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EMBARGO: 22 NOVEMBRE 1990, 10 H
PRESENTATION DE LA FÉDÉRATION DU QUÉBEC POUR LE PLANNING DES
NAISSANCES
AUX AUDITIONS DE LA
COMMISSION ROYALE D'ENQUETE SUR LES NOUVELLES TECHNIQUES DE
REPRODUCTION HUMAINE
MONTREAL 21 NOVEMBRE 1990
2540 rue Sherbrooke est, bureau 1,
Montréal, Québec, H2K 1E9
Téléphone : (514) 522-6511
"L'usage approprie des technologies (...) constitue d'une des
priorités de l'OMS. Or son premier principe est
d'éviter de diffuser ou d'intégrer à la pratique
médicale une nouvelle technologie avant qu'elle n'ait subi
une évaluation scientifique rigoureuse. Dans le cas de la
fécondation in vitro, aucune étude prospective
rigoureusement menée n'a permis d'en mesurer
l'efficacité et la sécurité. Les publications sur
le sujet (...) reposent sur des comparaisons non
contrôlées, réalisées dans l'unique
perspective de fignoler la technique (...) Quant à la
diffusion, elle a été énorme et on peut
aisément parier de prolifération incontrôlée
" '
Marsden Wagner, OMS
INTRODUCTION
La Fédération du Québec pour le planning des
naissances (FQPN) est un organisme à but non lucratif qui
existe depuis 1972. Elle travaille à favoriser le libre
chois des femmes face à la maternité. Ce libre choix ne
peut s'exercer qu'en connaissant les avantages,
inconvénients et conséquences possibles d'une
méthode contraceptive ou d'une technique de procréation
artificielle.
Au début de nos travaux sur les NTRH 2,
nous étions partagées entre le libre choix individuel
et les intérêts collectifs. Cependant, au fur et à
mesure de nos recherches et de nos discussions, nous avons
évalue que les intérêts industriels, commerciaux,
scientifiques et médicaux prenaient très largement
- Cité dans VANDELAC, Louise. "La face cachée de la
procréation artificielle" La
Recherche no 213 septembre 19S9, p. 1112.
- Pour nous les NTRH comprennent: la fécondation in
vjtro. le transfert d'embryon(s)
les dons de gamètes, les banques (sperme, embryons, ovules),
l'insémination
artificielle (avec ou sans donneur), les manipulations
génétiques, les diagnostics
prénatals forces ou automatiquement prescrits, les
mères porteuses, le clonage, le
placenta artificiel, l'utérus artificiel
Je pas sur les intérêts des femmes individuellement
et sur les intérêts des êtres humains
collectivement. C'est pourquoi les commentaires, reflexions,
questionnements et recommandations qui suivent originent d'un
souci éthique par rapport à la place des femmes dans la
société et par rapport au devenir de 1 être
humain. L'éthique doit intervenir avant la pratique ou
l'application d'un nouvelle technique, non après. Dans les
faits, les problèmes éthiques et juridiques lies aux
NTRH n'ont pas été résolus: ils sont de l'ordre de
la filiation, du commerce de l'être humain et de ses
organes, de la responsabilité médicale et de la
recherche, des normes d'expérimentations, etc. Pourtant, on
continue d'offrir ces techniques.
En conséquence, nous recommandons aux gouvernements:
1. de déclarer un moratoire complet sur toutes les
pratiques et toutes les recherches en NTRH;
2. d'investir dans la prévention de
l'infertilité;
3 de rendre publique et accessible l'information
véritable sur les pratiques en cliniques de fertilité
ainsi que sur leurs taux d'échec;
- de provoquer un véritable débat social sur les
questions fondamentales
soulevées par le développement des NTRH;
- d'allonger le temps d'essai de procréation sans
contraception avant de
pouvoir rechercher les causes d'infertilité.
