pastorale. «C'est mieux d'en faire moins et de faire mieux». Son désengagement est cependant relatif: son implication à l'Église l'occupe parfois 3 jours par semaine. Et si elle dit être heureuse dans sa maison, elle précise cependant: «S'il y a des gens qui ont besoin des autres, je suis là» (Cacouna F). Une femme de 63 ans dit avoir abandonné ses «obligations sociales». Elle est veuve et a repris la ferme avec son fils et sa bru. On remarquera ce­pendant qu'elle continue à faire partie du comité de pastorale de sa paroisse, «parce qu'il y a moins de monde qui s'y implique» (Cacouna A). Pour les choses importan­tes, s'il n'y a pas de relève, on poursuit. Elle n'est pas la seule dans cette situation.

Si le décès du mari ou le divorce amènent certaines femmes à s'engager davantage, parfois il entraîne un retrait; la trajectoire prend une orien­tation plus individuelle, plus spirituelle, même - et peut-être surtout - lorsque l'on s'est beaucoup engagée. On prend du recul, on fait le point, on recherche une autre forme d'expérience. La solitude cependant pourra ramener la personne à l'engagement, surtout si les associations de retrai­tés et retraitées ne lui conviennent pas.

Arrivées à 70 ans, celles qui poursuivent encore leur engagement décrochent souvent pres-que entièrement. Avec la vieillesse, l'énergie et le rythme diminuent, mais l'intérêt également: on est moins préoccupée de changer une situation que de travailler à transmettre un héritage. Le changement concerne les jeunes: ce sont elles qui le vivront, qui le choisiront. Une femme de plus de 70 ans, qui s'est beaucoup impliquée par le passé, nous confie: «Je me suis dévouée beaucoup pour ma paroisse; c'est le temps de me dévouer à ma famille». Elle demeure membre de l'AFEAS, mais son engagement aujourd'hui, ce sont ses petits enfants qu'elle garde le midi. C'est un choix dit-elle. Avec l'âge elle a moins d'énergie, alors il lui faut choisir. Aussi «on prend cela plus au jour le jour; on est moins à long terme».

2.3 Poursuivre l'engagement

Plusieurs ont poursuivi leur engagement, malgré leur in­tégration au marché du tra­vail.

La retraite non plus n'est pas synonyme de désengagement.

Plusieurs femmes très enga­gées, des quatre coins de la province, aujourd'hui quittent l'AFEAS ou n'y assument plus de responsabilités, se tournant vers l'aide directe aux person­nes âgées ou malades; des ac­tions plus concrètes, plus per­sonnalisées.

Nous passons de solidarités basées sur notre appartenan­ce à un groupe social ou une classe à des solidarités multi­ples renvoyant chacune à une seule dimension de notre per­sonne, un aspect précis et li­mité de notre vie.

L'engagement à un niveau plus local et orienté vers les servi­ces à la communauté ou aux personnes démunies n'est pas uniquement lié à l'âge.

Le «bénévolat de service» se­rait donc souvent préféré au «bénévolat d'engagement».

Il existerait une tendance vers les «alliances ponctuelles» sur des enjeux précis, pour l'at­teinte d'objectifs particuliers.

Mais le désengagement n'est pas généralisé, même si l'implication diminue ou change avec l'âge. Il y en a quelques-unes qui aiment changer, quitter après un certain temps et s'impliquer ailleurs.

Certaines ont poursuivi leur engagement, mal­gré leur intégration au marché du travail. «À 44 ans, les enfants étaient grands, je suis allée sur le marché du travail, mais j'ai gardé du bénévolat. C'est devenu dans ma vie la petite part que je donne à la socié­té. Un rôle social que je me donne et que je trouve important. Si je suis capable, je vais toujours faire du bénévolat. Dans mes va­leurs, c'est important» (Montréal C).

La retraite non plus n'est pas toujours syno­nyme de désengagement. «Monsieur le Curé m'a appelée et m'a proposé le comité de pastorale. Je ne voulais pas: ma retraite c'était pour me reposer. Mais finalement, on accepte une affaire, et puis une autre... Mais ça finit par faire une belle vie!» (Cacouna B). Une autre est sacristine à l'église, «365 jours par années». Elle dit ne pas avoir le temps pour prendre sa retraite! Elle réalise ce travail avec son mari. Ils se partagent les tâches: ménage, travaux, sonner les cloches, ouvrir les portes, etc. Elle en est très fière et continue malgré le manque de temps pour voyager. «Si tu veux t'impliquer, ce ne sont pas les oc­casions qui man­quent», dira une autre (Cacouna G). Une femme qui vient de ter­miner un mandat de présidente de son AFEAS locale demeure agente de liaison et fait encore beaucoup de levée de fonds: «Je suis la quêteuse de ma rue» (Chicoutimi D). Elle a été marguillière aussi pendant trois ans et s'implique dans sa paroisse.

L'engagement change malgré tout, comme nous l'avons déjà indiqué et nous avons cherché à le comprendre plus haut à propos des facteurs favorisant ou décourageant l'engagement: on s'oriente davantage vers la paroisse que la politi­que, davantage vers l'assistance à des personnes dans le besoin que vers la formation et la conscientisation.

Plusieurs femmes très engagées, des quatre coins de la province, aujourd'hui quittent l'AFEAS ou n'y assument plus de responsabilités, se tour­nant vers l'aide directe aux personnes âgées ou malades; des actions plus concrètes, plus person­nalisées. Ou encore, elles s'impliquent à la parois­se, comme marguillières ou au sein d'un comité d'accueil pour les nouveaux arrivants. Autre exem­ple: une femme, enseignante à temps partiel, demeure membre de l'AFEAS et des Fermières par solidarité, mais s'implique plutôt aujourd'hui dans un organisme pour les jeunes de 18 à 30 ans qui se rencontrent pour discuter et échanger sur leurs relations avec leurs amis et amies, leurs parents. Elle anime les discussions, rencontre aussi les parents. L'organisme veut servir d'intermédiaire, aider les jeunes et leurs parents à se parler. «On apprend aux jeunes à communiquer» (Victoriaville C). Cette femme dit pourtant ne pas recher­cher uniquement un engagement qui donne des résultats concrets et immédiats, et elle continue d'appuyer l'AFEAS. On notera en passant l'impor­tance à nouveau accordée à l'échange et à la communication, ainsi que l'intérêt porté à la fa­mille et aux rapports inter-générationnels, sur lesquels nous reviendrons.