LE CONTEXTE
Quels sont les principaux acteurs présents sur la
scène des NTRH? Il y a les couples infertiles, en
général désespérés, prêts à
faire beaucoup pour avoir un enfant. Ils demandent de l'aide. Il
y a les cliniques de fertilité (chercheurs-
ses, biologistes, médecins, etc.) qui disent avoir une
solution pour ces couples. Il y a les compagnies pharmaceutiques,
d équipements de recherche et médicaux qui ont des
produits à vendre ou à expérimenter. Il y a les
médias qui cherchent la nouvelle, qui mettent l'accent sur
les progrès de la science sans jamais donner la
contrepartie, c'est-à-dire les risques pour la santé
inhérents à plusieurs techniques encore
expérimentales.
Les cliniques de fertilité diffusent très peu
d'information sur leurs pratiques, leurs protocoles
d'intervention et leurs résultats. Le ministère de la
Santé et des Services sociaux du Québec n'a aucune
donnée disponible depuis 1987. Selon les derniers
renseignements et les témoignages de femmes qui appellent
à la FQPN. l'aide qu'on offre aux couples dans les cliniques
porte sur le biologique, le physiologique, aide qui porte en
elle-même des dangers pour la santé. On offre très
peu ou pas de soutien psychologique ou moral au cours des
démarches, encore moins en cas d'échec des NTRH. Dans
plusieurs cliniques. les couples rencontrent un-e psychiatre ou
un-e travailieur-se social-e: ces entrevues servent la plupart du
temps à évaluer le couple plutôt qu'à
l'aider. Un couple qui a besoin de support doit en chercher en
pratique privée et payer de sa poche en plus du coût
des tests et médicaments en clinique de fertilité.
Plusieurs techniques sont encore expérimentales: risques
peu connus ou inconnus de médicaments et d'interventions,
protocoles différents, taux d'échec très
élevés. Les femmes participent à de
l'expérimentation sans le savoir; le peu d'information qu'on
leur donne dans les cliniques ne leur permet pas de comprendre,
ni de donner un consentement libre et éclaire. Les
formulaires de consentement mentionnent quelques effets possibles
sans en donner la fréquence relative; on y explique les processus des
interventions à venir, mais jamais le pourquoi, le comment,
ni les conséquences. Il ne faut pas oublier qu'il s'agit ici
de femmes en santé (l'infertilité n'est pas une
maladie), qui ne sont pas en phase terminale d'une longue maladie
pour se permettre d'expérimenter ainsi sur elles sans leur
donner les moyens d'y consentir librement.
Les démarches en cliniques de fertilité constituent
une épreuve pour les couples: très peu d'explications,
évaluations à tous crins (physiques et
psychosociales) peu de soutien moral ou psychologique. Les
femmes et les couples paient cher en risques pour leur santé
physique et mentale. Comme l'a dit Françoise Laborie: "...
les femmes sont les meilleurs objets de recherche possible pour
les scientifiques A la différence des singes,.... les
femmes sont intelligentes. Elles savent parler, repérer leur
ovulation et la signaler au médecin: nul besoin de le?
nourrir, de les garder en cage et de les nettoyer; elles viennent
à l'heure à l'hôpital et elles paient pour
ça" 3.
NOTRE ANALYSE
Les spécialistes de la reproduction artificielle,
prétendant répondre à une demande, seront sans
doute choques de notre position. Cependant, comme l'écrivait
Jacques Dufresne: ''C'est toutefois une fraude intellectuelle que
de confondre l'addition de ces demandes individuelles avec un
consensus social réel, fruit d'un débat libre et
éclaire" 4. Depuis quelques années, les
médias
3 LABORIE Françoise Conférence de
Françoise Laborie dans Sortir la maternité du
laboratoire Conseil du statut de la femme, Gouvernement du
Québec 1988, p. 366
4 DUFRESNE. Jacques. "Pour une écologie
de la reproduction", dans La Presse, 22
septembre1990, p B3
contribuent à l'escalade des demandes. Tenant un discours
inquiétant sur le taux de fécondité de la
population et un discours optimiste sur les progrès
scientifiques, ils cautionnent le mythe de la certitude d'avoir
un enfant une fois qu'on l'a décidé. Ils
mélangent stérilité (handicap à la
procréation) et infertilité (difficulté à
procréer). Les médias ont ainsi crée des espoirs
très grands Cependant, ils ont très peu rapporte les
risques de ces nouvelles techniques pour la santé et la
qualité de vie des femmes.
La définition médicale de l'infertilité
contribue également à l'augmentation des demandes:
auparavant, on exigeait deux ans d'essai de procréation sans
contraceptif pour être admis aux tests de fertilité;
maintenant, on demande un an d'essai seulement. Par
conséquent, de plus en plus de personnes sont
considérées infertiles par les spécialistes 5.
Pourtant, selon la méthode contraceptive utilisée
auparavant, plusieurs mettront plus d'un an à concevoir .
Nous nous sommes ainsi retrouves devant un fait accompli: les
NTRH ont été mises en application dans les cliniques.
Louise Vandelac affirme d'ailleurs que "...c'est en brisant le
moratoire de fait qui existait depuis 1975 sur la
fécondation in vitro, qu'ils [Edwards et Steptoe] ont
imposé la fécondation artificielle" 6,
De fait, l'infertilité n'est pas une maladie; c'est une
diminution ou une absence de faculté due à des
problèmes sociaux.
5 ROCHON, Madeleine. Stérilité et
infertilité: deux concepts, deux réalités.
Services des études socio-sanitaires, ministère de la
Santé et des Services sociaux Gouvernement du Québec,
novembre 19S6.
6 VANDELAC, Louise "La face cachée de la
procréation artificielle", dans La Recherche no 213
septembre 1989, p 1116
Les troubles de fertilité secondaire
chez l'homme et la femme originent de situations connues: ils
sont associesaux produits chimiques répandus dans l'environnement ou
utilisés sur les lieux de travail; ils peuvent aussi
résulter de chirurgies de l'appareil reproducteur, de
l'utilisation de contraceptifs (stérilets, contraceptifs
oraux, de l'utilisation de médicaments (DES, Clomid,
Depo-Provera, qui est un médicament utilisé comme
contraceptif dans certains cas: amérindiennes, femmes
handicapées, adolescentes); ces troubles de fertilité
secondaire peuvent également être les conséquences
de maladies transmises sexuellement, de traitements ou de tests
d'infertilité, de traitements hormonaux pour problèmes
ovulatoires ou menstruels, etc. Ainsi, ces nouveaux
problèmes de fertilité sont provoques par les
industries biomédicales et chimiques. Pour solutionner
ces problèmes, les mêmes industries offrent maintenant
les nouvelles techniques de reproduction. Nous pensons qu'il est
grand temps de renverser la vapeur au profit de la
prévention des causes d'infertilité à laquelle
l'Etat devrait contribuer, financièrement et autrement.
Actuellement, dans les cliniques on recourt à des
interventions lourdes et risquées qui multiplient les
risques d'atteinte à l'intégrité physique des
femmes. C'est le seul moyen qu'on ait trouvé de pallier le
peu d'efficacité et le coût élevé des NTRH.
Malheureusement, ce sont les femmes qui paient le prix de cette
rentabilisation.
7Fédération du Québec pour le planning des naissances
Du chou à l'éprouvette nos 1
à 8. 1989-1990
7VANDELAC. Louise, op cit
Voici les principaux risques auxquels on peut
s'attendre dans l'état actuel des pratiques et des
connaissances:
-risques d'effets secondaires à l'hyperstimulation
ovarienne (nausées, vomissements, tension nerveuse, fatigue,
maux de tête, étourdissements, malaises abdominaux,
troubles de la vision, dépression, kystes ovariens, cancers
et même mortalité);
-risques associés à la nature et au nombre
d'interventions effectuées (prélèvement d'ovules
par laparoscopie ou échographie, la plupart du temps sous
anesthésie générale, implantation de 2 à 6
embryons à la fois);
-risques plus élevés que dans une grossesse
naturelle: fausses couches (2 à 3 fois plus), grossesses
ectopiques (2 à 5 fois plus), grossesses multiples (20
à 27 fois plus), césariennes (50 % de ces
accouchements), accouchements prematures (3 fois plus),
malformations congénitales (2 fois plus) mortalités
périnatales (3 à 4fois plus), présentations de
siège;
-risques d'avortements reliés à certains examens en
cours de grossesse (échographies, amniocentèses,
biopsies chorioniques);
il faut ajouter les douleurs, hospitalisations, complications
liées à ces situations; les risques pour la santé mentale: angoisse, douleur
psychologique, espoirs déçus, deuxième deuil
d'enfant, etc.