Les enquêtes réalisées par l'AFEAS auprès de ses membres en 1980 et 1985 en vue des congrès d'orientation donnent des indications convergen­tes: plusieurs femmes exprimaient le souhait que l'action sociale touche de plus près les besoins du milieu; l'action sociale semblait perçue davantage comme une participation à la vie communautaire que comme une action visant le changement.

L'engagement à un niveau plus local et orienté vers les services à la communauté ou aux person­nes démunies n'est pas uniquement lié à l'âge. En fait, ce type d'engagement, les femmes l'ont prati­qué à tout âge. Seulement, passé la cinquantaine, il semble encore mieux convenir, mieux satisfaire les nouveaux be­soins et exigen­ces. Lorsqu'elles étaient plus jeu­nes, l'entraide a conduit les femmes à l'engage­ment; l'engagement les conduit maintenant à l'en­traide.

Le «bénévolat de service» serait donc souvent préféré au «bénévolat d'engagement» pour re­prendre la distinction et les termes d'une des femmes rencon­trées, pour qui seul le second est un véritable engagement social, c'est-à-dire menant au changement. Pour la plu­part des femmes cependant, ces services sont une forme d'engagement. Les différents facteurs quenous avons identifiés - besoins d'amitié et de reconnaissance, le don, aider les personnes qui en ont le plus besoin - rendent d'ailleurs problématique l'engagement politique.

Ajoutons que si ce phénomène est en partie lié à l'âge, à une vision de l'action sociale, à l'attachement à la paroisse ou la communauté, aux avantages de l'action communautaire sur l'action politique, il participe peut-être aussi d'un phéno­mène plus vaste. Différents chercheurs et cher­cheuses croient observer, en effet, dans notre société, une par­cellisation des solidarités. Nous passons de soli­darités basées sur notre appar­tenance à un groupe social ou une classe, im­pliquant notre personne en son entier, à des solidarités multiples renvoyant chacune à une seule dimension de notre personne, un aspect précis et limité de notre vie. Chaque individu a plusieurs appartenances qui se superposent, et non une seule qui engage tout son être. Cela conduit à la multiplication des associations spécialisées, centrées sur des problè­mes spécifiques, des goûts ou des activités préci­ses (parents d'enfants malades, amateurs de vin, chefs de familles monoparentales, etc.). Il existe­rait une tendance vers les «alliances ponctuelles» sur des enjeux précis, pour l'atteinte d'objectifs particuliers, moins englobants(39). Ainsi les organi­sations dont les causes sont coextensives à l'en­semble de la société apparaissent de moins en moins comme la voie royale de la participation politique(40). Cela n'exclut pas un engagement envers la condition féminine, mais un engage­ment plus spécifique, plus «localisé» peut-être: les femmes pauvres, les femmes dans l'Église, par exemple.

Cela correspondrait aux divers champs suc­cessivement investis par les groupes de femmes au cours des dernières décennies: d'abord le champ de la socialisation (redéfinition des rôles sociaux), puis le champ po­litique (revendi­cations et repré­sentations à l'échelle provin­ciale), et maintenant le champ des services (aide aux victimes et démunies au plan local ou régional)(41). N'avons-nous pas enten­du souvent mentionner les maisons d'héberge­ment pour femmes victimes de violence comme lieu nouveau d'engagement?

2.4 L'engagement après avoir travaillé

L'engagement social ne débute pas toujours dans la trentaine, pour ralentir ou se terminer dans la cinquantaine. Certaines continuent, comme nous venons de le voir, d'autres vont débuter tardivement: dans la quarantaine ou cinquan­taine, ou plus tard encore, à la retraite.

Une femme célibataire envisageait déjà de faire du bénévolat à sa retraite, mais la perte de son emploi va l'y conduire plus rapidement. Une dame va lui proposer de collaborer à un journal pour les personnes âgées. Elle a commencé par faire du traitement de texte, puis elle a écrit des articles. «Je ne faisais rien - c'est une façon de parler - et j'ai été voir. J'aime cela et je continue. Si je retourne travailler, je vais continuer quand même. Je suis contente de mon expérience» (Montréal A). Cette activité est très gratifiante. Elle n'occupe aucun poste de responsabilité, elle fait du travail clérical, mais elle y trouve de la reconnaissance: des lec­teurs du journal l'appellent pour lui dire qu'ils apprécient son travail. Elle a alors le sentiment que son travail donne un résultat: «Tu offres ton temps pour quelque chose». Une autre raconte qu'elle a commencé après avoir perdu elle aussi son em­ploi. Elle n'avait cependant jamais pensé faire du bénévolat. Comme elle était déjà impliquée en politique, elle s'est mise à en faire davantage. «Il fallait bien que je fasse quelque chose» (Montréal E). Aujourd'hui cela l'occupe parfois des semaines entières. Ces femmes étaient déjà intéressées par le bénévolat lorsqu'elles travaillaient, ou en fai­saient déjà un peu, comme des levées de fonds.

Il y a celles aussi qui ont commencé avec la retraite de leur conjoint. La présence du mari à la maison, surtout lorsqu'il prend jeune sa retraite, est vécue difficilement. L'engagement fait rencon­trer des gens, des amis et amies, valorise, fait oublier les problèmes. Une d'entre elles a ainsi participé à la mise sur pied d'une maison d'hébergement pour femmes violentées. Elle y travaille comme comptable. Elle aime cela et en est très fière (Québec C). Une autre accompagne des personnes âgées à l'hôpital. Elle les reconduit et les ramène chez eux. Elle le fait avec son mari. Ils y vont à tour de rôle. «C'est plus stimulant».

Une femme qui a travaillé à temps plein à l'extérieur envisage de faire du bénévolat à la retraite; peut-être reconduire des personnes à l'hôpital pour passer des examens ou rendre visite à des personnes seules. Elle verra.