Tout ceci nous permet de douter de la sollicitude de la
science concernant la douleur des couples 8. Les
intérêts autres qu'humanitaires sont nombreux:
intérêts commerciaux de la part des compagnies
pharmaceutiques et d'équipement médical,
intérêts de prestige et de reconnaissance pour les
chercheurs-ses. Dans ce contexte, l'infertilité sert
plutôt de prétexte et les couples
désespérés sont la matière première la
plus extraordinaire pour les chercheurs-ses. Dans la plupart des
cliniques, les NTRH sont présentées comme des
techniques valables, même si une grossesse à terme
n'est pas garantie.
8BRABANT, Isabelle. "Jamais de la vie!", dans
Guide Ressources, mars-avril 1989, p, 65-68
Cependant, nos recherches nous amènent à
constater que les NTRH chez les humains sont encore au stade
expérimental: divers aspects des processus et de leurs
effets ne sont pas connus; c'est le cas, particulièrement,
de l'hyperstimulation ovarienne et de la congélation du
sperme; les protocoles différent d'un pays à l'autre et
même d'une clinique à l'autre (en Australie, après
avoir prône et employé l'hyperstimulation ovarienne, on
ne l'utilise plus car elle comporte trop de risques et n'augmente
pas nécessairement l'efficacité); cela témoigne de
l'incertitude qui règne. De plus, selon notre calcul
(comparant le nombre de femmes ayant subi une hyperstimulation
ovarienne au nombre de femmes ayant donne naissance à un
enfant vivant) le taux réel d'efficacité est faible (0
à 5 % pour la FIV) 9; les cliniques, elles,
utilisent une autre base de calcul qui gonfle le taux
d'efficacité 10,
Nous sommes ainsi forcées de conclure que le monde
médical et pharmaceutique est en train de bâtir une
nouvelle industrie basée sur un abus de confiance et sur
l'espoir de couples qui désirent un enfant. Comme le dit
Thierry Damerval, président de l'association
Génétique et Liberté en France. "... les
technique? se sont plus développées en fonction des
opportunités du marche que pour contribuer à un
réel progrès social" ll.
9 Rapport du comité de travail sur les NTRH,
ministère de la Santé et des Services
sociaux, Québec,1988, p.55.
10 MARCUS-STEIFF, Joachim «Les taux de "succès" de la FIV: Fausses
transparences et vrais mensonges» dans La Recherche, no 223.
octobre 1990, p. 1300-1312.
13 DAMERVAL. Thierry, "Génétique et liberté", dans La Recherche,
no 225, octobre 1990, P 1173-1174
Les femmes comme groupe ont toujours subi une contrainte
à la maternité 12. Il n'y a pas si
longtemps, le désir d'enfant n'existait pas comme tel. On
avait des enfants si on se mariait. La légalisation de la
contraception a permis aux femmes de mieux contrôler leur
fécondité, ce qui constitue un bienfait
indéniable. Cependant, elle a aussi consacré la
nécessite de la science médicale dans la vie
reproductive des femmes. La possibilité de refuser l'enfant
a éliminé la menace de grossesse et a fait place peu
à peu au désir d'enfant, ainsi qu'a la certitude de
pouvoir procréer dès qu'on l'a décidé. Le
désir d'enfant se transforme en acte volontaire qui cadre
très bien avec l'ambiance sociale de satisfaction
immédiate dans laquelle nous baignons. De plus, les
pressions sociales, qu'elles viennent de l'entourage où des
gouvernements, sont toujours présentes.