Des trajectoires multiples, parfois divergen­tes, et pourtant semblables sur de nombreux points, comme nous nous sommes efforcés de le montrer. C'est que les trajectoires relatées sont pour la plupart celles d'un même groupe de fem­mes, mères de famille et travailleuses au foyer la plus grande partie de leur vie; des femmes qui ont aujourd'hui 50 et 65 ans. Ces trajectoires sont celles d'une génération. Leurs engagements sont liés à une expérience particulière. Les femmes des autres générations suivront sans doute des par­cours différents. Avec l'accès au marché du travail, les transformations de la famille et les change­ments démographiques, les besoins et les itinérai­res ne seront pas les mêmes. La prochaine section le fera mieux ressortir.

3. Trajectoires d'une génération

L'implication bénévole dans un groupe renforce ou confirme certaines dimensions de l'iden­ tité reconnues par les autres; elle transforme également cette identité, inculque de nouvelles valeurs, modifie les rôles sociaux, permet d'apprivoiser les changements sociaux.

Ce que cette génération de femmes a réalisé -et plusieurs d'entre elles le regrettent - demeure méconnu, sinon ignoré, particulièrement des jeu­nes. On sous-estime sans doute son importance dans les changements qui ont marqué notre so­ciété depuis trente ans. La simple enumeration de leurs engagements devrait pourtant suffire à con­vaincre du rôle essentiel que ces femmes ont joué. Leurs actions ont modifié les trajectoires des femmes des générations suivantes, notamment l'accès aux études. Plusieurs personnes venues témoigner à la Commission des aînées et des aînés sur l'avenir du Québec ont également dit regretter la «méconnaissance» qui prévaut actuellement au Québec du cheminement historique de notre so­ciété, et qui pourrait expliquer l'actuelle «remise en question des valeurs». Une revalorisation de l'histoire aiderait les jeunes générations à com­prendre «quelles ont été les valeurs et les réalisa­tions qui ont permis le développement de la société québécoise actuelle»(42). De semblables témoignages, Grand'Maison et Lefebvre en ont également entendus au cours de leur enquête.

C'est sur la spécificité de la trajectoire d'enga­gement de cette génération que nous termine­rons, en montrant comment cela se prolonge dans les préoccupations actuelles. Cette spécificité, notons-le, concerne surtout les femmes ayant participé à une association centrée sur la discus­sion et la formation, comme l'AFEAS, et beaucoup moins celles ayant essentiellement fait du «bénévolat de service».

3.1 La parole publique

Aujourd'hui, des conventions et règles sont nécessaires à toutes formes d'expression et à l'accroissement de la latitu­ de de penser et d'agir.

Si on regrette souvent de ne pas avoir pu étudier, l'engage­ ment a compensé en partie.

Le rôle des associations aurait changé au cours des années. D'instrument au service d'un projet pédagogique et social global, il serait davantage de­ venu un moyen d'expression et d'accomplissement de soi.

«Pourquoi des sessions de formation? Au départ, il fallait les convaincre qu'elles avaient quelque chose à dire. Il fallait qu'elles prennent confiance, assez confiance en elles (...) On venait à bout de faire parler des femmes qui n'avaient jamais parlé de leur vie.»

Azilda Marchand(43)

Nous insistions en première partie sur le rôle de l'engagement dans le façonnement de l'identité des personnes: valorisation de soi, partage de nouvelles valeurs, sentiment d'utilité. L'implica­tion bénévole dans un groupe renforce ou confir­me certaines dimensions de l'identité reconnues par les autres; elle transforme également cette identité, incul­que de nouvelles valeurs, modifie les rôles sociaux, permet d'appri­voiser les chan­gements sociaux Pour de nom­breuses travailleuses au foyer, mères de famille, cette expérience fut déterminante.

Une femme pourtant peu engagée et qui dit aimer demeurer chez elle, remarque: «Avant l'AFEAS, je n'étais pas capable de donner mon opinion. Ce que les autres faisaient, je ne m'en occupais pas, je faisais ma petite affaire. Mainte­nant je suis capable de dire mon opinion. Je suis capable de dire si quelque chose me dérange. Il y a 10 ans, je n'aurais pas été capable de venir ici (pour l'entrevue). J'aurais laissé les autres parler (...) Quand tu es obligée de lire ton procès-verbal, tu apprends à parler devant les autres». Et elle ajoute: «Si tu prends ta place dans un groupement, tu prends ta place dans la société» (Trois-Rivières A). Les femmes de l'AFEAS nous ont presque toutes fait des témoignages identiques. «Moi, j'étais extrêmement gênée avant l'AFEAS. Ça ne paraît plus aujourd'hui (...) Occuper un poste électif donne une bonne expérience si on veut retourner sur le marché du travail» (Trois-Rivières F). «Avant l'AFEAS, je n'acceptais pas de faire des lectures à l'église. Maintenant ça ne me gêne plus» (Victoriaville A). Cet apprentissage de l'expression semble un des effets les plus importants de l'enga­gement, celui dont les femmes de l'AFEAS font le plus état.

On remarquera en passant que c'est par l'apprentissage d'une procédure très formelle qu'elles sont parvenues à s'exprimer, et non après avoir été laissées dans une totale liberté d'expression.

Contrairement à ce que l'on croit souvent aujourd'hui, des conventions et règles sont néces­saires à toutes formes d'expression et à l'accroissement de la latitude de penser et d'agir. Des institutions sont nécessaires à l'apprentissage de la parole et à la reconnaissance par une personne de ce qu'elle est et de ce qu'elle veut dire. L'expression libre et spontanée n'est souvent possible qu'après cet apprentissage.

Quelque-unes nous ont raconté comment ce fut difficile au début. Elles ne se croyaient pas capables d'accomplir la tâche. Ainsi, être nommée présidente du comité d'école pouvait apparaître au début comme une responsabilité au-dessus de leur capacité: «J'étais découragée. Je n'ai pas dormi de la nuit. Ça a pris 4 à 5 jours avant que je le dise à mon mari! (rire)» (Cacouna E). Une autre relate une expérience semblable: «Une amie, au début, m'a encouragée à siéger au comité d'école (cette amie est présente à l'entrevue). Elle m'a poussée; elle a organisé un peu malgré moi mon élection comme présidente. Au début j'étais découragée. Je ne me croyais pas capable de le faire. Mais ça a très bien été. Aujourd'hui je remercie mon amie. J'ai adoré cela. Ça m'a déniaisée; j'ai pris confiance. J'y ai participé tant que les enfants allaient à l'école». Et elle ajoute: «J'aurais voulu aller à l'école» (Cacouna G). «On s'est découvert comme femmes» (Montréal-2 F). «On a appris à prendre sa place dans le couple: nos maris ont été surpris» (Montréal-2). On prend des premières responsabi­lités en fonçant ou en y étant un peu forcé... On se découvre des aptitudes, on prend confiance et on prend d'autres responsabilités.

Nous avons souligné déjà à quelques reprises le rôle d'amies, des «pairs» dans le processus de reconnaissance mutuelle. Parmi les plus impli­quées, quelques-unes avaient des modèles ou des mentors : des femmes auxquelles on s'identifie et à qui l'on veut ressembler parce qu'elles savent dire ce que soi-même on pense ou ressent. Ces femmes ont joué un double rôle de médiatrices: comme exemple à suivre et comme intercesseures donnant accès à des postes de responsabilité.

Si on regrette souvent de ne pas avoir pu étudier (Montréal, Victoriaville et Cacouna), l'en­gagement a compensé en partie. «On n'allait pas à l'école longtemps. Ça nous donnait la chance d'apprendre autre chose» (Victoriaville B). «L'AFEAS nous a aidé à compléter notre instruction» (Victoriaville D). Si elles ont travaillé à la maison, elles ont aussi voulu améliorer la condition des femmes, avoir plus d'autonomie; pour certaines ne pas avoir une vie aussi difficile que leur mère. Plusieurs sont fières de ce qu'elles ont fait, de ce qu'ont été les femmes de leur génération. Elles sont fières aussi lorsque leurs en­fants ont pu étudier. «On n'est pas des avocates, on n'a qu'un secondaire, mais on a reçu une formation» (Québec A). Certaines ont beaucoup lu, plusieurs ont suivi des cours une fois les enfants partis. «Je suis entrée à l'AFEAS, j'ai pris des cours, j'ai donné des cours. J'ai appris à sortir de la maison» (Chicoutimi C)(44)

Le rôle des associations, aux dires de plu­sieurs chercheurs et chercheuses, aurait changé au cours des années. D'instrument au service d'un projet pédagogique et social global (éduquer, cons­cientiser, former en vue de trans­former la socié­té), il serait da­vantage devenu un moyen d'ex­pression et d'ac­complissement de soi pour des individus appar­tenant à des groupes spécifiques(45). Les associa­tions contribueraient autant à la socialisation qu'à l'individualisation de leurs membres, chacun d'en­tre eux s'en servant pour se forger une identité


propre. Nous avons amplement reconnu cette nouvelle fonction dans les témoignages entendus. Ainsi, une femme distingue ses activités du «côté femme» (AFEAS) de celles du «côté enfant» (les Guides, la pastorale), les premières profitant à soi (individualisation), les secondes aux enfants (édu­cation). Mais dans leur trajectoire, les femmes rencontrées semblent souvent avoir suivi le che­min inverse: d'abord moyen d'expression et d'af­firmation de soi, leur participation les a conduites à l'action sociale.

Dans notre culture, où l'autonomie prend tant d'importance, à la fois condition, moyen et visée des aspirations les plus grandes, nous aurons tendance à opposer (tout au moins à distinguer) vie privée et vie publique, individualité et sociabi­lité, affirmation de soi et solidarité, autonomie et intégration au groupe. Mais nous avons vu que dans une recherche identitaire au travers de l'en­gagement social, ces oppositions s'estompent ou s'atténuent: l'action pour autrui et l'action pour soi sont solidaires. Cette convergence varie cepen­dant selon les périodes de la vie, les générations peut-être, les tendances culturelles sans doute.

3.2 Continuité et ruptures

Le choix des causes et organis­mes dans lesquels les femmes se sont engagées sont signifi­catifs: leur identité s'y expri­me.

La participation à la vie com­munautaire leur apparaît com­me une forme d'engagement social, même si ce n'est pas directement orienté vers le changement social.

L'engagement social semble avoir été pour beaucoup de femmes un moyen de réconci­lier les changements avec ce qu'elles croient devoir durer.

L'engagement social est l'oc­casion de distinguer ce que l'on juge important de ce qui l'est moins, de conférer une valeur à des gestes ou des si­tuations.

Les femmes ne sont pas encore éveillées, politisées, nos filles ne sont pas toujours autono­mes comme nous l'avons vou­lu, les garçons sont encore sexistes, l'organisation du tra­vail n'est pas conçue pour la famille, c'est encore la femme qui sacrifie sa carrière pour les enfants.

Les femmes nous ont beau­coup parlé des jeunes, des échanges qu'elles aiment ou aimeraient avoir avec eux.

Passé l'âge de 50 ans, à l'ap­proche de la retraite, la ques­tion identitaire principale de ces femmes est peut-être moins le fait d'être mère ou travailleu-se, mais plutôt le fait d'être plus âgée, et souvent la solitu­de, qui les conduisent parfois vers les associations de retrai­tées et retraités.

«Je me souviendrai toujours de la première étude qu'on a faite: "Le rôle social de l'éduca­tion". Ça été l'étude de l'année chez les femmes. L'histoire a très peu parlé de ça. À mon sens cela a joué un très grand rôle dans l'application du rapport Parent». Azilda Marchand(46)

«C'était pour nous permettre de vivre nos valeurs» (Victoriaville C).

On se forge une identité en l'exprimant, mais aussi en conférant à certaines choses une valeur, en distinguant ce qui est important de ce qui l'est moins, et en cherchant à faire reconnaître cette importance par les autres. Différencier, attribuer une valeur à une action, une situation, un objet, est nécessaire pour faire un choix, avoir un projet(47).

Le choix des causes et organismes dans lesquels les femmes se sont engagées sont significatifs: leur identité s'y exprime.