Ainsi, avec la procréation artificielle, les
médecins et les scientifiques assument, au-delà de leur
rôle technique, une fonction de normalisation des
comportements féminins. Désormais, la quête de
grossesse ne peut être complète pour une femme tant
qu'elle n'a pas épuise toutes les possibilités de la
science. Elle ne peut plus se donner le droit d'adopter un enfant
sans lien biologique avec elle ou son conjoint, ni le droit
d'opter pour un autre projet de vie si elle n'a pas eu recours
aux NTRH. Tout se passe comme si on disait aux femmes: "Vous ne
pouvez pas avoir d'enfant Madame? Il vous en faut un; nous allons
vous en faire un" 13. L'ambition médicale, la
technique et le développement du marche sont aussi illimites
que le désir.
12BASTIEN, Ginette, "Avortement: égalité
vs contrainte", Cahier femmes et sexualité, no S, mars 1989,
p 16-24, Montréal, Fédération du Québec pour
le planning des naissances
13Rapport du comité ad hoc sur les NTRH
FEM (Femmes en mouvement), Bonaventure, 1989 document
inédit
Le développement incontrôlé des techniques de procréation
artificielle a mené à l'acharnement
procreatif14 . Cependant, la société a le
devoir de fixer les limites entre le possible, l'acceptable et le
désirable.
En outre, la surmédicalisation de la grossesse nourrit
deux fausses croyances: qu'il est dangereux d'être enceinte
et que l'utérus est un milieu dangereux pour le foetus Ces
deux idées fausses infantilisent les femmes en ne leur
reconnaissant pas la capacité de prendre des décisions
correctes pour leur propre vie et celle de leur foetus.
Déjà aux Etats-Unis, et de plus en plus au Canada, la
surveillance médicale et juridique de la grossesse est
telle15 , que des femmes nous disent clairement
qu'elles n'ont plus le goût d'être enceintes, qu'elles
ont peur Pour notre part, nous ne croyons pas qu'il y a conflit
d'intérêts entre une femme enceinte et le foetus
qu'elle porte, qu'elle nourrit, qu'elle fait vivre Les femmes
ont les mêmes droits et libertés, qu'elles soient
enceintes ou non C'est à elles de décider de leur mode
de vie, c'est à elles de décider si elles auront
recours aux diagnostics prénatals, aux thérapies
foetales, etc Nous sommes contre la surveillance abusive des
femmes enceintes: nous sommes contre l'utérus artificiel. Ce
n'est pas ainsi que nous entrevoyons l'avenir de la
maternité.
On entend de plus en plus circuler la notion du «droit
à l'enfant». Or, la différence entre le droit
de... et le droit a... est assez marquée pour éviter
tout glissement de un à l'autre 16.
14 BAUDOIN Jean-Louis et LABRUSSE-RIOU Catherine
Produire l'homme: de quel droitPUF. Paris, 1987, 288 p.
15 BASTIEN,Ginette, op. cit
16 BAUDOIN Jean-Louis et LABRUSSE-RIOU, Catherine, op cit
Par exemple,le droit de se marier correspond àune faculté, une liberté individuelle, mais
n'équivaut pas au droit à un mari. Sinon, une femme
pourrait obliger un homme à la marier sous prétexte
qu'elle a droit à un mari. Elle aurait ainsi des droits sur
la personne de l'homme. De la même manière, le droit
d'engendrer un enfant n'équivaut pas à un droit à
l'enfant. S'il était reconnu, le droit à l'enfant
pourrait ainsi rapidement s'étendre au droit à un
enfant parfait, dote de caractéristiques physiques et
intellectuelles souhaitées par les adultes. "... les
droits de l'enfant constituent la limite du droit à
l'enfant" 17.
Le développement combine de la génétique et de
la FIV sonne le réveil de l'eugénisme utilitariste.