«Je me suis impliquée au comité d'école pour montrer aux enfants que l'école c'est important pour nous, les parents» (Cacouna E). «Les enfants sont contents de voir qu'on s'oc­cupe de l'école» (Québec A). Bien d'autres femmes ont ainsi partici­pé aux comités d'école ou ont servi de parents accompagnateurs lors des sorties... sans toujours penser qu'elles faisaient ainsi du bénévolat ou de l'engagement social puisqu'elles le faisaient pour les enfants!

Nous l'avons déjà souligné: la par­ticipation à la vie communautaire devient une for­me d'engage­ment social, même si ce n'est pas directement orienté vers le changement so­cial.

Au cours de nos entretiens, il fut peu question d'engagement dans des organismes de défense des droits (de locataires, de minorités, Amnistie internationale...), mais beaucoup d'un engagement dans la paroisse: communion à domicile pour des personnes malades, comité d'accueil, marguillières, servantes de messe, comité de pastorale, de litur­gie... L'une raconte avoir participé à la mise sur pied d'une petite bibliothèque dans la paroisse; on ramassait des livres; les gens donnaient 25 cents par emprunt et on achetait d'autres livres avec cet argent. Pendant un an, en attendant le remplace­ment du curé, un groupe de femmes de Chicoutimi s'est occupé de la paroisse. «Ça été une belle expérience, mais il y a un âge pour faire cela!» (Chicoutimi D).

Grand'Maison et Lefebvre insiste beaucoup sur la rupture ou la double orientation possible des aînées et aînés: refus du passé et besoin de s'inscrire en continuité. L'engagement social sem­ble avoir été pour beaucoup de femmes un moyen de réconcilier les changements avec ce qu'elles croient devoir durer.

L'AFEAS a joué un rôle pour les femmes travailleuses au foyer principalement, pour des mères de famille, à la suite des changements survenus dans la société québécoise depuis 30 ans: changements des rôles sexuels, féminisme, entrée massive des femmes sur le marché du travail, divorces, baisse de natalité, changements des pratiques religieu­ses, etc. La participation à l'AFEAS les a aidées à préserver et changer en partie leur identité, à valoriser leurs activités, à développer des compé­tences, à comprendre les changements et à se situer. Une association, aux dires de certains auteurs, apparaît dans les périodes de transition, lorsqu'il y a né­cessité de refor­muler les nor­mes. L'engage­ment social est l'occasion de dis­tinguer ce que l'on juge impor­tant de ce qui l'est moins, de conférer une valeur à des gestes ou des situations. Dans une situation où l'identité devient incertaine, où elle est ébranlée, mise en question, l'engagement permet de reconnaître ce que l'on veut préserver et ce que l'on veut changer. D'ailleurs, les changements que connaissent les rôles féminins, particulièrement depuis une tren­taine d'années, n'ont pas conduit au remplace­ment d'un modèle unique par un seul nouveau modèle, mais à une variété de modèles, qui coexis­tent plus ou moins bien. Pour bien des personnes, il faut trouver une manière de concilier des valeurs et conduites anciennes et nouvelles, auxquelles on tient(48). Les groupes dans lesquels les femmes s'engagent peuvent y contribuer, en favorisant l'assimilation d'idées nouvelles ou en confirmant les individus dans leur choix.

À l'AFEAS, plusieurs cherchaient à changer la condition des femmes sans dévaloriser ce qu'elles étaient: réconcilier le passé et le présent. Pour plusieurs membres, comme le montre l'enquête de 1980, il s'agissait d'améliorer leur rôle tradi­tionnel plutôt que de changer de rôle. Défendre la famille tout en libérant les femmes. Une manière d'apprivoiser les changements et d'y participer. Les Dames de Sainte-Anne ou le Mouvement des femmes chrétiennes fu­rent également un lieu d'échan­ge, de discus­sion et de formation, où l'on se préoccupait prin­cipalement du mieux-être de la famille et du sort de la communauté: une autre manière d'apprivoi­ser le changement, en assurant une continuité. Ces organismes jouent le rôle de corps intermé­diaires, pas seulement au plan politique (groupe de pression, représentations), mais au plan chro­nologique, pourrions-nous dire, pour la mémoire et la continuité, l'identité individuelle et collective.

Ce ne fut cependant pas toujours facile, ni recherché par toutes les femmes. «J'ai quitté rapi­dement l'AFEAS. Je ne voulais plus entendre parler de la famille. Je venais de terminer d'élever mes enfants et je voulais passer à autre chose. Ce n'était plus mes affaires» (Chicoutimi F).

Les trajectoires des femmes sont ainsi faites de continuité et de ruptures. Continuité et ruptu­res dans leur propre vie et par rapport aux trans­formations rapides de la société. Ces femmes ont participé aux changements, tout en cherchant à défendre des valeurs, ce qu'elles étaient ou avaient

été. Continuité et ruptures également avec les jeunes générations. La rupture, en effet, s'est aussi fait sentir sur ce plan:

«Moi, je suis arrivée à l'AFEAS et on parlait d'avortement, d'amour libre. Je trouvais que ce n'est pas de nos affaires. On a élevé nos familles. On n'a rien à voir là-dedans. Oui, ce n'est pas pour nous, mais on a des enfants et des petits-enfants. Ça concerne toute la société. Ce n'est pas vous qui allez changer le milieu! Ben oui, tout le monde peut changer le milieu. Ça fait avancer les dossiers» (Chicoutimi D et F).

La préoccupation pour la place de la religion aujourd'hui, exprimée par certaines, est un exem­ple du sentiment de rupture. Les jeunes couples, fait-on remarquer, viennent à l'Église pour leur mariage et le baptême, mais plus ensuite... «Les entants se sont mariés. Aujourd'hui ils se dé­marient» (Montréal-2). De l'avis d'une personne impliquée dans un mouvement de pastorale des aînés et aînées, les divorces, séparations et l'aban­don de la pratique religieuse, ne pas pouvoir participer à l'initiation religieuse de ses petits-enfants sont causes de souffrances et d'inquiétu­des chez beaucoup d'aînés et aînées (49). C'est sans doute vrai pour les plus de 65 ans. Celles qui ont entre 50 et 60 ans ont participé à la laïcisation de la société (sans renoncer à la pratique). Elles expriment des préoccupations, jamais de la nos­talgie. Et puis des aînés et aînées de tout âge, et particulièrement les femmes, ont parfois souffert de la religion. Les changements ont donc été les bienvenus.

Les préoccupations dont les femmes nous ont surtout fait part touchent la famille, les sépara­tions, les difficultés d'élever des enfants, le problè­me d'inculquer des valeurs, notamment le parta­ge, l'entraide dans la famille. S'adapter aux changements, au rôle de grands-parents, aux familles monoparentales, aux nouveaux conjoints et con­jointes. Elles sont préoccupées, mais ouvertes, parfois plus tolé­rantes que leurs propres enfants. Il ne faut pas y voir, en effet, du conservatisme. À leurs yeux, cer­tains change­ments ne se font pas assez vite. Elles expriment plusieurs regrets ou inquiétudes: les femmes ne sont pas encore éveillées, politisées, nos filles ne sont pas toujours autonomes comme nous l'avons voulu, les gar­çons sont encore sexistes, l'organisation du travail n'est pas conçue pour la famille, c'est encore la femme qui sacrifie sa carrière pour les enfants.

Ces femmes ont elles-mêmes été mères de famille, soucieuses de «réussir» leur famille. La famille a longtemps été au centre de leur vie. On a l'expérience d'avoir élevé une famille, des habile­tés, et on peut en faire bénéficier les autres... sans le faire entièrement à leur place. C'est pourquoi s'occuper des petits-enfants devient important pour plusieurs: seconder les parents, leur appren­dre des choses, aider les enfants. «Aujourd'hui les enfants vont bien, c'est ma récompense» (Cacouna C). Les petits-enfants c'est la continuité et une forme de reconnaissance de ce qu'elles ont été. Le refus de la famille c'est un peu la négation de leur vie. Toutes n'acceptent pas nécessairement de consacrer beaucoup de temps à la garde de leurs petits-enfants. Mais même si ce n'est pas la tâche où on investit le plus de temps, elle demeure significative. Prendre soin et éduquer un enfant c'est transmettre des valeurs (l'entraide), un sa­voir. C'est aussi favoriser les rapports inter-générationnels et la communication.

Les contraintes des jeunes femmes sont sou­vent invoquées: la double tâche surtout. Elles ont moins de temps pense-t-on. Elles suivent parfois des cours pour se perfectionner. Même pour lire et s'informer, elles ont moins de temps. Il leur faut aussi payer une gardienne pour sortir. Plusieurs aimeraient oeuvrer au niveau de la famille. La famille, c'est «un noyau important». On pense que les besoins sont grands: jeunes mères célibataires, jeunes mères qui manquent d'expérience, qui ont de la difficulté à prendre soin des enfants et des adolescents, relations parents-enfants(50).

Les femmes nous ont beaucoup parlé des jeunes, des échanges qu'elles aiment ou aime­raient avoir avec eux. Plusieurs ne veulent pas demeurer, com­me elles disent, «entre vieux». Mais, on ne sait

pas toujours comment faire. Devant la monoparentalité, par exemple, elles se sentent dépourvues, elles connaissent mal la si­tuation; elles ne savent pas si leur opinion est pertinente, ni si elle sera la bienvenue. Elles ne savent pas toujours si elles doivent se sentir concernées, ne veulent rien imposer, ne pas juger et condamner, ni dicter une ligne de conduite. On croit cependant que les jeunes manquent de repè­res, qu'ils et elles ont besoin de connaître l'opinion de leurs aînés et aînées, pour se faire la leur.

Dans ce que la Commission des aînés et aînées sur l'avenir du Québec a retenu comme préoccupa­tion dominante des aînées et les valeurs à inscrire dans une éventuelle constitution ou devant faire partie du projet de société, on retrouve encore une fois plusieurs éléments importants de notre re­cherche:

«La famille est une valeur sur laquelle on a partout insisté. Non pas cependant de manière nostalgique, comme si la famille d'hier était le seul modèle valable. On semble donc ouvert à différentes manières de vivre l'expérience fami­liale. (...)

On visera à donner à tous une chance égale en faisant appel à la solidarité. Autant la solidarité entre les personnes et les groupes que la solida­rité entre les générations liant les aînés et les jeunes. En n'oubliant pas le respect, la protection et la reconnaissance des aînés, comme citoyens à part entière tout à fait irremplaçables, en raison de l'expérience et de la sagesse acquises au cours des années(51)".

Cela dit, passé l'âge de 50 ans, à l'approche de la retraite, la question identitaire principale de ces femmes est peut-être moins le fait d'être mère ou travailleuse, mais plutôt le fait d'être plus âgée, et souvent la solitude, qui les conduisent parfois vers les associations de retraitées et retraités (52). Par ailleurs, si elles ne se désintéres­sent pas des questions fémi­nines et familia­les, au contraire, elles les abordent d'un autre point de vue. La ques­tion des garde­ries, par exemple, les motivera peut-être moins à s'engager, malgré qu'elles soient fières que leurs filles travaillent et qu'elles soient en faveur des garderies. Le problème ne renvoit pas à ce qu'elles sont et ce qu'elles ont été. S'il y a recherche de continuité, les ruptures sont inévitables. Elles sont parfois voulues et recherchées. À la cinquantaine, nous l'avons amplement souligné, les trajectoires et identités sont sujettes à changement.

Conclusion

L'engagement a rarement déçu les femmes, la satisfaction et la reconnaissance sont très grandes.

Jamais, au cours de nos entretiens, nous n'avons perçu de l'amertume; l'engagement a ra­rement déçu les femmes, sauf pour les situations que nous avons analysées plus haut (la politique, par exemple). Au contraire, la sa­tisfaction et lare-connaissance sont très gran­des. C'est pour­quoi nous avons insisté sur l'importance de leurs actions dans leur cheminement personnel. Les femmes n'ont pas non plus manifesté de ressenti­ment à l'égard des jeunes, comme ce fut le cas dans les enquêtes de Grand'Maison et Lefebvre, même si se sont exprimées quelques déceptions dont nous venons de faire état. Ce n'était certes pas l'objet de notre recherche, mais cela est dû aussi sans doute au fait que ce sont des femmes qui ont voulu du changement. Bien entendu, et comme nous l'ont fait remarquer quelques-unes, il ne fut question que de beaux moments de leur vie, et non des expériences difficiles qu'elles ont vécues. Mais c'est encore associer l'engagement à quelque chose de positif.