Jacques Dufresne nous met en garde: "Les couples chez qui on a
repéré des gènes anormaux n'auront bientôt
plus le choix" 18 Grâce à la
génétique et à la FIV, plus besoin de diagnostics
prénatals ni d'avortements préventifs; on n'aura
qu'à omettre l'implantation de l'embryon et à
recommencer la FIV. Thierry Damerval a bien identifié le
problème sous-jacent à la technique: "Certes,
l'évolution des techniques permet de masquer les
problèmes moraux. Il est plus aise de trier des gamètes
que de supprimer des nouveaux-nés, mais la question
fondamentale reste en suspens. Celle-ci n'est ni scientifique, ni
technique, mais sociale: est-il admissible que les parents
puissent choisir les caractéristiques physiques de leurs
enfants?"19
17 Ibid., p. 153.
18 DUFRESNE, Jacques, op. cit., p B3.
19 DAMERVAL, Thierry op cit p. 1174.
EN FIN DE COMPTE
Au plan individuel, les NTRH comportent des dangers graves
pour la santé des femmes, non malades, qui s'y engagent. Les
effets à long terme sont encore peu connus ou inconnus. Ce
n'est pas la première fois que le monde médical ferme
les yeux sur les risques associés à des
médicaments ou à des pratiques peu
expérimentées (rappelons-nous seulement la thalidomide.
le DES, le Dalkon Shield, le Depo-Provera ).
Au plan collectif, les manipulations génétiques et
la commercialisation de la procréation sont en train
d'éroder les repères traditionnels de la vie
collective20 et de l'identité humaine
21. Les questions éthiques fondamentales
soulevées par les NTRH n'ont pas été
débattues socialement. Quel genre de société
veut-on? Quel pouvoir et quelle place veut-on donner aux femmes
dans cette société? Quelle maternité voulons-nous
pour l'avenir? Voulons-nous cette modification de l'identité
humaine?
Qu'est-ce qui se passe dans les cliniques, dans les centres de
recherche? Est-ce que vous vous le savez? La science est capable
de congeler des embryons, des ovules, du sperme, mais à qui
appartiennent-ils? Qu'en fait-on? Est-ce qu'ils servent à la
recherche, au commerce?
20 FERRY Luc, "Faut-il fixer des limites à la
science? Pour une discussion publique" dans L'Express, 2 février 1990, p.44.
21 LABRUSSE-RIOU. Catherine. "Faut-il fixer des
limites à la science? Protéger mais aussi
libérer" dans L'Express 2 février 1990 p44
Les choix de société effectués actuellement par les
gouvernements federal et provincial nous empêchent aussi
d'être en faveur du développement des NTRH: ils coupent dans les services en planning des
naissances, périnatalité, avortement et soutien aux
familles 22. Alors avant d'imaginer d'autres possibles
avec les NTRH, rétablissez les services de base autour de la
maternité. Tout ce qui est possible n'est pas toujours
souhaitable.
POUR CONCLURE
Les NTRH sont importantes en raison de leur incidence sur les
mentalités: elles sont en tram de changer la notion
d'être humain sur cette planète 23.
Accepterons-nous d'entrer dans l'ère de la biocratie?
La contraception a permis le plaisir sexuel sans risque de
procréation, les nouvelles techniques de reproduction
humaines consacreront peut-être bientôt la
procréation sans risque de plaisir sexuel. Peut-on changer
les rites de la reproduction humaine sans conséquences
graves? Quels effets la procréation artificielle aura-t-elle
sur l'acquisition de l'identité chez l'être humain, sur
la nature des rapports sociaux?
Les NTRH constituent en fait une solution médicale et
technologique à un problème de nature individuelle et
sociale. Le message sous-jacent: la technologie nous rend plus
heureux. Nous ne croyons pas à ce message; le bonheur
dépasse la technologie.
22 Mémoire sur l'étude de
l'avant-projet de loi "Loi sur les services de santé et
les services sociaux.Fédération du Québec
pour le planning des naissances, janvier 1990 Mémoire sur
le projet de loi C-43 sur l'avortement. Fédération
du Québec pour le planning des naissances et Regroupement
des centres de santé des femmes du Québec, janvier
1990
23BRABANT, Isabelle, op. cit.
NOS RECOMMANDATIONS
Nous recommandons aux gouvernements:
- de déclarer un moratoire complet sur toutes les
pratiques et toutes les recherches en NTRH;
- d'investir dans la prévention de
l'infertilité;
- de rendre publique et accessible l'information
véritable sur les pratiques en cliniques de fertilité
ainsi que sur leurs taux d'échec:
- de provoquer un véritable débat social
sur les questions fondamentales soulevées par le
développement des NTRH;
- d'allonger le temps d'essai de procréation sans
contraception avant de pouvoir rechercher les causes
d'infertilité.