On s'inquiète pourtant peu du décrochage des aînées. Peut-être le juge-t-on inévitable ou moins important que notre équipe de recherche le pense. Ce qui préoccupe c'est le manque de relève des jeunes. Quelques-unes n'arrivent pas à se défaire de leurs responsabilités; personne, chez les plus jeunes ne veut occuper leur poste. On l'explique par le manque de confiance, la peur de ne pas être capable. «Elles ne se donnent pas la chance de s'impliquer» (Victoriaville D). On s'in­quiète de la relève, surtout si l'engagement a occupé un grand rôle dans la vie. Les jeunes femmes ont aujourd'hui une carrière à préparer, en plus de s'occuper des enfants. Plusieurs pen­sent qu'elles ne pourront pas s'engager comme leur mère l'a fait. D'autres pensent que leurs enfants auront tout simplement d'autres types d'engagement. En région s'ajoute le problème de l'exode des jeunes vers les grands centres.

Le travail à l'extérieur, la double tâche freine­raient ainsi l'engagement.  Il est certain en tout cas qu'ils vont le modifier. Le besoin d'expression et d'affirmation de soi sera différent, mais non ab­sent. Il reste à voir si les services bénévoles et le militantisme vont continuer à prendre une tour­nure plus locale et plus spécialisée. Si la succession n'est pas assurée, elle n'est pas non plus perdue. Elle se manifestera sans doute d'une autre ma­nière; un autre rapport au politique, un autre mode de participation aux affaires publiques et à la vie collective.

Notes

  • Marie-André Delisle, Un âge à dorer, Centre de recherche sur les services communautai­ res, Université Laval, 1991.
  • Marie-Marthe T. Brault, Le travail bénévole à la retraite, Québec, IQRC, 1990.
  • Selon les diverses enquêtes menées au Cana­ da et aux États-Unis, le fait d'être âgé entre 35 et 45 ans, de vivre en couple et d'avoir des enfants, d'avoir fait des études postsecondai­ res et d'avoir un statut socio-économique élevé sont les facteurs qui prédisent le mieux l'engagement bénévole d'une personne (cf. Micheline Payette et François Vaillancourt, Le portrait des bénévoles québécois, Québec, Mi­ nistère des Affaires sociales, Gouvernement du Québec, 1983).
  • Delisle, op. cit.
  • Josée Carpentier et François Vaillancourt, L'ac­ tivité bénévole au Québec, Québec, Les publi­ cations du Québec, 1990.
  • Brault, op. cit.
  • Les personnes engagées dans des associa­ tions volontaires sont généralement plus sa­ tisfaites de la vie que les autres. Cependant, ce ne serait pas le fait de participer qui accroît cette satisfaction, mais plutôt le fait d'être en bonne santé et d'avoir un bon statut socio- économique. Les personnes qui s'engagent dans des associations ont généralement au départ une bonne santé (subjective health) et bénéficie d'un statut socio-économique élevé (C. Neil Bull et Jacquie Aucoin, «Voluntary Association Participation and Life Satisfac­ tion: A Replication Note» Journal of Geronto­ logy, vol. 30 no. 1,1975: 73-76). Nous aurons l'occasion de revenir sur le bien-être et la satisfaction procurée par l'engagement, et de nuancer ces affirmations.
  • Jacques Grand'Maison et Solange Lefebvre (dirs), La part des aînés, Montréal, Fides, 1994.
  • Brault, op. cit.
  • Christine Meunier, «Participation associative et retraite», Gérontologie et société, no. 26, 1983: 50-56.
  • Delisle, op. cit.
  • Dans: Grand'Maison et Lefebvre, op. cit., p. 283 sq.
  • Grand'Maison résume plus loin: «peur d'être exploité, sentiment d'être dépassé, crainte d'être rejeté, souci de ne pas "prendre la place des autres", impression d'avoir déjà tout don­ né, intériorisation du stéréotype "on a fait son temps, aux autres d'agir", encoconnement pour se protéger d'une société jugée mena­ çante, repli dans sa propre génération, senti­ ment d'impuissance, glissement dans la dé­ pendance, syndrome du "je ne veux plus rien savoir de ce monde de fous", désaccords avec leur passé tout autant qu'avec le présent, autoculpabilisation face à son retrait de la société, etc.» (p. 316).
  • Brault, op. cit.
  • Créatect+, AFEAS. Sondage auprès des mem­ bres et des non-membres, Montréal, mars 1990.
  • Selon Grand'Maison et Lefebvre (op. cit.), c'est entre les générations, plutôt qu'entre les clas­ ses sociales que l'on observe aujourd'hui les plus grandes différences, les lignes de parta­ ges étant 30 et 50 ans.
  • Les propos tenus lors des entrevues de grou­ pe sont ainsi identifiés: le nom de la municipa­ lité renvoit au lieu où l'entrevue s'est dérou­ lée, et la lettre, à la participante, dont le nom demeure confidentiel. Rappelons que la per­ sonne ne réside pas nécessairement dans la municipalité où s'est tenue la rencontre.
  • Pour les femmes d'agriculteurs, travaillant sur la ferme avec leur mari, ce besoin fut peut- être un peu moins pressant. Du moins ne s'est-il pas exprimé en ces termes lors des entrevues.
  • Ce genre d'initiative est exceptionnel, faut-il préciser.
  • À part une peut-être, qui résume ainsi sa situation: «J'ai un mari exigeant» (Chicoutimi H)
  • Voir plus loin la section sur le don.
  • Le terme égoïste est ici utilisé sans aucune connotation péjorative.
  • Union des producteurs agricoles.
  • Une femme qui s'est occupé de sa petite-fille orpheline de sa mère: «C'était un engage­ ment, mais un devoir en même temps» (Ca- couna B).
  • Jacques T. Godbout (en collaboration avec Alain Caillé), L'esprit du don, Montréal et Paris, Boréal et La Découverte, 1992.
  • Il est à noter que les personnes dans le besoin préfèrent souvent avoir affaire aux employés ou au personnel des services publics, qu'à des bénévoles, parce qu'elles se sentent (à tort ou à raison) moins jugées et moins redevables à des individus; elles veulent de l'aide et non de la charité.
  • Pour la même raison, certaines critiquent l'aide sociale gouvernementale; elles se mé­ fient des personnes qui abusent.
  • Jacques T. Godbout, «La communauté retrou­ vée?», Recherches sociographiques, XXVIII, 2- 3, 1987: 407-414.
  • Secrétariat national des commissions sur l'ave­ nir du Québec, Commission des aînées et aînés sur l'avenir du Québec, rapport, Gouverne­ ment du Québec, Ministère du Conseil exécu­ tif, 1995, p. 30.
  • Il fut très peu question dans nos entrevues d'actions politiques ponctuelles, telles la con­ testation d'une réglementation municipale ou le soutien à une famille ayant des démêlés avec l'Immigration. Comme ce sont des ac­ tions limitées et sans suite, les femmes s'en souvenaient peut-être moins ou ne croyaient pas pertinent de nous les signaler. Nous n'avons pas non plus posé de questions spé­ cifiques sur ce genre d'engagement.
  • En milieu rural la retraite semble également constituer un événement tournant, mais peut- être moins radical: sur la ferme, les conjoints ont toujours travaillé ensemble, le mari ne quittait pas la maison pour aller travailler, la vente de la ferme ne signifie pas un retour à la maison.
  • Brault, op. cit.
  • Voir Grand'Maison et Lefebvre, op. cit. (insis­ tent longuement sur la question de la transmis­ sion).
  • Nous l'avons déjà fait remarquer, la distinc­ tion entre les motivations altruistes et égoïs­ tes est toute relative. Entre les femmes, il n'y a souvent qu'une différence d'accent, car on retrouve toujours un peu les deux types de motivations, qui sont d'ailleurs liées entre elles.
  • Celles qui insistent le plus sur leur volonté d'aider les autres, sur leur responsabilité so­ ciale, ont souvent reçu l'exemple de leurs parents: «Ils aidaient les autres» (ChicoutimiA).
  • «On appelle cela: faire plaisir, dit une troisiè­me. Moi, j'ai une tante à qui j'allais tenir compagnie toutes les semaines. Je ne considé­ rais pas cela comme du bénévolat. Je me faisais plaisir tout en lui faisant plaisir». Il ne s'agit toutefois pas dans ce cas-ci d'engage­ ment social au sens où nous l'avons défini.
  • En 1987, l'AFEAS comptait parmi ses mem­ bres  trois députées, 10 mairesses, 31 con­ seillères municipales, 55 commissaires d'éco­ le, 253 marguillières et 353 femmes engagées dans divers postes administratifs. Ces chif­ fres sont rapportés par Jocelyne Lamoureux, Michèle Gélinas et Katy Tari, Femmes en mou­ vement, Montréal, Boréal, 1993, p. 233.
  • Voir notamment, Aline Charles, Travail d'om­ bre et de lumière, Le bénévolat féminin à l'Hôpital Sainte-Justine, 1907-1960, Québec, IQRC, 1990.
  • Marie-Andrée Couillard et Ginette Côté, «Soli­ darité de genre et pouvoir de femme», dans: F.-R. Ouellette et C. Bariteau (dirs), Entre tradi­ tion et universalisme, Québec, IQCR, 1994: 379-396.
  • Vincent Lemieux, «La participation et les par­ ties politiques», dans J. T. Godbout (dir.), La participation politique, Québec, IQCR, 1991:41-55.