RÉFÉRENCES
BASTIEN, Ginette. "Avortement: égalité vs
contrainte", dans Cahier femmes et sexualité,
no 8, mars 1989, p. 20-24, Montreal, Fédération du Québec
pour le planning des naissances.
BAUDOIN, Jean-Louis et LABRUSSE-RIOU, Catherine. Produire
l'homme: de quel droit. Presses Universitaires de
France, Paris, 1987, 288 p.
BRABANT, Isabelle, "jamais de la vie!", dans Guide
Ressources, mars-avril 1989, p. 65-68.
DAIGLE. Marie-Carole. "Bébé-éprouvette:
éprouvé ou éprouvant?", dans Guide
Ressources, mars-avril 1989, p. 60-63.
DAMERVAL, Thierry. "Génétique et liberté", dans
La Recherche, no 225, octobre 1990, p. 1173-1177.
DUFRESNE, Jacques. "Pour une écologie de la
reproduction", La Presse. 22 septembre 1990, p. B3.
FERRAND, Michèle. "Les «bénéfices» de
la médicalisation de la procréation", dans A.-M. de
VILAINE, L. GAVARINI et M. LE COADIC, Maternité en
mouvement. Montréal, Ed. Saint-Martin et Grenoble,
Presses universitaires de Grenoble, 1986, 244 p.
FERRY, Luc. "Faut-il fixer des limites à la science? Pour
une discussion publique", dans L'Express. 2 février
1990, p. 44.
HARTING, Claire, "La science médicale, un progrès ou
un cauchemar pour les femmes?", dans journal de Montréal. 31
octobre 1987.
JEAN, André. "Périnatalité. Baby shop ou le
bout de chou de l'éprouvette", dans Santé
Société, hiver 1988, p. 49-54.
LABORIE, Françoise. "Conférence de Françoise
Laborie", dans Sortir lamaternité du laboratoire. Conseil du statut de la
femme, Gouvernement du Québec, 1988, p. 365-368.
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L'Express. 2 février 1990, p.44
MARCUS-STEIFF, Joachim. "Les taux de «succès»
de la FIV. Fausses transparences et vrais mensonges", dans La Recherche,
no 225, octobre 1990, p. 1300-1312.
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veux... si je peux.... Conseil du statut de la femme,
Gouvernement du Québec, janvier 1987, 186 p.
ROCHON, Madeleine. Stérilité et infertilité:
deux concepts, deux réalites.
Service des études socio-sanitaires, ministère de la
Santé et des Services sociaui, novembre 1986.
TARDIF France 'Les nouvelles techniques de procréation:
un progrès pour les femmes?", dans L'Ardoise,
printemps 1989, *37, vol. 7, no 2, p. 13-14.
vandei.ac. Louise "La face cachée de la
procréation artificielle", dans La Recherche, no 213.
septembre 1989, p. 1112-1124.
Drug Evaluation. 6e édition, American
Médical Association, 1986.
Du chou à l'éprouvette, nos 1 à 8,
Fédération du Québec pour le planning des naissances.
1989-1990.
Mémoire sur l'étude de l'avant-projet de loi "Loi
sur les services de santé et les services
sociaux". Fédération du Québec pour le planning des
naissances, janvier 1990.
Mémoire sur le projet de loi C-43 sur
l'avortement. Fédération du Québec pour le
plannig des naissances et Regroupement des centres de santé
des femmes du Québec, janvier 1990.
Rapport du comité ad hoc sur les NTRH. FEM (Femmes
en mouvement), Bonaventure, 1989, document inédit.
Enjeux. Conseil du statut de la femme et Publications
du Québec, 1987, 38 p.
Rapport du comité de travail sur les NTRH.
ministère de la Santé et des Services sociaux.
Gouvernement du Québec. 1988, 120 p.
"Vouloir un enfant aujourd'hui", dans La filiation:
ruptures et continuité. Institut de l'enfance et de la
famille. Actes du colloque de Vaucresson. Rapporteur: Bruno
Ribes, 1985.
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