  • Françoise-Romaine Ouellette, «Les groupe­ ments de femmes dans les années 1980», dans: M.M. T. Brault et L. Saint-Jean (dirs), Entraide et associations, Québec, IQRC: 73-74.
  • Commission des aînées et aînés..., op. cit., p. 68.
  • Cité par Lamoureux et al. op. cit., p. 158.

  • Rappelons que sur la ferme, ce sont les fem­ mes qui tenaient généralement les livres, qui faisaient la comptabilité. Une tâche pas tou­ jours connue et reconnue. «Une chance que nos maris, eux, nous reconnaissaient» (Ca- couna B).
  • Jacques Ion, «De la formation du citoyen à l'injonction à être soi», Espace et sociétés, 1981, no. 38-39, 37-45.
  • Cité par Lamoureux et al., op., cit., p. 155-156.
  • Grand'Maison et Lefebvre (op. cit.) y voient un rapport important des aînés à la société: four­ nir aux jeunes une conscience historique, une mémoire longue, qui élargit les horizons, permet de relativiser les problèmes, de distin­ guer ce qui est important de ce qui l'est moins.
  • Colette Carisse et Joffre Dumazedier, Les fem­ mes innovatrices, Paris, Seuil, 1975.
  • D. Robillard, «Pour et avec les personnes âgées», Le Devoir, samedi 15 et dimanche 16 avril 1995, cahier spécial «Religion», p. E2.
  • Dans le sondage réalisé en 1980 en vue du congrès d'orientation, les femmes exprimaient un grand intérêt pour ce qui les touche direc­ tement ou les entoure: la femme au foyer, la femme dans l'Église, la santé, l'alimentation, la famille, la condition féminine. Par contre, le travail et la politique les intéressaient beau­ coup moins.
  • Commission des aînées et aînés..., op. cit., p. 49.
  • D'où peut-être l'intérêt pour la communication inter-générationnelle.

ANNEXE: Guide d'entrevues





Rapport de recherche sur

l'engagement des femmes de plus de 5O ans

Rédigé par Éric Gagnon

Centre de recherche sur les services communautaires, Université Laval

Comité provincial de l'AFEAS sur l'engagement social des femmes

Marie-Paule Godin, responsable

Yolande Dubé, adjointe

Mariette Dumont, adjointe

Lise Tremblay, adjointe

Michelle Houle-Ouellet, coordonnatrice

Yolande Haines, secrétaire